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Où fait-on de la recherche au pays? La réponse en carte

Le Canada produit 4 % des publications scientifiques dans le monde. D'un océan à l'autre, les chercheurs collaborent de plus en plus entre eux et avec des collègues à l'international. Voyez quels sont les principaux foyers de recherche au pays.

Un texte de Mathieu Gobeil

Sans surprise, les provinces les plus populeuses sont celles où s’effectue la majorité de la recherche.

À elles seules, les provinces du Québec et de l’Ontario hébergent les deux tiers des 160 000 chercheurs au Canada, et sont aussi à l’origine de près des deux tiers des publications à l’échelle nationale – une proportion un peu plus élevée que leur poids démographique dans l’ensemble canadien.

Lorsqu’on ajoute la Colombie-Britannique et l’Alberta, la proportion passe à environ 85 %.

 

Sources : Observatoire des sciences et des technologies, Statistique Canada

Que ces quatre provinces se taillent la part du lion est normal, puisque la recherche est essentiellement liée au produit intérieur brut, indique Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche en histoire et sociologie des sciences à l’UQAM. « Le PIB est le meilleur indicateur du classement des pays dans le monde [pour ce qui est de la recherche scientifique]. C’est une très forte corrélation. Donc, si vous traduisez ça au niveau des provinces, vous observez la même chose. »

Et comme toute activité culturelle ou économique, la recherche scientifique se fait essentiellement dans les villes, rappelle Vincent Larivière, titulaire de la Chaire de recherche sur les transformations de la communication savante à l'Université de Montréal. « Et si le Québec, et Montréal en particulier, performe bien, c’est parce qu’on y trouve beaucoup d’universités », ajoute-t-il. « Dans la province, Québec et Sherbrooke sont aussi des pôles de recherche importants, avec leurs universités ».

 

La région de Toronto est celle où l’on produit le plus de publications au pays. D’autres pôles importants en Ontario sont ceux de London, par exemple, avec l’Université de Western Ontario, et Kingston, avec Queen’s.

Lorsqu’on examine les données des publications par habitant, la Nouvelle-Écosse arrive cependant en tête (27,6 publications pour 10 000 habitants), suivie de l’Ontario (23,3), de la Colombie-Britannique (22,3), de l’Alberta (22) et de la Saskatchewan (21,8). Le Manitoba et le Québec suivent, avec 19,5 et 19, respectivement.

« La Nouvelle-Écosse a Dalhousie, à Halifax, qui est une grande université, avec une grande faculté de médecine », ce qui peut expliquer la production scientifique élevée de la province par rapport à sa population, dit Vincent Larivière.

Le Québec souffre de son côté d’une certaine sous-représentation, puisque les publications en français sont peu répertoriées dans les bases de données comme Web of Science qui recensent les articles scientifiques. Cette sous-représentation se manifeste surtout dans les sciences humaines et sociales, où les publications québécoises sont souvent en français.

 

« La nouveauté au cours des dernières années, c’est la Colombie-Britannique, qui a connu un énorme développement, et ça se reflète dans le nombre de publications. L’Alberta aussi, et c’est lié au développement pétrolier [et des ressources naturelles] », observe quant à lui Yves Gingras. Vancouver, Edmonton et Calgary figurent d’ailleurs parmi les premiers pôles de recherche au pays.

À l’échelle mondiale, le Canada occupe la 9e position pour ce qui est de la production scientifique, en légère baisse depuis les dernières années. C’est que le poids de certaines économies a augmenté considérablement, notamment la Chine, qui est désormais 2e au chapitre des publications scientifiques, derrière les États-Unis. Notons que plus de la moitié des publications canadiennes se font maintenant en collaboration avec des chercheurs à l’étranger.

La recherche biomédicale en tête

« Traditionnellement, le Québec est fort dans le domaine biomédical, en raison des industries pharmaceutiques de l’ouest de l’île de Montréal, et avec McGill et l’Université de Montréal qui ont des facultés de médecine très importantes. Et c’est dû aux politiques scientifiques qui ont été mises en place il y a plus de 30 ans et qui font la part belle à la recherche fondamentale et à la recherche clinique dans ce domaine », explique Vincent Larivière.

 

Le Canada et le Québec ne sont pas différents à ce chapitre des autres sociétés développées. « La plupart des pays occidentaux, comme le Canada, le Royaume-Uni ou les États-Unis, font une plus grande place, en termes relatifs, au domaine biomédical », alors que des pays comme la Chine et l’Inde se concentrent davantage sur la physique ou la chimie, poursuit le professeur Larivière.

« La Chine, qui est très avancée scientifiquement, n’a pas un historique de communauté scientifique comme aux États-Unis, par exemple. Et dans le développement d’une communauté scientifique, en général, on passe par les sciences naturelles (physique, chimie, biologie, mathématiques) pour ensuite arriver vers le domaine biomédical », précise Vincent Larivière.

 

Le financement de la recherche

En avril, le comité consultatif sur l'examen du soutien fédéral à la science fondamentale jugeait qu’Ottawa devait augmenter de toute urgence le soutien à la recherche. Dans son rapport, le comité estimait que 1,3 milliard de dollars supplémentaires étaient nécessaires au cours des quatre prochaines années – notamment pour soutenir la recherche fondamentale.

« Ça, c’est pour ramener le statu quo à la case départ, en 2005, avant les années Harper », souligne Yves Gingras, qui rappelle les coupes effectuées en recherche dans l'appareil fédéral sous les conservateurs et la réorientation des politiques de financement de la recherche. « Avec Harper, il y a eu une surconcentration, il fallait que tout ait des retombées économiques », dit-il.

« Le rapport répète ce que les scientifiques demandent depuis longtemps : un rééquilibrage de la recherche fondamentale versus la recherche appliquée. Parce que c’est ça qui avait été totalement déséquilibré avec les conservateurs au cours des 10 dernières années », ajoute Yves Gingras.

La dynamique a-t-elle changé avec l’ère Trudeau? « Au niveau rhétorique, il y a un virage. Ça, c’est clair. Au niveau des investissements, il n’y a rien de fait. On l’a vu dans le dernier budget, les gens ont été déçus », mentionne-t-il.

« Mais au moins l’ambiance est meilleure dans le milieu scientifique. Le gouvernement a négocié avec les chercheurs gouvernementaux […]. Il y a une lettre d’entente qui inclut la liberté de parole sur les questions scientifiques. Ce qui n’était pas le cas sous Harper. Au moins [les libéraux] montrent une bonne volonté. »

Et le gouvernement actuel est plus sensible à l’importance de la recherche fondamentale, souligne Yves Gingras. « On verra au prochain budget s’il vont bouger » pour un plus grand investissement en science.

Former les chercheurs

Le nombre de diplômes de deuxième cycle décernés au Canada au cours des dernières années a considérablement augmenté. Universités, chercheurs, gouvernements et observateurs du monde de la recherche, tous s’entendent sur l’importance des études supérieures et sur les atouts d’une société très scolarisée.

Mais beaucoup le constatent : il est de plus en plus difficile de décrocher un emploi à la hauteur de ses attentes – et avec un salaire convenable – après avoir obtenu un diplôme de 2e ou de 3e cycle. La question d’une possible « surproduction » de doctorats se pose.

« Au Canada, malgré la rhétorique des universités, il y a surproduction de doctorats [compte tenu des débouchés qui restent limités]. On ne peut pas nier ça », dit Yves Gingras.

« Et c’est un effet pervers dû au système de financement universitaire », selon lui. Les universités sont financées au prorata du nombre d’étudiants. Or, la subvention gouvernementale est beaucoup plus élevée dans le cas d’un étudiant de doctorat que dans le cas d’un étudiant au baccalauréat, souligne-t-il.

« C’est pour ça que les universités depuis un certain nombre d’années misent sur les 2e et 3e cycles davantage. C’est dans leur politique explicite. Parce qu’elles ont bien compris que c’est la seule façon de rentrer de l’argent », dit-il.

« Et compte tenu de la [rareté] des postes, de la compétition et de la quantité de gens avec un doctorat, les trajectoires de carrière sont bien différentes que ce à quoi on pouvait s’attendre il y a 30 ans. Or, on les forme encore comme il y a 30 ans, comme à l’époque où une majorité de doctorants se ramassait dans le monde universitaire, ou à une époque où il y avait une demande industrielle plus importante », soutient pour sa part Vincent Larivière.

« Évidemment, il y a des initiatives dans certaines universités pour essayer de les arrimer à d’autres milieux, faire valoir que leurs compétences sont transférables ailleurs. Mais il ne faut pas oublier une chose : un doctorat est une formation à la recherche, dans un domaine pointu. C’est ça avoir un doc, c’est avoir contribué à l’avancement des connaissances dans une discipline donnée », conclut-il.

 

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