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Québec injecte 26,5 M$ pour soutenir à domicile bipolaires et schizophrènes

Julie Drolet s'entretient avec le ministre de la Santé Gaétan Barrette.
Radio-Canada

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé vendredi des ressources financières additionnelles pour accroître, sur le terrain, le nombre d'équipes qui interviennent auprès de personnes atteintes de troubles graves de santé mentale, telles que les schizophrènes et les bipolaires.

« C'est la clientèle la plus lourde », a déclaré Gaétan Barrette en conférence de presse pour décrire les gens qui vont bénéficier de cette aide accrue de 26,5 millions de dollars du gouvernement du Québec.

Avec ces sommes, qui seront récurrentes, le ministère de la Santé et des Services sociaux mettra en place 36 équipes supplémentaires « qui accompagneront de vraies personnes sur le terrain pour leur permettre de vivre une vie normale », dit le ministre Barrette.

Environ 5560 personnes supplémentaires atteintes de troubles mentaux graves bénéficieront de services de proximité à leur propre domicile ou dans leur milieu de vie. La clientèle visée regroupe autant les adultes que les jeunes qui vivent leur premier épisode psychotique.

L’investissement se décline ainsi :

  • 15 millions de dollars pour 21 nouvelles équipes offrant des services de suivi intensif ou de soutien d’intensité variable;
  • 10 millions de dollars afin de mettre sur pied 15 équipes de soutien pour les services d’intervention précoce dès l’apparition d’un premier épisode psychotique chez les jeunes;
  • 1 million de dollars pour rehausser des services sociaux généraux des établissements du réseau en vue de consolider le Service d’aide en situation de crise;
  • 500 000 $ au Centre national d’excellence en santé mentale (CNESM), consacrés à la réintégration des personnes atteintes de troubles mentaux graves dans la collectivité.

Des malades démunis et laissés pour compte

Le psychiatre André Delorme dirige tout le volet de la santé mentale au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Il poursuit aussi sa pratique. « J'ai des patients qu'on voit deux fois par jour, tous les jours », affirme-t-il.

Comme l'explique le Dr Delorme, la schizophrénie et le trouble bipolaire sont des maladies chroniques, au même titre que le diabète et les maladies cardiaques, par exemple. Par conséquent, le suivi de ces malades doit être continu.

C'est une clientèle souvent laissée pour compte dans le réseau [de la santé] et dans la société.

Le Dr André Delorme, directeur de la santé mentale au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Les personnes atteintes de trouble bipolaire ou de schizophrénie sont celles qui nécessitent le plus l'aide d'équipes de soutien en santé mentale. Elles représentent environ 1,5 % de la population.

Un schizophrène sur 10 a un parcours que le Dr Delorme qualifie de « chaotique » : les schizophrènes sont fréquemment toxicomanes, ne répondent pas bien à la médication et peuvent être en situation d'itinérance.

De l'aide appropriée pour apprivoiser sa maladie mentale

Pour illustrer à quel point l'intervention d'une équipe de suivi peut être efficace, le psychiatre André Delorme donne l'exemple de ce qui a été fait pour un schizophrène de 55 ans. Cet homme complètement paranoïde vivait seul depuis des années dans un demi-sous-sol.

« On est allé le chercher », explique le psychiatre. Le travail de réadaptation fait auprès de cet homme lui a permis de sortir de sa psychose aiguë, au point qu'il est retourné à l'école, a obtenu un permis pour la conduite de camions lourds et travaille maintenant dans ce secteur.

Autre exemple, celui de jeunes vivant leurs premiers épisodes psychotiques qui abandonnent leurs études, leur travail et l'ensemble de leur réseau social. « Ils vont peu à peu se désintégrer [...] et se retrouvent en marge », dit le psychiatre.

Si on est capables d'identifier ces jeunes-là dès l'apparition d'un ensemble de symptômes indiquant qu'ils s'en vont vers une maladie chronique [...] on va les aider à mieux comprendre leur maladie, résoudre l'épisode psychotique actuel, mais surtout les aider à se maintenir au sein du parcours qu'ils ont commencé.

Le Dr André Delorme, directeur de la santé mentale au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec
Entrevue avec le médecin Olivier Farmer, spécialiste du développement de la psychiatrie urbaine

Des millions pour apaiser un grand mal

Les 26,5 millions de dollars supplémentaires consacrés par Québec à ce segment très souffrant de la population s'ajoutent aux 70 millions de dollars annoncés en 2015, dans le cadre d'un vaste plan d'action en santé mentale.

Gaétan Barrette rappelle aussi que sur les 100 millions consacrés par son ministère à l'accroissement des ressources en hébergement dans le réseau de la santé, 30 millions sont spécialement destinés à la clientèle en santé mentale. Cette somme de 30 millions est « récurrente », mais au Ministère, on ne spécifie pas la fréquence de cet investissement.

« C'est une bonne nouvelle », estime le ministre de la Santé, qui a fait cette annonce à l'approche de la Semaine de la santé mentale qui débute lundi prochain, le 1er mai.

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