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Police de Windsor : 150 ans d'histoire en cinq temps

Des policiers en uniforme d'apparat lors d'une cérémonie. Au premier plan, l'épaule d'un agent montre l'écusson de la police de Windsor.

La police de Windsor souligne ses 150 ans d'histoire en 2017.

Photo : Windsor Police

Radio-Canada

La police de Windsor souligne ses 150 ans d'existence. De multiples célébrations sont prévues tout au long de la semaine pour commémorer cet anniversaire, marqué notamment par la présence de la frontière avec les États-Unis, l'essor de l'automobile et les bouleversements sociaux. Découvrez cinq moments forts de cette histoire.

Un texte de Marine Lefèvre

1- Des premiers pas timides

Le service de police municipal est fondé le 1er avril 1867, lorsque les conseillers de la Ville de Windsor adoptent une loi pour sa mise en place.

Sam Port, qui agissait déjà à titre d’agent de la paix, est officiellement nommé chef de police. L'homme, qui est par ailleurs forgeron, poursuit ses activités parallèlement à ses fonctions.

Selon l'auteur et historien Marty Gervais, il gagne environ 400 $ par année. Il est associé à deux autres agents de police à temps partiel, qui gagnent moins de 1 $ par jour.

À l’époque, Windsor est une toute petite bourgade de quelques milliers d’âmes. C’est alors le refuge idéal pour des individus de toute sorte : voleurs de banque et prostituées arrivent notamment des États-Unis pour se cacher, ainsi que des esclaves en fuite et même des espions sudistes de la guerre civile américaine.

Le petit corps policier est peu formel et assez inefficace. Sam Port lui-même n’est que peu dédié à sa tâche, selon Marty Gervais. « De temps en temps, il transmet son badge à quelqu’un d’autre », explique-t-il.

La prison, qui ne peut accommoder que deux personnes, est d'ailleurs le symbole du peu d’empressement généralisé pour faire la chasse aux bandits.

Image d'archives - un policier est sur une moto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La police de Windsor achète sa première motocyclette en 1919

Photo : Windsor Police

2- La prohibition ou le difficile équilibre entre gangstérisme et maintien de l'ordre

Entre 1920 et 1934, les années folles de la prohibition placent Windsor au coeur d'un système très bien organisé de contrebande. La ville est le lieu de tous les excès : alcool, prostitution et jeux de hasard.

Pour faire face à la situation, la police se dote de nouveaux moyens. En quelques années, les forces de l'ordre prennent notamment de l'ampleur. Quelque 52 hommes sont engagés entre 1920 et 1924 pour affronter les troupes de Al Capone et de ses acolytes.

En 1921, un nouveau palais de justice ouvre ses portes, la police y installe son quartier général. L'édifice est doté de cellules pouvant accueillir jusqu'à douze personnes.

Au cours de cette période, des gens des deux côtés de la rivière Détroit s'enrichissent. Marty Gervais estime toutefois que bon nombre de policiers profitent largement de la situation.

« De temps à autre, des policiers faisaient des descentes, mais ces interventions avaient plus l’air de spectacles que de réelles intentions de mettre un terme aux activités illégales », raconte-t-il.

Parallèlement à ce phénomène, la circulation devient un enjeu majeur. Plusieurs centaines de collisions qui tuent quelques dizaines de personnes, notamment des enfants, sont rapportées chaque année. La construction du pont Ambassador entre Windsor et Détroit en 1929 permet de réduire la circulation au centre-ville et par là-même les accidents de la route, tout au moins jusqu'à l'ouverture du tunnel Windsor-Détroit en novembre 1930.

Photo d'archives : un homme et deux femmes dans un bureau rempli de classeurs.

James Wilkinson et deux femmes de son personnel révisent des dossiers en 1945.

Photo : Windsor Police

3- Les empreintes digitales : la police de Windsor pionnière dans le domaine

En 1922, la police de Windsor crée une division de recherche. À sa tête, James Wilkinson, un policier aguerri qui a fait ses classes avec Scotland Yard, en Angleterre, et avec la police de Détroit.

Il met en place un système de fichiers croisés qui répertorie les individus recherchés, les biens volés et toutes sortes d’informations sur des délits commis dans la région. Au coeur de son système : la prise d’empreintes digitales.

Rapidement, l’efficacité de sa méthode dépasse les frontières de la ville.

Selon Marty Gervais, le directeur du FBI, Edgar Hoover, s’intéresse à son travail. La célèbre agence américaine s’inspire d’ailleurs des procédés de Wilkinson pour améliorer sa propre utilisation des empreintes digitales lors de ses enquêtes.

« La police de Windsor fait preuve d’audace en implantant cette technologie à l’époque », souligne Marty Gervais.

Photo d'archives en noir et blanc. À l'avant-plan, un policier en uniforme parle avec un homme en costume, portant un chapeau. Derrière, un autre homme change des enseignes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Installation de nouveaux panneaux de signalisation sur le stationnement sur la rue Ouellette en 1934.

Photo : Windsor Police

4- Une police moderne et efficace

Le 30 janvier 1951, un nouveau chef est nommé. Sous l'administration de Carl Farrow, une réorganisation totale des services est entreprise. Carl Farrow met en particulier l'accent sur la formation des policiers, le contrôle de la circulation routière et la lutte contre les activités criminelles liées au jeu et à l'alcool. Le budget est augmenté et Carl Farrow embauche 26 hommes. La police de Windsor emploie alors 215 personnes, officiers et civils.

La même année, un plan de circulation de trois ans est mis en place; il permet une baisse importante du nombre d'accidents, qui passent ainsi de 3900 en 1951 à 2400 en 1953.

Une autre priorité de l'administration de M. Farrow est l'élaboration de nouvelles règles et procédures pour les agents de police. Un nouveau code de procédure, adopté en avril 1955, spécifie notamment qui peut parler aux médias, comment utiliser des armes et comment gérer les paris.

C'est également le moment où la police de Windsor devient entièrement mécanisée avec l'ajout de motocyclettes et de side-cars.

Pour M. Gervais, Carl Farrow remet avant tout de l’ordre dans les forces de police en implantant un service structuré, moderne et efficace.

Cind policiers en uniforme, quatre ont des pistolets.

Des policiers montrent leurs armes lors d'une inspection annuelle en juin 1964.

Photo : Windsor Police

L'intégration des minorités

Lorsqu'il quitte son emploi de mécanicien en 1942 pour devenir policier, Alton C. Parker ne se doute pas que son nom restera dans toutes les mémoires. À une époque où il était encore difficile pour des membres de la communauté noire de fréquenter les bars et les restaurants, M. Parker devient le premier détective noir de l'Ontario, et l'un des premiers au Canada.

Sa droiture, son engagement et son professionnalisme font de lui un policier adoré dans son milieu. « C’était un pionnier, non seulement à Windsor, mais aussi au Canada. Il a pavé la voie pour une plus grande diversité des forces de police à Windsor », indique Marty Gervais.

Deux femmes en uniforme

Lisabeth Taylor et Liz Tuz lors de leur intégration en 1975.

Photo : Windsor Police

Si Windsor se montre relativement progressiste pour intégrer certaines minorités, il faut attendre 1975 pour que les femmes fassent leur apparition en son sein.

Lisabeth Taylor, une secrétaire de 27 ans et Liz Tuz, une serveuse de 21 ans, sont engagées en juillet 1975. Leur intégration n'est pas facile dans ce milieu réservé aux hommes.

À l’époque, la police de Windsor a notamment un règlement relatif au code vestimentaire et à la coiffure qui exige par exemple que les hommes se rasent ou qu’ils portent des cheveux d’une certaine longueur par rapport au col de chemise. Des normes spécifient également leurs mensurations. Les policiers devaient peser au moins 72 kg. Autant de règles qui ne s’appliquent clairement qu’aux hommes.

Ces normes sont toutefois adaptées aux femmes par la suite. Les femmes devaient peser au moins 54 kg et mesurer au moins 1,64 m.

En 1992, il y a 21 policières à Windsor. Elles sont 77 aujourd'hui sur environ 455 agents.

En octobre 2016, Pam Mizuno est la première femme nommée au poste de commissaire.

Avec des informations de la police de Windsor

Windsor

Histoire