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La sécurité au coeur de la présidentielle à Nice

Francyne Doyon

Francyne Doyon

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Presque un an après l'attentat qui a coûté la vie à 86 personnes, la capitale économique de la Côte d'Azur est toujours sous le choc. Rencontres avec des électeurs.

Un texte d'Alexandra Szacka

Sur la Promenade des Anglais, on peut encore voir des gerbes de fleurs fraîches à la mémoire des victimes de l’attentat du 14 juillet dernier. Le terroriste, au volant d’un poids lourd, avait semé la mort le long du célèbre boulevard qui borde la Méditerranée.

Aujourd’hui, la ville, pourtant reconnue comme une des plus sûres de France, renforce les dispositifs de sécurité, notamment le long de la Promenade, qui est en travaux sur plus d’un kilomètre.

Mais pour de nombreux Niçois, cela ne semble pas suffisant. Ils veulent plus de protection encore. L’élection présidentielle, dont le second tour aura lieu dimanche, est une occasion pour faire entendre leurs voix dans tout le pays.

Marine Le Pen, la candidate du Front national, le parti d’extrême droite, qui promet de faire de la sécurité des Français sa priorité, recueille ici des appuis considérables. Avec moins de 2000 voix derrière François Fillon, candidat malheureux du parti Les Républicains, éliminé au premier tour au niveau national, elle représente aujourd’hui à Nice la première force politique.

« Mon choix, c'est Marine »

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, à l'occasion de l'unique débat en vue du second tour de l'élection présidentielle française.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les candidats Marine Le Pen et Emmanuel Macron, à l'occasion de l'unique débat en vue du second tour de l'élection présidentielle française.

Photo : Reuters

Et on le sent dans la rue. « Je vais voter pour Marine », nous confie une jeune femme dans la trentaine, soigneusement vêtue. « Elle est plus concernée par les besoins de la France et par la sécurité du pays », ajoute-t-elle.

Même son de cloche de la part de cette jeune serveuse, dont la mère travaillait dans l’un des hôtels de la Promenade des Anglais le soir du drame et qui a vu un enfant mourir sous ses yeux.

« Mon choix est déjà fait, c’est Marine, c’est malheureux à dire, mais je suis obligée de faire ça », confie-t-elle. « Ce qu’on a vécu en France depuis cinq ans, faut pas que ça continue, faut que ça arrête! ».

Sécurité : deux programmes

Le programme de la candidate du Front national prévoit la fermeture des frontières, l’expulsion de tous les étrangers fichés « S » [danger pour la sécurité de l’État], la fermeture des mosquées salafistes, le recrutement de 15 000 nouveaux policiers et gendarmes et la création de 40 000 nouvelles places de prison. Ces propositions en rassurent plusieurs.

Son opposant, Emmanuel Macron, jeune chef du tout nouveau mouvement En Marche! et ancien ministre de l’Économie de François Hollande, a un programme en matière de sécurité beaucoup moins spectaculaire. Création de 10 000 postes de policiers supplémentaires et un service de renseignement repensé et renforcé. Mais, surtout, un état-major du renseignement relevant directement de l’Élysée.

Avec le nombre d’attentats terroristes survenus sur le territoire français au cours des cinq dernières années, il n’est pas étonnant de voir les électeurs ici placer la sécurité au cœur de leurs préoccupations. Les services des renseignements français ont beau avoir déjoué 9 attentats sur 10 et avoir procédé à des coups de filet au cours des derniers jours de la campagne présidentielle, beaucoup de Français ne se sentent pas suffisamment protégés.

Repenser la sécurité

Émilie PetitjeanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Émilie Petitjean, présidente de l’association Promenade des Anges

Photo : Émilie Petitjean

Émilie Petitjean en fait partie. La jeune Niçoise, spécialiste en ressources humaines, a perdu son fils aîné, Romain, 10 ans, dans l’attentat du 14 juillet dernier.

Elle est aujourd’hui présidente de l’association Promenade des anges, vouée à la défense des victimes. « Il faut repenser la sécurité des Français. Il faut repenser la sécurité européenne », affirme-t-elle au cours d’une entrevue où elle enchaîne les cigarettes, l’une après l’autre.

Elle a bien vu les efforts déployés par la Ville, dirigée par un maire et un président de région appartenant au parti de droite Les Républicains, pour améliorer la sécurité des habitants. Mais pour elle, ce n’est pas assez.

Les mesures de sécurité doivent être réfléchies en amont et pas a posteriori.

Une citation de : Émilie PetitJean, présidente de l'association Promenade des anges

Les 163 policiers supplémentaires engagés par la Ville, surtout pour protéger les écoles, c’est une goutte d’eau dans l’océan de besoins, selon cette maman qui tremble aujourd’hui pour la vie de son plus jeune fils.

Émilie Petitjean avoue qu’elle est encore incapable de choisir entre les deux candidats, tant leurs programmes lui paraissent au mieux, déficients, au pire, dangereux. « Ce n’est pas abordé dans le fond. C’est survolé. Il y a eu des attentats en France, point. Oui, mais qu’est-ce qu’on va faire pour régler ce problème en amont? On ne sait pas », dit-elle avec un certain agacement.

Macron et son programme « un peu plus raisonnable »

Un tout autre son de cloche du côté de Christian Vallar, doyen de la Faculté de droit de l’Université de Nice, qui fait une distinction entre les programmes des deux candidats.

Selon lui, le programme de Marine Le Pen, même s’il va plus loin et semble rassurer plus, est difficilement réalisable. « Celui d'Emmanuel Macron est un peu plus raisonnable », affirme-t-il. Mais il admet : le Front national est si fort dans la région à cause du programme de Marine Le Pen en matière de sécurité.

Cela n’empêche pas ce spécialiste de la sécurité nationale de ridiculiser certaines mesures qui s’y trouvent, notamment la fermeture des frontières. « La plupart des terroristes ou apprentis terroristes qu’on arrête sont des gens qui sont déjà sur place, des nationaux. On peut toujours fermer une frontière, ils sont déjà là. »

Choisir son président

Le 7 mai prochain, les Niçois, tout comme près de 40 millions de leurs compatriotes, iront aux urnes. Leur choix sera influencé en grande partie par les attentats sanglants que le pays a connus et les dizaines de morts. Qui des deux candidats assurera une meilleure protection à eux et à leurs enfants?

Qu’espérez-vous pour votre petit Maxime, avons-nous demandé à Émilie Petitjean, à propos de son plus jeune garçon, 3 ans? « Qu’il aille au bout de sa vie [...] Ni plus ni moins. Aujourd’hui, je vis dans l’angoisse qu’il puisse lui arriver quelque chose. Ma plus grande peur, elle est là », répond-elle avant de fondre en larmes.

Maxime et Romain, enfants d'Émilie PetitjeanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À gauche, Maxime et à droite son frère Romain, mort à 10 ans dans l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice.

Photo : Courtoisie / Famille Petitjean

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