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Campagne du Canada aux Nations unies : combien et pourquoi?

Le Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

Le Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

Photo : Associated Press / Mary Altaffer

Radio-Canada

Le Canada dépensera des millions de dollars d'ici trois ans pour tenter d'obtenir un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies. Quelles sont nos chances face à la Norvège et à l'Irlande? Qu'est-ce que les gagnants vont vraiment en tirer?

Un texte de Louis Blouin, correspondant parlementaire à Ottawa

Déplacements, réceptions, personnel à l'étranger : le Canada a déjà dépensé au moins 459 000 $ en frais de toutes sortes pour sa campagne onusienne. Cette projection de coûts pour l'exercice 2016-2017 a été rendue publique en réponse à une question du député conservateur Guy Lauzon.

Ce montant n'inclut pas le salaire des 10 employés à temps plein qui travaillent sur la campagne canadienne à New York et à Ottawa. Cette équipe est composée d'un administrateur, d'un directeur, d'un directeur adjoint et de nombreux conseillers.

Selon les calculs de Radio-Canada, la masse salariale annuelle totale de ces employés se situe entre 868 000 $ et 1 047 000 $ environ. Deux personnes ont été embauchées pour contribuer à l'effort à New York et huit autres travaillant déjà au ministère des Affaires étrangères ont été réaffectées à ce dossier.

Exemples de frais de campagne (2016-2017)

  • Déplacements : 31 487 $
  • Accueil (réseautage, activités de divertissement, repas, boissons, etc.) : 70 218 $
  • Services professionnels et spéciaux : 19 982 $.
  • Services communs pour le personnel à l'étranger (logement, équipements, appui administratif, etc.) : 310 599 $

Source : ministère canadien des Affaires étrangères

Le Canada s'est lancé dans la course en 2016. Un départ tardif, si on le compare à l'Irlande qui fait campagne depuis 2005 et à la Norvège, depuis 2007. Cependant, le pays scandinave a une plus petite équipe, composée d'un haut diplomate et de deux employés seulement.

La Suède, qui a réussi à obtenir un siège temporaire avec succès pour la période 2017-2018, a déployé des effectifs semblables à ceux du Canada. Des chiffres officiels du ministère des Affaires étrangères suédois montrent qu'une équipe de 13 personnes participait à la campagne et qu'une somme de près de 4,2 millions de dollars canadiens a été dépensée entre avril 2014 et juillet 2016, l'année du vote.

Des campagnes coûteuses

Le Conseil de sécurité des Nations unies à New York.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

Photo : Associated Press / Mary Altaffer

Les tactiques varient énormément pour s'assurer d'obtenir le plus grand nombre de votes des 193 pays membres. Selon Carl Skau, ambassadeur suédois à l'ONU, certains pays « dépassent les bornes » en matière de dépenses pour une campagne. « Une réflexion s'impose parce que ce n'est pas dans l'esprit des Nations unies », ajoute M. Skau.

Le directeur général du Mouvement fédéraliste mondial, William Pace, soutient que des États dépensent des dizaines de millions de dollars pour obtenir un siège. Cet expert, dont le groupe milite pour un rôle renforcé de l'ONU, connaît bien les rouages de l'organisation. « Ces élections sont la pire façon de dépenser de l'argent », selon lui. M. Pace propose un système de nomination basé sur le mérite pour remplacer des campagnes qu'il juge parfois « inacceptables ».

Ils doivent acheter des votes de pays auprès desquels on devrait plutôt intervenir pour mettre fin à des conflits, à la violation des droits de la personne et à la discrimination raciale.

William Pace, directeur général, Mouvement fédéraliste mondial

Une pratique répandue consiste à inviter des délégations de diplomates à visiter son pays. « Tout le monde le fait, y compris les pays en développement », précise Gerard van Bohemen, l'ambassadeur de la Nouvelle-Zélande à l'ONU. Son pays a invité une soixantaine de diplomates lors de sa dernière campagne. Selon lui, l'intention n'était pas d'acheter des votes. L'ambassadeur explique que le voyage était organisé de façon à faire « comprendre le pays » et l'impact d'enjeux comme le réchauffement climatique.

Lors du jour du vote pour élire les membres au Conseil de sécurité, il n'est pas rare de voir des cadeaux s'empiler sur le bureau des délégués.

 

Gerard van Bohemen affirme que ce ne sont pas les voyages qui ont fait la différence, mais les arguments derrière la candidature de la Nouvelle-Zélande pour l'obtention d'un siège en 2015-2016. La promesse de défendre les intérêts des petits États à la table du Conseil a fait pencher la balance, d'après lui.

Carl Skau cite l'importance de la stratégie, du message et « des relations personnelles que vous réussissez à bâtir avec les collègues de l'ONU et dans les capitales ». Les tractations et les négociations sont continuelles en coulisses pour s'assurer des appuis.

Pourquoi?

Ces efforts coûteux en temps et en argent en valent-ils vraiment la peine, alors que le Conseil de sécurité est complètement paralysé depuis des années sur les questions ukrainienne et syrienne?

L'influence et la visibilité valent leur pesant d'or, selon Gerard van Bohemen, même si rien de « significatif » n'a été accompli autour de la table lors du passage de la Nouvelle-Zélande (2015-2016). « Si vous êtes prêts à être courageux au Conseil, les gens vous respecteront et écouteront votre opinion. » Selon lui, il est possible de « forcer la discussion entre des membres ».

Vous amplifiez votre influence diplomatique.

Gerard van Bohemen, ambassadeur de la Nouvelle-Zélande aux Nations unies

L'ambassadeur suédois Carl Skau pense qu'un siège temporaire est une vitrine et une occasion pour le pays d'envoyer « un message sur ce qu'il représente pour l'ONU et le monde ». M. Skau avance que la campagne a permis à la Suède de développer des relations « fascinantes » avec de nombreux pays.

Après un dur revers en 2010 aux Nations unies sous le gouvernement Harper, Ottawa tente de redorer son image sur la scène internationale. Le gouvernement Trudeau a notamment promis de se réengager dans les missions de paix des Nations unies, mais son plan se fait toujours attendre. Ottawa a fait de la défense des filles et des femmes l'une de ses priorités de développement international.

Avec la collaboration de Melissa Kent

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