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Situation critique dans plusieurs secteurs inondés du Grand Montréal

Un homme circule en canot sur la rivière des Outaouais entre Hudson et Oka. Photo: Facebook/Traverse Oka-Hudson
Radio-Canada

L'eau continue de monter dans les quartiers inondés de Montréal, de Laval, des Laurentides et de la Montérégie, pendant que de nouvelles précipitations s'abattent sur la région.

À Montréal, le secteur de l'île Mercier, dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, est l'un des secteurs jugés critiques.

Le maire Denis Coderre a décidé de ne pas décréter l'état d'urgence. « Je pense qu’à la lumière de discussions que l’on a eues, on n’a pas atteint encore le point de saturation, mais s’il faut le faire, on le fera », a déclaré le maire au cours du second point de presse de la journée de vendredi. L'évacuation de l'île Mercier n'est donc toujours pas obligatoire, et la situation sera réévaluée samedi.

Une évaluation de la structure du seul pont, présentement submergé, reliant les îles Mercier et Bizard a permis de constater une détérioration de sa surface, ce qui pourrait y empêcher la circulation routière sous peu.

Pascal Robidas a rencontré un sinistré de l'île Mercier

Environ 500 maisons sont inondées dans le nord de Montréal, dans les arrondissements d'Ahuntsic-Cartierville, de Pierrefonds-Roxboro et de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. Une centaine de personnes ont accepté l'ordre d'évacuation des autorités municipales de la Ville de Montréal.

Des résidents se sont plaints de la lenteur des autorités municipales à distribuer des sacs de sable pour bloquer l’eau autour des maisons.

La responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Anie Samson, a assuré que la Ville faisait tout son possible pour aider les résidents touchés par les inondations.

Au passage, Mme Samson a critiqué une décision prise par l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, qui avait ordonné la destruction de sacs de sable en début de semaine, malgré les prévisions météorologiques défavorables.

Une entreprise de Pont-Rouge, dans la région de la Capitale-Nationale, doit livrer 50 000 sacs de sable d'ici samedi dans la région de Montréal.

Les autorités prévoient que le niveau de l’eau augmentera encore d’une dizaine de centimètres au cours des prochaines heures, en raison des précipitations attendues.

Inondation dans l'arrondissement Pierrefonds-RoxboroLa rivière des Prairies est sortie de son lit dans l'arrondissement Pierrefonds-Roxboro. Photo : Radio-Canada / Charles Contant/Radio-Canada

Une centaine de cols bleus supplémentaires ont été déployés à Laval afin d’acheminer des sacs de sable et d'ériger des murets pour aider les résidents touchés ou à risque.

Les effectifs ont également été accrus au Service de sécurité incendie pour assurer le pompage de l’eau dans les secteurs inondés, surtout dans l'ouest de l'île. Des bénévoles supplémentaires sont aussi prêts à intervenir.

La Ville de Laval a demandé aux riverains d’agir avant que l’eau n’atteigne leur terrain et de couper l’électricité dès les premiers signes d’infiltration.

Le maire d'Oka s'attend à une hausse de 50 cm du niveau du lac des Deux-Montagnes d'ici dimanche. Une centaine de maisons sont touchées dans cette ville, et plusieurs rues ont été fermées.

Un secteur inondé de Rigaud, en Montérégie, vendredi après-midiUn secteur inondé de Rigaud, en Montérégie, vendredi après-midi Photo : Radio-Canada

Rigaud, en Montérégie, est aux prises avec des inondations depuis le 26 mars dernier. Le niveau de la rivière des Outaouais a monté de 2,35 m, dont 30 cm seulement cette semaine. Le niveau de l'eau pourrait encore augmenter de 30 cm avec les précipitations attendues en fin de semaine.

Une soixantaine de résidents ont été évacués de façon volontaire, dont 33 dans la seule journée de jeudi. Outre les personnes qui ont pu trouver refuge chez des parents et amis, 104 sinistrés ont été pris en charge par la Croix-Rouge.

Quelque 18 000 sacs de sable ont été distribués jeudi, et 20 000 autres, donnés par la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, sont distribués par une quarantaine de bénévoles, avec l'aide d'agriculteurs pour transporter ces sacs à l'aide de tracteurs.

Des sinistrés de Rigaud témoignent

La situation est aussi critique à Saint-André-d'Argenteuil, municipalité des Laurentides envahie par la rivière des Outaouais.

Une rue y a été complètement fermée, quelque 160 maisons sont inondées, et une soixantaine de personnes ont été évacuées dans un secteur résidentiel envahi par l’eau. Une majorité de résidents ont trouvé refuge chez des proches, alors que d’autres ont été relogés dans un hôtel de Lachute.

Bien que les autorités conseillent fortement aux résidents de quitter leur demeure inondée, les évacuations demeurent volontaires pour l’instant.

Dans le cas de Roger Léonard, résident du quartier inondé, c’est sa fille qui est venue le « chercher de force ».

C’est dur de quitter notre demeure et tous les biens qu’on a, on ne veut pas les perdre. Mais on n’a pas le choix. Il faut vivre avec ça.

Roger Léonard, résident de Saint-André-d'Argenteuil

« Il demeure des gens qui veulent absolument rester chez eux », déplore le directeur du Service de sécurité et de prévention des incendies de Saint-André-d’Argenteuil, Sylvain Moderie.

« On reste en poste, nous, en cas d’urgence, mais on ne fait plus de transports comme on le faisait chaque jour », poursuit-il, en précisant que le niveau de l’eau ayant encore monté, la situation est devenue dangereuse pour les employés de la Ville et pour les résidents.

Le gouvernement du Québec a demandé l'aide des Forces armées canadiennes pour secourir les sinistrés.

L'entreprise U-Haul a aussi annoncé qu'elle offrait 30 jours d'entreposage gratuit aux personnes sinistrées au Québec.

La situation est surveillée de près à Yamaska, où le niveau du fleuve, qui atteint actuellement 3,6 m, pourrait atteindre 4,1 m samedi ou dimanche. Si tel est le cas, les quelque 200 chalets du quartier situé sur la route de la Pointe Nord-Est seraient inondés. La plupart de ces chalets sont sur pilotis et partiraient à la dérive.

Pour l’heure, 25 d’entre eux sont déjà submergés. Par ailleurs, 9 des 12 maisons que compte le secteur ont été évacuées. Hydro-Québec a averti que l’électricité allait être coupée.

À Sainte-Anne-de-Sorel, le niveau de l'eau a atteint celui de 1998. L'île aux Fantômes, qui se trouve dans la municipalité, est sous l'eau. La quarantaine de maisons qui s'y trouvent sont encerclées, et tous les sous-sols sont inondés. Seules deux familles ont évacué. Il n’y a pas d’avis d'évacuation d'urgence en vigueur.

Marge de manoeuvre très limitée

Les grands réservoirs situés en Outaouais, qui servent à réguler les crues et à contrôler le débit des rivières Gatineau et des Outaouais, sont remplis à pleine capacité. Il n'y a presque plus de marge de manoeuvre.

« On continue de stocker de l’eau, notamment au réservoir Baskatong [NDLR : au nord de Maniwaki], mais ça demeure quand même que les conditions vont être très importantes pour l’archipel de Montréal durant la fin de semaine et au début de la semaine prochaine », explique le responsable de la planification à Hydro-Québec, Pierre-Marc Rondeau.

Le barrage de Carillon, à Saint-André-d'Argenteuil, ne sera pas en mesure de retenir toute cette eau. Cette centrale a été construite au fil de l'eau et n'a donc pas de capacité de rétention. Le débit à cet endroit, qui était de 5500 m³ par seconde le 1er mai dernier, pourrait atteindre 8500 m³ par seconde samedi.

Nouvelle crue à l'horizon

Après s'être stabilisé en raison d'une accalmie, le niveau des rivières connaîtra une nouvelle hausse en raison de la reprise des précipitations, selon l’hydrologue d’Hydro Météo Chloé Alassimone.

« Les secteurs déjà inondés présentement – toute la région de Montréal, lac des Deux-Montagnes, lac Saint-Louis – doivent s’attendre à ce que le niveau de l’eau continue légèrement de monter, ajoute Mme Alassimone. On s’attend toutefois à ce que la hausse soit moins soutenue que ce que l’on a connu au cours des derniers jours. »

On s’attend à ce que le niveau le plus haut soit atteint dimanche ou lundi.

Chloé Alassimone

« Présentement, le niveau du fleuve est très, très haut, poursuit l'hydrologue. C’est une crue importante qu’on ne retrouve pas régulièrement. On parle d’un phénomène qui ne se produit que tous les 20 à 40 ans. »

Il faudra plus d’une semaine à l’eau pour se retirer.

Chloé Alassimone

Mme Alassimone explique que certaines régions ont été épargnées par les inondations parce que les précipitations qui se sont succédé sur le Québec se sont concentrées sur la ligne formée par l’Outaouais, la Montérégie, les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie. « Les régions de l’Estrie et du Centre-du-Québec ont reçu beaucoup moins de précipitations, et c’est encore le cas avec le système qui s’abat présentement sur le Québec », poursuit-elle.

Avec des informations de Louis de Belleval, René Saint-Louis, Pascal Robidas, Francis Labbé, CBC et La Presse canadienne

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