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La relève agricole lève le poing

Les membres de la Fédération de la relève agricole du Québec posent poing levé devant la Maison du développement durable sur la rue Sainte-Catherine juste avant d'aller manifester devant le siège social de la CDPQ.

Les membres de la Fédération de la relève agricole du Québec ont tenu un point de presse à la Maison du développement durable sur la rue Sainte-Catherine avant d'aller manifester devant le siège social de la CDPQ.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une trentaine de membres de la Fédération de la relève agricole ont manifesté à Montréal devant le siège social de la Caisse de dépôt et placement du Québec, mercredi. Ils voulaient dénoncer la décision de la Caisse d'utiliser l'épargne des Québécois pour investir dans la société Pangea, qui achète des terres agricoles un peu partout dans la province.

Un texte de René Saint-Louis

Selon eux, cette pratique appauvrit les milieux ruraux, entre autres parce que les terres sont ensuite louées et non vendues aux agriculteurs. Elle fait aussi grimper la valeur des terres, qui deviennent hors de prix pour la relève.

Pour appuyer leur propos, ils citent le dernier rapport annuel de la Financière agricole du Québec, qui rapporte une hausse de 158 % de la valeur des terres agricoles dans la province depuis cinq ans.

« Pangea, ils sont dans mon coin. Ils sont très, très agressifs. Ça bloque plusieurs jeunes, tant à l'accès à la terre qu'à la progression de leur entreprise », estime Philippe Garneau, venu de Normandin, au Saguenay Lac-Saint-Jean.

Maxime Lafond, de son côté, a fait le déplacement de l'Estrie; sa collègue Julie Dagenais, du Bas-St-Laurent. Tous deux dénoncent la dévitalisation qu'entraîne, selon eux, la présence de Pangea, car les agriculteurs qui collaborent avec la société n'achètent plus leurs intrants (engrais, semences, etc.) localement.

Maxime Lafond de Coaticook, Julie Dagenais, de La Pocatière et Philippe Garneau, de Normandin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maxime Lafond de Coaticook, Julie Dagenais de Saint-Cyprien et Philippe Garneau, de Normandin.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Une coalition

Avant de manifester, les membres de la Fédération de la relève agricole sont venus épauler leur présidente, Michèle Lalancette, qui tenait un point de presse en compagnie du président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, et du directeur pour le Québec et l'Atlantique de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand.

Tous trois ont demandé à la Caisse de dépôt et au Fonds de solidarité de la FTQ, qui a aussi décidé il y a quelques jours d'investir dans Pangea, de faire marche arrière immédiatement.

L'UPA a aussi réitéré sa demande au gouvernement de limiter pendant trois ans la vente de terres agricoles à un maximum de 100 hectares par année, par acheteur, le temps de faire le point sur la situation.

Ces revendications sont aussi appuyées par l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), ainsi que par les organismes Nature Québec et Vivre en ville.

Réactions

Joint au téléphone, le Fonds de solidarité a fait savoir qu'il n'entendait pas se retirer de Pangea. Son porte-parole Patrick McQuilken a décrit Pangea comme « une alternative qui répond à un besoin sur le terrain ». Il a rappelé que d'autres moyens complémentaires existent, comme le financement traditionnel par les banques.

« Le Fonds n'est pas un spéculateur; le Fonds est un investisseur de capital patient à long terme, ce qui n'est pas compatible avec la spéculation. »

— Une citation de  Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds de solidarité de la FTQ

Du côté de la Caisse de dépôt et placement, on n'a pas répondu aux questions et on nous a renvoyé au communiqué transmis par la Caisse la semaine dernière, dans lequel elle décrivait sa stratégie pour le secteur agroalimentaire. Cette stratégie inclut un appui aux jeunes agriculteurs qui veulent prendre la relève et un appui aux propriétaires et au modèle de ferme familiale.

Du côté de Pangea, son cofondateur Serge Fortin soutient que l'UPA a une très mauvaise compréhension du modèle proposé et que c'est pour cette raison qu'elle le critique tant. Il insiste pour dire que les agriculteurs restent propriétaires à 100 % de leur terre, mais précise que ceux-ci acceptent aussi de cultiver d'autres terres, situées à proximité.

M. Fortin rejette également les reproches de spéculation et de prise de contrôle hostile. Il affirme que le modèle Pangea respecte celui de la ferme familiale. Il cite également des cas où lorsque Pangea a appris qu'un autre agriculteur souhaitait se porter acquéreur d'une ferme en vente, Pangea s'est retiré.

À Québec, le ministre de l'Agriculture Laurent Lessard a indiqué que le modèle de Pangea était « sous examen » et qu'il devait l'analyser pour voir s'il correspond au modèle de ferme familiale que Québec veut encourager. Il a rappelé que le Québec avait eu « huit générations de familles agricoles » et qu'il tenait à garder ce modèle.

Avec La Presse canadienne

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