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Au Québec, urgence rime toujours avec patience

Une patiente attend sur une civiève dans une salle d'urgence d'un hôpital
Une patiente attend sur une civiève dans une salle d'urgence d'un hôpital Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les Québécois qui ont été admis sur des civières dans les salles d'urgences des hôpitaux de la province ont attendu en moyenne 15 heures et 36 minutes pour en sortir l'an dernier, une donnée qui n'a pratiquement pas bougé depuis un an, a admis mardi le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

Un texte de François Messier

« C’est vrai que, cette année, la réduction du temps d’attente sur civière à l’urgence n’a pas diminué de façon significative, ou très peu. C’est marginal », a-t-il reconnu, après avoir été interpellé à ce sujet par la députée péquiste Diane Lamarre lors de l’étude en commission parlementaire des crédits budgétaires en matière de santé.

Le ministre Barrette a cependant souligné que ce temps d’attente moyen, qui varie en fait considérablement selon les régions, a diminué de « façon significative » par rapport à ce qu’il était lorsque le Parti libéral a pris le pouvoir au printemps 2014. « Ça, on ne peut pas contester ça », soutient-il.

 

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Selon Mme Lamarre, la situation actuelle n'en expose pas moins les « grandes lacunes » présentes tant dans les soins de première ligne, qui permettraient d'éviter que des gens n’aillent inutilement à l’urgence, que dans le soutien à domicile, pour bien suivre les gens qui en sortent.

« Quand on est couché sur une civière, c’est parce qu’on ne peut pas être à la maison », a répliqué Gaétan Barrette. « Le temps d’attente sur civière, contrairement à ce qu’a évoqué notre collègue, n’a rien à voir avec [les ressources disponibles à] l’extérieur de l’hôpital ni le temps attente pour voir un médecin. »

La porte-parole péquiste en matière de santé a par ailleurs avancé que les chiffres officiels ne traduisent pas la réalité, dans la mesure où 511 lits placés dans des « unités de débordement » ont été occupés en moyenne chaque jour pour l’année 2016-2017.

Ces chiffres, qui « n’entrent pas dans les statistiques de l’urgence », selon elle, étaient de 482 l’an dernier. En 2014-2015, le nombre de lits occupés en moyenne dans des unités de débordement était de 510.

Selon Diane Lamarre, il conviendrait donc d’« ajouter le temps moyen que ces gens ont passé dans ces unités de débordements pour avoir un portrait plus exact du temps d’attente réel des gens quand ils se présentent à l’hôpital. ».

Le ministre a cependant dit ne pas avoir de données à ce sujet sous la main.

On ne sait pas après s’ils sont transférés dans une unité de débordement, et on ne sait pas combien d’heures ils restent dans l’unité de débordement parce que le ministre ne veut pas nous donner l’information.

Diane Lamarre

Gaétan Barrette a fait valoir que le temps d’attente pour les patients sur civières à l’urgence a globalement diminué depuis 2014 en raison de « règles de gestion favorables ».

Mais, surtout, il s’attend à un nouveau déblocage en raison des 100 millions de dollars qu’il a investis en décembre dernier pour désengorger les urgences.

 

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L’idée, avec cet argent, est de libérer des lits aux étages qui sont actuellement occupés par des patients qui ne devraient pas y être. Ce problème, qui touche quotidiennement 10 % à 15 % des lits des hôpitaux de la province, se constate partout au Canada, a assuré le ministre, et le Québec ne fait pas exception à la règle.

Ça donne que les débordements qui ont été évoqués avec beaucoup d’énergie par mes collègues des oppositions sont en train aujourd’hui de s’effacer par une saine gestion.

Gaétan Barrette

« On a investi pour les libérer et c’est ça qui va amener progressivement une diminution encore plus significative de l’attente sur les civières dans les urgences », a-t-il plaidé. « On pourra [en faire la démonstration] lorsqu’il y aura une reddition de comptes complète », a-t-il ajouté ultérieurement.

Selon le ministre, ces lits ont trop souvent été accaparés en raison d'une « gestion sous-optimale » dans le réseau, qui permettait à des médecins de les utiliser pour certains de leurs patients. Or, ils doivent servir à hospitaliser les patients admis à l’urgence et dont l'état de santé nécessite des investigations, a indiqué le ministre.

Les chiffres du ministère de la Santé communiqués mardi révèlent par ailleurs que 20,7 % des patients qui attendent sur une civière à l’urgence y restent plus de 24 h, et que 5,1 % attendent même plus de 48 heures. « On est le seul endroit au monde à avoir des statistiques de cette nature », a déploré Mme Lamarre.

Politique