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Le centre-ville de Montréal inondé… en 1886

Des trains sont submergés par les eaux du fleuve Saint-Laurent.

Inondation de la gare Bonaventure à Montréal en 1886.

Photo : Musée McCord / George Charles Arless

Radio-Canada

Si nous étions encore au 19e siècle, le gonflement des rivières des derniers jours aurait sans doute submergé le centre-ville de Montréal. Reconstitution de la grande inondation de 1886.

Un texte de David Girard

Le 20 avril 1886, un cocher dévale à toute allure la rue McGill, dont la partie sud est alors noyée par les eaux du fleuve. Les rues sont encombrées par des chaloupes, des canots et diverses embarcations de fortune. Le passage est difficile. Le contact entre la voiture du cocher et un radeau est inévitable. Les passagers sont projetés à l’eau. Selon les témoins, le cocher, au lieu de s’arrêter, commence à rire à s’en tenir les côtes.

Comme un malheur ne vient jamais seul, l’eau qui recouvre la route empêche le cocher de voir l'affaissement du pavé. Lorsque la roue de sa voiture reste coincée, il est projeté, tête première, parmi les débris et les eaux usées qui recouvrent alors une grosse partie de Montréal, de Pointe-Saint-Charles à Griffintown.

À Montréal, les inondations ne datent pas d’hier. Dans les années 1800, elles sont fréquentes. Le Vieux-Montréal est inondé en 1861, en 1865 et en 1869. Les habitants du bas de la ville conservent d’ailleurs une chaloupe à proximité de leurs résidences ou de leurs commerces.

C’est trois jours plus tôt, aux petites heures le samedi 17 avril 1886, que le fleuve sort de son lit. L'inondation augmente rapidement jusqu’au point où le carré Chaboillez, à proximité de l’actuel établissement de l’École des technologies supérieures (ETS), est recouvert par environ 3 pieds d’eau.

Une vue vers le fleuve depuis la place Jacques-Cartier à Montréal en 1886. L'eau recouvre complètement le port.
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Une vue vers le fleuve depuis la place Jacques-Cartier à Montréal en 1886

Photo : Musée McCord / George Charles Arless

Toute la journée, des curieux se rendent voir la partie de la ville qui est inondée. Partout, on ne voit que des gens se promener en embarcation.

Des hommes dans une embarcation en 1886 lors de l'inondation à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Inondation au square Chaboillez à Montréal en 1886.

Photo : Musée McCord / George Charles Arless

Vers midi le 17 avril, la crue est soudaine. Il est alors facile de suivre son mouvement. Surtout à proximité des rues Craig (aujourd’hui Saint-Antoine) et Saint-Jacques, où la pression est si forte que l’eau s’échappe par les bouches d’égout, brisant du même coup les couvercles.

Le square Victoria est inondé. Des chevaux tentent de traverser. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Inondation au square Victoria à Montréal en 1886

Photo : Musée McCord / Alexander Henderson

Des commerçants perdent tout
À 17 heures, l’eau atteint le magasin Morgan sur la rue Saint-Jacques et le nouvel hôtel Balmoral sur la rue Notre-Dame. Les commerces près du port de Montréal sont durement touchés. L’eau y atteint les plafonds de l’étage inférieur. Plusieurs commerçants sont ruinés puisque c’est généralement à cet endroit qu’ils entreposent leur marchandise.

Des pains et du fromage sont chargés dans les chaloupes afin d’aider les habitants des quartiers les plus touchés.

Le Vieux-Montréal est pratiquement enseveli et l’eau se rend même jusqu’au square Victoria et au pied de la côte du Beaver Hall.

La gare Bonaventure et les trains qui s’y trouvent sont submergés. Les inondations des infrastructures ferroviaires sont fréquentes à Montréal puisque dès 1871, des voies ferrées sont installées près du port pour faciliter le transbordement de marchandises.

Par ailleurs, construite en 1847, la gare Bonaventure est une petite station ferroviaire en bois qui ne représente pas le prestige de la compagnie du Grand Tronc. La compagnie ferroviaire la remplace d’ailleurs, après l'inondation, par un bâtiment de style victorien fort élégant.

Vers minuit un vieillard âgé de 69 ans dont nous n'avons pu nous procurer le nom a failli se noyer sur la rue des Commissaires dans un moment d'ivresse. Des charpentiers qui travaillaient sur la rue McGill l'aperçurent au moment où il faisait le plongeon et le sauvèrent d'une mort certaine.

Journal La Patrie, 20 avril 1886

Le 20 avril, la glace est brisée dans le coin du lac Saint-Pierre et elle commence à bouger près des îles de Boucherville.

D’immenses blocs de glace flottent encore au milieu de la rue Wellington, mais l’éclaircissement des eaux du fleuve est un bon présage pour les Montréalais.

Au total, selon le journal La Patrie, environ 20 000 familles sont touchées à Griffintown et Pointe-Saint-Charles par l’évènement.

Le square de la Douane, rue Saint-Paul, à Montréal en 1886 complètement inondé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le square de la Douane, rue Saint-Paul, à Montréal en 1886.

Photo : Musée McCord / George Charles Arless

Une digue de protection
C’est assez! Une ligne est tracée sur l’édifice de la douane dans le Vieux-Port de Montréal, et les commissaires du port se réunissent pour trouver une solution.

Une digue de protection est érigée dès 1891. Construite parallèlement à la rive, elle permet de garder les glaces dans le courant du fleuve. Au même moment, les marchands de Montréal financent les travaux d’élargissement du Saint-Laurent.

L’objectif est de creuser une voie pour permettre aux gros bateaux de se rendre jusqu’à Montréal. Toutefois, cette voie joue également un rôle important l’hiver et au printemps puisqu’elle permet l’évacuation des glaces, évitant ainsi une répétition de l'inondation de 1886.

Les causes
Les quelque 300 îles de l’archipel de Montréal se trouvent à la rencontre du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais. Cette dernière remonte loin au nord, jusqu’en Abitibi, et le fleuve puise sa source dans les Grands Lacs. Ainsi, l’eau qui tombe sur l’ensemble de ce territoire doit inévitablement passer par cet archipel. Lorsque la neige fond au printemps, le débit d’eau augmente et le risque d'embâcle s'accroît fortement.

En 1886, des bouchons majeurs se forment dans les îles de Boucherville et à la hauteur du lac Saint-Pierre. Ajoutez cela aux coupes de bois plus importantes dans la vallée de l’Outaouais, des coupes qui affectent les capacités de rétention du sol et augmentent la vitesse du ruissellement des eaux, et vous avez tous les ingrédients pour une catastrophe majeure.

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