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Les travailleurs manifestent d'Istanbul à Paris

Des jeunes circulent à travers les gaz lacrymogènes à Paris dans le cadre des manifestations du 1er Mai.

Des jeunes circulent à travers les gaz lacrymogènes à Paris dans le cadre des manifestations du 1er Mai.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Thibault Camus

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les manifestations du 1er Mai des travailleurs prennent une couleur hautement politique dans de nombreux pays. Alors qu'en Turquie et au Venezuela le pouvoir établi est durement critiqué, en France, la tension monte, à six jours du deuxième tour de la présidentielle opposant le centriste Emmanuel Macron à Marine Le Pen, du Front national.

En Turquie, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc pour disperser quelque 200 manifestants issus de groupes de gauche qui souhaitaient atteindre la place Taksim, à Istanbul, en dépit de l'interdiction des autorités.

La police locale, qui bloquait l'accès à ce lieu de rencontre traditionnel des mouvements de contestation dans le pays, a annoncé l'arrestation de 165 personnes, dont 139 pour des « manifestations non autorisées ».

La place Taksim est un lieu symbolique pour la classe ouvrière depuis que 34 personnes ont été tuées par des inconnus lors d'un précédent rassemblement du 1er Mai, en 1977. Les manifestants ont été autorisés à s'y rendre de nouveau en 2010, mais le pouvoir a mis un terme à cette pratique après les grandes manifestations antigouvernementales de 2013.

La manifestation du 1er Mai qui avait été officiellement autorisée par les autorités s'est plutôt tenue à Bakirkoy, près de l'aéroport d'Istanbul. Elle a réuni des milliers de personnes.

Les rassemblements ont eu lieu sous le signe du référendum du 16 avril, qui portait sur une révision constitutionnelle comportant un renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

« Longue vie au 1er Mai, non au dictateur », pouvait-on lire par exemple sur des banderoles brandies par le groupe de manifestants dispersés à Istanbul.

« Nous ne pouvons pas accepter les résultats du référendum et la pression que nous avons subie [...] nous sommes là également pour faire entendre davantage notre voix et redonner de la force au non », a déclaré un étudiant qui manifestait à Bakirkoy.

À Istanbul, en Turquie, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc pour disperser les manifestants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Istanbul, en Turquie, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc pour disperser les manifestants.

Photo : Reuters / Umit Bektas

Division en France

À Paris, la manifestation organisée par quatre syndicats - la Confédération générale du travail (CGT), Force ouvrière, la Fédération syndicale universitaire (FSU) et Solidaires - a donné lieu à de violents affrontements entre les forces policières et environ 150 activistes de la gauche radicale qui avaient pris position en avant du cortège.

Ces derniers ont lancé des projectiles trouvés sur place et des cocktails Molotov sur les agents de la paix, qui ont répliqué en faisant usage de grenades lacrymogènes. Le groupe a finalement été isolé et encadré par les forces de l'ordre dans le XIIe arrondissement.

Selon la préfecture de police, six policiers ont été blessés, dont un grièvement, et cinq manifestants ont été interpellés pour port d'armes prohibées, violences contre un agent de la force publique et dégradations. Du mobilier urbain et des vitrines de magasin ont notamment été vandalisés.

Toujours selon la préfecture, 30 000 personnes ont participé à la manifestation des syndicats, qui se déroulait sous le thème « En finir avec les reculs sociaux qui font le terreau de l'extrême droite »; la CGT a plutôt évalué la foule à 80 000 personnes.

Ces heurts surviennent alors que les travailleurs français manifestent en pleine campagne électorale du deuxième tour de la présidentielle. Contrairement à l’élection de 2002, où les travailleurs avaient fait front commun contre le Front national de Jean-Marie Le Pen, ils sont cette fois divisés face à sa fille Marine.

Deux syndicats, CFDT et Unsa, ont appelé à voter pour le candidat centriste et pro-Europe, Emmanuel Macron (Nouvelle fenêtre), le 7 mai. Ils demandent à leurs membres de « rejeter la vision réactionnaire et identitaire du Front national » qui prône des idées anti-immigration et anti-Europe.

La CGT, Solidaires et FSU, plus à gauche, ont demandé à leurs membres de « faire barrage » à Marine Le Pen (Nouvelle fenêtre), mais se défendent de les inviter à appuyer M. Macron. Ils jugent l’ancien banquier trop libéral pour le milieu ouvrier. Le syndicat Force ouvrière s’est pour sa part abstenu de toute consigne de vote.

Des franges plus militantes de ces syndicats ont plutôt ont appelé leurs camarades à « battre les deux candidats ». Regroupés au sein d’un collectif baptisé « Front social », ils ont défilé lundi avec des banderoles différentes où l’on pouvait lire « Peste ou choléra : Front social, c’est dans la rue que ça se gagne ».

À Paris, des manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur les agents de la paix.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Paris, des manifestants ont lancé des cocktails Molotov sur les agents de la paix.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Le Pen et Macron se disputent le peuple

Les syndicats « ne défendent pas les intérêts des salariés », a déploré Marine Le Pen, mais « leur propre poste ».

« Voir la CGT appeler à voter pour M. Macron, qui va [...] fragiliser l'ensemble des travailleurs, qui veut la dérégulation totale du droit du travail, c'est à tomber de sa chaise », a poursuivi celle qui tente de se présenter comme la candidate « du peuple et des ouvriers ».

De son côté, Emmanuel Macron, jusqu'ici le favori pour le deuxième tour, selon les sondages, a déploré la conversion récente de son adversaire à la cause « du peuple ».

Le peuple, elle l'utilise, ce qui est le propre des extrêmes, ce qui est le propre des vrais démagogues. Le peuple, elle s'en moque au fond.

Une citation de : Emmanuel Macron, favori pour le deuxième tour de la présidentielle française

L'opposition ne décolère pas au Venezuela

À Caracas, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour barrer la route aux manifestants qui défilaient pour commémorer le premier mois de mobilisation contre le président socialiste Nicolas Maduro, taxé d'incompétence et de dérive dictatoriale.

Les incidents se sont produits à l'ouest de la capitale, où quelque 300 personnes tentaient de franchir un cordon de sécurité pour rejoindre le siège de l'autorité électorale, située au centre-ville. Des manifestants cagoulés ont répliqué aux forces de l'ordre en lançant des pierres et en scandant « Liberté! Liberté! », tandis qu'un concert de casseroles émanait des bâtiments alentours.

Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013), qui exigent de nouvelles élections et le départ de M. Maduro, cherchent à rejoindre dans tout le pays les bâtiments de la Cour suprême et de l'autorité électorale.

« Le régime mise sur notre usure, c'est pourquoi, après un mois de résistance, nous devons démontrer que nous sommes encore plus forts », a déclaré le vice-président du Parlement - seul organe contrôlé par l'opposition -, Freddy Guevara.

« Le 1er Mai appartient à la classe ouvrière », a déclaré lors de son émission hebdomadaire M. Maduro, qui entendait prendre la tête d'un rassemblement rival réunissant ses partisans sur la place Bolivar, au centre de Caracas, considérée comme un bastion du pouvoir. « Ce n'est pas une journée pour le capitalisme ni pour la droite. »

Grande manifestation à Caracas au Venezuela contre le président socialiste Nicolas Maduro, taxé d'incompétence et de dérive dictatoriale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Grande manifestation à Caracas au Venezuela contre le président socialiste Nicolas Maduro, taxé d'incompétence et de dérive dictatoriale.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

L’opposition ne décolère pas depuis que la Cour suprême, réputée proche de M. Maduro, a décidé de s’arroger les pouvoirs du Parlement, donnant ainsi les pleins pouvoirs au président. Le tollé diplomatique suscité par cette décision et les accusations de l’opposition, qui a crié au « coup d’État », ont obligé les autorités judiciaires à revenir sur cette décision.

Le recul de la plus haute instance judiciaire du pays n’a toutefois pas calmé la colère des anti-Maduro, qui ont multiplié les marches depuis un mois. Ces rassemblements, dont la plupart se terminent par des heurts avec les forces de l’ordre, ont fait 29 morts et des centaines de blessés, et entraîné l’arrestation de plus de 1000 personnes.

Le Venezuela, grand exportateur de pétrole, est aux prises avec un taux d’inflation de 720 %, le plus élevé au monde. Le président Maduro a majoré le salaire minimum de 60 % dimanche, mais le pays connaît une pénurie de médicaments et d’aliments.

Avec les informations de Agence France-Presse

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