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La fascination de Trump pour les dictateurs soulève un malaise

Le président nord-coréen Kim Jong-un et le président des États-Unis Donald Trump.
Le président nord-coréen Kim Jong-un et le président des États-Unis Donald Trump. Photo: Reuters
Christian Latreille

ANALYSE - Le président américain semble cultiver une fascination pour les dictateurs, et le nombre d'« hommes forts » de ce monde invités à la Maison-Blanche ou louangés par Donald Trump en inquiète plusieurs aux États-Unis.

Donald Trump est loin d’être le seul président américain à avoir frayé avec des tyrans. Mais il est le premier à le faire aussi ouvertement et candidement.

Le président américain, qui a déjà rencontré le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, a l'intention de rencontrer le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant philippin, Rodrigo Duterte, et s'est même dit prêt à faire de même avec le président nord-coréen, Kim Jong-un, tous des chefs d’État qui ont en commun de diriger leur pays d’une main de fer.

Ce rapport avec des dictateurs, et surtout la dernière invitation lancée au président Duterte, qui a admis avoir commandité des meurtres - voire tué lui-même de présumés criminels - fait sourciller, entre autres, les éditorialistes du New York Times et du Washington Post, qui ont dénoncé les dangers pour les États-Unis de se frotter à ces dirigeants sans scrupules.

« Croyez-vous que notre pays est si innocent », avait répliqué Trump au commentateur Bill O’Reilly, à Fox News, qui le pressait de questions sur le controversé Vladimir Poutine. Cette remarque en a aussi fait sursauter plusieurs, mais le président Trump n’avait peut-être pas tout à fait tort.

Donald Trump, président des États-Unis  

Une longue histoire de relations controversées

L’histoire des États-Unis est en effet jonchée de coups d’État soutenus par la CIA et de relations plus ou moins secrètes entre Washington et des dirigeants peu fréquentables.

En 1953, en Iran, la CIA, sous le président Dwight Eisenhower, aide à renverser le gouvernement élu démocratiquement du premier ministre iranien Mohammad Mossadegh. Les États-Unis installent par la suite le shah Mohammad Reza Pahlavi, un tortionnaire protégé par Washington, qui sera forcé à l’exil lors de la révolution islamique en 1979.

En 1973, sous l’administration du président Richard Nixon, la CIA, encore, appuie la junte militaire d’Augusto Pinochet, au Chili, dans un putsch qui aura raison du président Salvador Allende, lui aussi élu lors d’élections libres.

En 1986, Ferdinand Marcos, dictateur corrompu qui a régné en roi et maître sur les Philippines pendant 20 ans, trouve refuge aux États-Unis avec la permission de son grand ami, l’ex-président Ronald Reagan.

Même histoire au Nicaragua avec la famille Somoza, qui a pillé et terrorisé ce petit pays d’Amérique centrale pendant 45 ans avec l’accord de nombreux présidents américains.

Le président Trump a probablement raison de dénoncer l’hypocrisie et l’aveuglement de plusieurs face aux relations controversées des États-Unis avec les nombreuses dictatures passées et présentes. Il admet vouloir entretenir des liens même avec ceux qui ne partagent pas nécessairement les valeurs traditionnelles américaines, comme la protection des droits de la personne.

Au fil du temps, les présidents américains ont largué et soutenu de nombreux dictateurs au gré de leurs intérêts économiques, politiques et géostratégiques.

Le président Trump n’a rien inventé et ses fréquentations ne devraient étonner personne. Les dictateurs continueront de franchir le seuil de la Maison-Blanche au risque de voir un jour les États-Unis perdre toute crédibilité pour défendre la démocratie.

Christian Latreille est correspondant à Washington

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