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Enquête Mâchurer : « Ce sont des résultats qui vont nous convaincre », dit l'opposition

Pascal Bérubé, Amir Khadir et André Spénard

Pascal Bérubé, Amir Khadir et André Spénard

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les partis d'opposition à l'Assemblée nationale attendent des résultats, après que le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, a affirmé devant la commission de la sécurité publique de l'Assemblée nationale être déterminé à faire aboutir l'enquête Mâchurer.

« Ce sont des résultats qui vont nous convaincre », a réagi le porte-parole du PQ en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, à l'émission 24/60. Il estime que la contre-attaque de M. Lafrenière sur les « allégations très graves » concernant notamment son indépendance demeure questionnable.

« C’est le gouvernement libéral qui l’a nommé et il enquête sur le gouvernement libéral, c’est assez simple à comprendre, ce genre de questions », a-t-il insisté.

TVA a révélé, fin avril, que l'ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, et l'ex-collecteur de fonds du Parti libéral, Marc Bibeau, avaient été sous la loupe des enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) jusqu'en 2016. Cette enquête, qui porte le nom de Mâchurer, se penchait notamment sur le financement politique et l'octroi de contrats publics.

Très contrarié par la fuite dans les médias, Robert Lafrenière a affirmé qu’une enquête serait menée pour démasquer son auteur.

On espère que cette détermination manifeste à trouver la fuite soit aussi grande pour trouver les véritables bandits, ceux qui ont abusé du bien public.

Pascal Bérubé

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, s’est dit rassuré sur l’enquête Mâchurer, mais voit quand même des zones de questionnement importantes.

« Je vous rappelle les cas de Jean-Marc Fournier et de Jean-Louis Dufresne. C’est dans le rapport de la commission Charbonneau, c’est dans la déposition de Paul Sauvé, c’est un témoin qui a témoigné sous serment », souligne-t-il.

Le député de Mercier se demande si l’UPAC est prête aussi à s’attaquer à un dossier qui touche le gouvernement actuel et non le gouvernement passé. Il estime que c'est de cette façon que l’UPAC pourrait démontrer sa véritable indépendance, en confirmant qu’il y a enquête sur Jean-Marc Fournier et Jean-Louis Dufresne.

« Et sinon, pourquoi? Comment se fait-il que l’UPAC n’a pas encore traité adéquatement des accusations très graves contenues dans la déposition sous serment de M. Sauvé qui touche à l’État et au gouvernement actuel? Cela permettrait en même temps de dissiper tout doute sur l’indépendance du travail de l’UPAC », a insisté le député de Mercier, Amir Khadir.

L'entrepreneur Paul Sauvé avait affirmé devant la commission Charbonneau en 2013 qu'il avait été contraint de s'impliquer dans des activités de financement du Parti libéral du Québec après l'élection de 2003, notamment au profit de Jean-Marc Fournier, afin de s'assurer que des subventions, promises par l'ancien gouvernement péquiste pour un projet de réfection, soient bel et bien versées.

Quant au chef de cabinet de Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne, il aurait encouragé M. Sauvé à financer le Parti libéral et aurait participé à l'organisation d'un cocktail de financement pour Jean-Marc Fournier.

Les policiers veulent une enquête criminelle

L'Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) a réagi par voie de communiqué à la décision du commissaire de l’UPAC de mener une enquête administrative sur les fuites de documents dans les médias.

Elle réclame plutôt une « véritable enquête criminelle indépendante », car elle estime que l’indépendance d’une enquête administrative peut être mise en doute.

L’APPQ affirme que, selon ses informations, l’UPAC a fait appel pour cette enquête à deux anciens employés, dont l’un serait un ami proche d’un cadre de l’UPAC.

Le porte-parole de la CAQ en matière de sécurité publique, André Spénard, estime lui aussi qu’une telle enquête relève du criminel.

Juste une enquête administrative au sein de l’UPAC par deux personnes nommées par M. Lafrenière, je pense que ça ne viendra pas au bout des choses.

André Spénard

Le député de Mercier est d’avis, lui, qu’il ne faut pas exagérer le fait qu’une telle fuite puisse faire dérailler les poursuites et faire avorter l’enquête criminelle. Il rappelle que, jusqu’à présent, « tous les éléments d’information qui ont été révélés touchent des personnes qui ont déjà été identifiées dans diverses enquêtes publiques, journalistiques et même à la commission Charbonneau comme étant impliquées dans l’histoire de financement et de la corruption du Parti libéral du Québec ».

Plusieurs révélations faites dans le passé dans des circonstances similaires sont à l’origine de tout le travail qui a été accompli et reconnu par M. Lafrenière, selon Amir Khadir. Cela permet de dire qu’au « Québec on en parle, il y a une commission d’enquête permanente, des enquêtes journalistiques. Dans d’autres provinces canadiennes, malheureusement, il n’y a rien qui se fait contre la corruption ».

Des révélations de cette nature, faites parfois au détriment de ces serments qui ont été prononcés [...], proviennent de sonneurs d’alarme qui ont pensé que l’intérêt public dépassait l’importance de leur serment et ont pris des risques pour alerter l’opinion publique.

Amir Khadir

Le gouvernement accuse l’opposition de mettre en péril les institutions, la séparation entre le pouvoir politique et le judiciaire. Le PQ estime de son côté que si tout cela arrive, c’est parce que le gouvernement libéral a dirigé la province en prenant des raccourcis et en ne servant pas le bien commun à plus d’une reprise.

« C’est ce que l’on vit depuis des années et j’ai l’impression que ce n’est pas terminé », a lâché Pascal Bérubé, qui ajoute être guidé comme parlementaire et citoyen par la recherche de la vérité.

« Le Parti libéral est très mal placé pour donner des leçons de respect des institutions. Ce sont ces agissements qui sont à la source de l’érosion de la confiance du public dans les institutions, pas les questions que l’on pose », conclut Amir Khadir.

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