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Le vieillissement s’accélère au pays, voyez comment en graphiques

Radio-Canada

Les aînés sont plus nombreux que les jeunes pour la première fois dans l'histoire du recensement canadien. Ce n'était qu'une question de temps. Statistique Canada dresse pour 2016 le portrait d'une population dont le vieillissement s'accélère à mesure que les baby-boomers atteignent 65 ans et quittent le marché du travail.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Sans surprise, l’augmentation de l’espérance de vie et la faible fécondité qui perdure depuis 1970 ont transformé le visage du Canada, où habitaient 35 151 728 personnes le jour du recensement du 10 mai 2016.

Les données sur l’âge et le sexe, dévoilées mercredi par l’agence fédérale, montrent que l’immigration, constante depuis les années 80, a permis la croissance démographique du pays, mais sans pour autant ralentir son vieillissement.

« Les naissances ne suffisent pas, en l’absence d’immigration, à renouveler la population. Sans immigration, la population diminuerait », constate Laurent Martel, directeur de la division de la démographie à Statistique Canada.

L’agence fédérale prévoit même qu’un Canadien sur quatre sera âgé de plus de 65 ans d’ici 15 ans. La distribution entre les hommes et les femmes est aussi en train de changer, puisque ces dernières ont une meilleure espérance de vie.

 

Plus d'aînés que de jeunes

En cinq ans, les personnes de 65 ans et plus ont dépassé les 14 ans et moins. Jamais depuis la confédération ce groupe d’âge n’avait connu une aussi forte progression qu’entre 2011 et 2016. Le poids démographique des aînés est un signe indéniable du vieillissement de la population canadienne, alors qu’un siècle plus tôt les jeunes étaient les plus nombreux.

Les Canadiens de 15 à 64 ans demeurent malgré tout bien représentés, puisqu’ils occupent les deux tiers de la population. Leur poids démographique a cependant diminué en cinq ans et continuera vraisemblablement à s’effriter.

 

Ce tournant démographique qui s’observe en 2016 perdurera dans le temps. Les aînés n’avaient en effet jamais été plus nombreux que les jeunes. Ils ont progressé de 20 % dans les cinq dernières années, dépassant les 14 ans et moins pour la première fois de l’histoire.

C’est un changement générationnel durable. L’écart entre le nombre de personnes âgées et de jeunes va s’accroître avec le temps. Nous ne reviendrons pas en arrière.

Laurent Martel, directeur de la division de la démographie à Statistique Canada
 

Autre preuve que les Canadiens vieillissent, l’âge médian a même presque doublé en un siècle. Bien que sa progression soit lente, elle n'a jamais diminué en 50 ans. En 2016, par exemple, la moitié des Canadiens avait moins de 41,2 ans et l’autre moitié était plus âgée.

L’âge médian des femmes était également supérieur à celui des hommes en 2016, un renversement qui s’est observé dans les années 1960 et qui s’est maintenu depuis.

 

Les provinces ne vieillissent pas au même rythme

« La moyenne nationale [du vieillissement de la population] masque d’importantes différences d’une région à l’autre », prévient d’emblée Laurent Martel. Les personnes âgées sont plus nombreuses dans les provinces canadiennes les plus peuplées. Mais leur vieillissement ne s’effectue pas au même rythme. L’est du pays regroupe en effet les populations plus âgées, tandis que les jeunes sont plus nombreux dans l’ouest du pays et le Nord canadien.

En Atlantique, près d’une personne sur cinq était âgée de 65 ans et plus en 2016. Ce groupe d’âge a affiché la plus forte croissance des cinq dernières années, notamment en raison d’une faible fécondité.

« Moins d’immigrants internationaux s’établissent en Atlantique, ajoute Laurent Martel. Et il y a une masse de jeunes adultes qui quittent pour s’établir ailleurs au pays. Forcément, le poids démographique des personnes âgées, qui elles restent, augmente. »

Le nombre de jeunes prêts à intégrer le marché du travail y est même jugé insuffisant pour remplacer les baby-boomers qui arrivent à la retraite. D’ailleurs, la proportion des 15 à 64 ans a plus diminué en Atlantique qu’ailleurs au pays.

Le même phénomène s’observe au Québec, où la population active a connu une diminution au profit des personnes âgées. L’évolution de la population ontarienne est pour sa part demeurée relativement stable, grâce à une immigration soutenue.

 

Le renouvellement de la population canadienne se concentre dans les Prairies, où une personne sur cinq était âgée de 14 ans et moins. Ce groupe d’âge est encore supérieur aux aînés. Les territoires comptent pour leur part les populations les plus jeunes pour deux raisons. La fécondité des groupes autochtones est plus élevée, mais leur espérance de vie est considérablement réduite par leurs conditions de vie plus difficiles.

La Colombie-Britannique se compare en outre davantage à l’est du pays, avec une population plus âgée.

Et les villes?

Les grands centres urbains vieillissent par ailleurs moins rapidement que les régions à travers le pays. C’est le cas au Québec et en Ontario, par exemple. La Colombie-Britannique n’y échappe pas non plus, les aînés étant attirés par la douceur du climat.

 

Au contraire, les provinces des Prairies affichent une plus grande proportion de jeunes. Cette réalité s’explique par la présence de jeunes familles canadiennes ou immigrantes qui sont attirées dans ces provinces par l’industrie pétrolière, notamment, ainsi que le secteur des loisirs et de l’hôtellerie.

 

Où se situe le Canada par rapport au G7?

Malgré l’accélération de son vieillissement démographique, le Canada avait en 2016 la plus faible proportion d’aînés, juste derrière les États-Unis, parmi les pays du G7. Tous ces pays doivent composer avec les défis liés au vieillissement de la population. Le Japon, où une personne sur quatre a 65 ans et plus, trône au sommet, mais pourrait bien être rattrapé un jour par le Canada.

« Avec l’arrivée massive des boomers [les 65 ans et plus], le Canada va vieillir rapidement au cours des prochaines années et il y a un certain rattrapage qui va se faire », note le démographe Laurent Martel.

 

À l’inverse, le Canada compte la plus forte proportion de population en âge de travailler. Les niveaux soutenus de l’immigration et l’importance démographique des baby-boomers expliquent cette situation. La proportion des baby-boomers âgés de 55 à 64 ans a d’ailleurs atteint un niveau record (21 %) en 2016.

Les baby-boomers avancent vers la retraite

Le vieillissement de la population s’explique principalement parce que les baby-boomers quittent la population active. Les premiers ont atteint l’âge de la retraite en 2011. Cinq ans plus tard, leur départ progressif a continué à freiner la progression de la population active. La proportion de la population âgée de 15 à 64 ans continuera ainsi de diminuer dans les prochaines années.

L’espérance de vie des Canadiens à un sommet

Vivre au-delà de 40 ans en 1871 tenait de l’exploit. Aujourd’hui, l’espérance de vie des Canadiens atteint 82 ans. Ce n’est donc plus surprenant que 9 personnes sur 10 puissent espérer atteindre 65 ans.

Le Canada vieillissant est aussi plus féminin que masculin. Il y avait en 2016 deux femmes pour un homme âgé de 85 ans et plus ainsi que cinq femmes pour un homme centenaire.

D’ailleurs, les centenaires forment le groupe d’âge qui affiche la plus forte croissance, soit 41,3 % en cinq ans. Il y avait 8230 personnes âgées de plus de 100 ans en 2016.

« La population des centenaires augmente rapidement parce que l’espérance de vie progresse, explique Laurent Martel. Les gens survivent davantage à des âges avancés et survivent aussi un peu plus longtemps après 100 ans ».

 

Les premiers baby-boomers auront 100 ans en 2051. D’ici là, le nombre de centenaires continuera d’augmenter et pourrait être cinq fois supérieur au niveau d’aujourd’hui.

 

Tout cela n’est pas sans conséquence, puisque les personnes âgées ont des besoins particuliers en matière de soins de santé, de logement, de transports et de sécurité du revenu, notamment.

Où logent les Canadiens?

En 2016, les maisons individuelles non attenantes demeuraient les logements privés les plus occupés au Canada (53,6 %), malgré une baisse remarquée depuis 30 ans. La proportion d’appartements était par contre plus élevée à Montréal, à Vancouver et à Toronto.

 

Compte tenu du vieillissement de la population, la proportion de Canadiens habitant des logements collectifs augmentera, mais il est difficile pour Statistique Canada de se prononcer sur ce point, selon Laurent Martel.

« Les données aujourd’hui ne nous permettent pas encore d’en mesurer l’impact, mais c’est évident que cela entraînera des changements importants. Les personnes âgées n’ont pas les mêmes besoins de logements que les jeunes familles », souligne le démographe.

 

En 2016, 425 750 Canadiens vivaient dans des établissements de soins infirmiers ou de longue durée ou encore dans des résidences pour personnes âgées, soit 1,2 % de la population. Plus ils vieillissent, plus les aînés ont recours à ces établissements spécialisés. En 2016, ils étaient fréquentés par une personne de 85 ans et plus sur trois ainsi que deux centenaires sur trois.

Les données sur l'âge, le genre et le type de logement utilisées dans ce texte sont tirées du recensement de la population de 2016 de Statistique Canada. Il s’agit de la deuxième série de données dévoilées à partir du premier recensement effectué depuis que le gouvernement libéral de Justin Trudeau a rétabli le questionnaire long obligatoire aboli par les conservateurs juste avant celui de 2011.

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