•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

France : la vérification des faits ne change pas les intentions de vote

Marine Le Pen lors d'un rassemblement politique du Front national, en France

Marine Le Pen lors d'un rassemblement politique du Front national, en France

Photo : Reuters / Charles Platiau

Catherine Mathys
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La vérification des faits, loin d'être inutile, ne suffit pas à modifier les intentions de vote. C'est la conclusion de deux études, l'une menée en France, l'autre, aux États-Unis.

Commençons par l’aspect positif des choses : tout ce discours sur les fausses nouvelles a au moins l’intérêt d’éveiller les consciences et aussi de multiplier les études sur la question.

Une récente étude menée en février et mars dernier, entre autres par Oscar Barrera (École d’économie de Paris), Sergeï Guriev (Sciences Po) et Ekaterina Zhuravskaya (École d’économie de Paris), indique que les faits vérifiés sur l’immigration améliorent la compréhension que les Français ont de cet enjeu, mais ne réduisent pas les intentions de vote pour le politicien corrigé. Le site Poynter indique que ces résultats sont similaires à ceux d’une étude sur les électeurs américains publiée plus tôt cette année.

La recherche française a sondé 2480 Français en ligne dans 4 régions où le Front national (FN) jouit d’un appui important au sein de la population. L’échantillon se voulait autrement représentatif de la population française sur les critères de l’âge, de l’éducation et du sexe.

Les participants ont été séparés en quatre groupes auxquels on demandait de lire un texte et de répondre à quelques questions : le premier était exposé aux fausses déclarations de Marine Le Pen (candidate du FN); le deuxième groupe avait accès aux informations de l’Institut national de la statistique et des études économiques, des Nations unies et autres institutions; le troisième voyait d’abord les citations de Le Pen, et ensuite l’information vérifiée; enfin, le quatrième ne pouvait lire aucun texte avant de répondre aux questions. On cherchait à vérifier la connaissance des faits des participants, le niveau d’accord avec les affirmations de Mme Le Pen et les intentions de vote.

Des conclusions surprenantes

Finalement, les conclusions sur la connaissance des faits ne sont pas si étonnantes. En gros, l’exposition aux affirmations de Mme Le Pen nuisait à la connaissance des faits. Les répondants qui avaient eu accès seulement aux faits ou à un mélange des deux en ressortaient avec une meilleure connaissance des faits.

Quant aux intentions de vote, l’exposition aux citations de Mme Le Pen a eu une influence favorisant le FN, on pouvait s’y attendre. Mais là où c’est plus étonnant, c’est que les affirmations de Marine Le Pen, même lorsqu’elles étaient suivies d’une correction des faits, avaient le même effet positif sur les intentions de vote pour elle. Et ça ne s’arrête pas là, parce que même chez les répondants auxquels on n’offrait que des sources crédibles, les intentions de vote pour Marine Le Pen augmentaient aussi.

Comment est-ce possible? Les chercheurs parlent d’un effet de renversement, surtout pour ceux qui avaient de faux a priori, qu’ils aient déjà voté pour le FN ou non. L’interprétation des chercheurs mentionne que l’exposition à une thématique ne fait que renforcer l’importance de ce sujet, en l’occurrence celui de l’immigration. Pour ceux qui avaient déjà voté pour le FN à qui l’on présentait les faits, ces derniers représentaient une forme de menace. Pour ceux qui étaient déjà partisans du FN, mais ne connaissaient pas l’information vérifiée, les chercheurs expliquaient ce surprenant résultat par une forme d’indifférence aux faits.

Soyons clairs, les fausses affirmations de Marine Le Pen ne sont pas aussi efficaces que les sources crédibles pour changer la connaissance des faits des électeurs. Par contre, les fausses informations sont plus efficaces que les faits réels en ce qui a trait aux impressions des électeurs et à leurs intentions de vote.

Selon les chercheurs, les électeurs ne feraient pas de liens entre les faits et leurs impressions. Leur compréhension des faits et l’évolution des conclusions des électeurs se produisent de manière indépendante, ce qui influe, en retour, sur les intentions de vote, mais pas de la manière dont on aurait pu le croire.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !