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Présidentielle française : vif débat Le Pen-Macron

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, à l'occasion de l'unique débat en vue du second tour de l'élection présidentielle française.

Les candidats Marine Le Pen et Emmanuel Macron, à l'occasion de l'unique débat en vue du second tour de l'élection présidentielle française.

Photo : Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont affrontés mercredi soir dans une joute télévisée souvent cacophonique, où le favori des sondages a tenté de mettre au jour l'« irréalisme » du programme de la candidate du Front national. Mme Le Pen s'est montrée pugnace, voire agressive, assénant sans cesse coup sur coup.

La candidate du Front national, qui accuse un retard d'environ 20 points sur M. Macron dans les intentions de vote, a adopté un ton tantôt dédaigneux, tantôt agressif, tantôt narquois. Elle avait clairement opté pour une stratégie de pilonnage, présentant le chef de file d'En Marche! comme le « candidat de la mondialisation sauvage » et ramenant souvent son passé de banquier et de ministre du président sortant François Hollande.

Il est le candidat « de l'ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous, du saccage économique », a-t-elle déclaré dans son préambule. Elle s'est présentée à l'opposé comme « la candidate du peuple », « la candidate de la France telle que nous l'aimons, de sa culture, de sa civilisation, de son unité ».

Emmanuel Macron, qui s'est attaché non sans difficulté à conserver un ton posé et didactique, l'a plutôt dépeinte comme la représentante de « l'esprit de défaite », porteuse d'un « projet mortifère », l'accusant de manier « bêtises » et « mensonges » et de nourrir « la peur ».

 

« Le pays vous importe peu »

Le ton s'est tendu encore davantage au terme du débat lorsque l'ex-présidente du FN a émis des doutes sur la déclaration de patrimoine de son adversaire : « J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas ».

« Vous, vous avez des affaires, moi je n’en ai pas », a rétorqué Emmanuel Macron, évoquant l'enquête sur les assistants parlementaires du FN au Parlement européen. « Vous salissez les uns et les autres, notre pays n'a pas besoin de ça! » a-t-il accusé. « Le pays vous importe peu, vous n'avez pas de projet », a conclu le candidat d'En Marche!

C'est sur le plan économique qu'Emmanuel Macron a marqué le plus de points, surtout lorsqu'il a été question du rétablissement d'une monnaie nationale en parallèle avec l'euro, projet du FN aux contours flous et amendé dans l'entre-deux-tours sur lequel la candidate a esquivé les explications. « Votre bidouillage n’a aucun sens » et « manifeste une impréparation crasse », a-t-il dit.

Marine Le Pen a maintenu ses attaques : « Jouer à l'élève et au professeur, ce n'est pas mon truc », a-t-elle lancé à Emmanuel Macron, dans une allusion à son épouse, qui fut son professeur de français.

Élection présidentielle française  

« Hollande junior »

Les références visant à saper la volonté d'Emmanuel Macron d'incarner le renouveau ont été nombreuses : « Hollande junior », « Monsieur le ministre de l'Économie », « Monsieur l'ex-conseiller ». « Vous êtes l'héritier de François Hollande, qui vous soutient deux fois par jour », s'est-elle aussi moquée.

Tout en s'en défendant, le candidat d'En Marche! lui a parfois répliqué dans la même veine, la dépeignant comme « l'héritière d'un système, d'un parti, d'un nom ».

Sur la lutte contre le groupe armé État islamique et contre le terrorisme en général, M. Macron a estimé que sa rivale proposait de « la poudre de perlimpinpin » et a rappelé qu'elle a voté au Parlement européen contre les textes communautaires touchant ces sujets.

En retour, Marine Le Pen a accusé son adversaire de « complaisance pour le fondamentalisme islamique ».

Macron vainqueur, dit un sondage

C'est Emmanuel Macron qui a remporté le débat, à en croire un sondage Elabe mené pour BFMTV auprès de 1314 personnes. Ainsi, 63 % des répondants l'ont jugé plus convaincant que Marine Le Pen (37 %).

Mais il n’y a pas eu de K.O. et les partisans de chacun des pugilistes ont trouvé dans leurs prestations de quoi se satisfaire, et conclure que leur favori l’a emporté.

« Je suis assez joyeux, puisque j’ai vu ma candidate Marine Le Pen vibrer, s’est enthousiasmé Loup Viallet, du Front national, en entrevue à l'émission 24/60. Je l’ai vue dominer ce débat, être claire sur tous les enjeux […] et j’ai vu Emmanuel Macron montrant son vrai visage, celui de l’héritier du quinquennat de François Hollande. »

« On a vu [chez Marine Le Pen] une vraie confusion et beaucoup de démagogie, a dit de son côté Benjamin Haddad, militant d’En Marche! Qu’est-ce qu’on a vu en face, chez Emmanuel Macron? Beaucoup de calme, beaucoup de dignité, et une capacité à faire des propositions. »

M. Macron s’est en effet bien débrouillé sur le plan de l’image, d’autant plus qu’il n’a pas l’habitude de ce genre d’exercice, a estimé Jean-Jacques Stréliski, professeur associé du département de marketing à HEC Montréal, en entrevue.

« Il a fait ce qu’on lui demandait », notamment en ayant la prestance d'un homme d'État, a estimé M. Stréliski, ajoutant cependant que Mme Le Pen « est une femme extrêmement habile » dans ce type de confrontation. C’est la candidate du FN qui avait le plus à gagner de ce débat, a dit le spécialiste de l'image, et « elle a déjà gagné beaucoup ».

Jean-Jacques Stréliski a d'autre part noté la vigueur des échanges et le mal qu'ont eu les modérateurs à y mettre un peu d'ordre.

Est-ce un débat ou un combat? Moi, j’ai assisté à un combat. Un combat de coqs, parfois. Vraiment, on s’est invectivé de part et d’autre à qui mieux mieux.

Une citation de : Jean-Jacques Stréliski, professeur à HEC Montréal, spécialiste de l'image
Avec les informations de Reuters

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