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La note de 58 % est suffisante pour réussir au secondaire

Le reportage de Mathieu Dion

Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a été surpris d'apprendre jeudi que la note réelle de passage dans les écoles secondaires du Québec n'est pas de 60 %. En effet, tout élève ayant obtenu une note de 58 % ou de 59 % à une épreuve ministérielle se voit automatiquement attribuer un ou deux points de plus.

Avec les informations de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Lors de l’étude des crédits budgétaires en éducation à l’Assemblée nationale, le député péquiste Alexandre Cloutier a multiplié les questions à l'endroit du ministre Sébastien Proulx au sujet du seuil de réussite. « Vous n’avez pas été informé? Il n’y aurait pas de logiciel qui majorerait automatiquement les notes? » a-t-il demandé.

À ces questions, le personnel du ministère a rapidement fait savoir au ministre qu’une telle pratique existe. « Dans les cas de 58 % et 59 %, il y a des conversions qui sont faites; c’est ce que j’ai compris », a-t-il admis.

Il ne doit pas y avoir de raccourcis pour faire réussir les élèves.

Sébastien Proulx, sur Twitter

Facteur humain

Sébastien Proulx a précisé plus tard que cette façon de faire a cours « en raison d’une marge d’erreur inhérente à la correction, puisqu’il y a un facteur humain qui intervient ». Sur Twitter, il a aussi ajouté « qu'il souhaitait connaître l'ampleur et apprécier les faits » et qu'il « allait collaborer avec l'ensemble des intervenants ». Une commission parlementaire pourrait s'imposer par la suite.

Son cabinet a rappelé également que le Québec a des normes plus élevées que l’Ontario à cet égard. La note de passage est de 50 % dans cette province.

C’est donc dire qu’un élève en situation d’échec se retrouve avec un succès. […] De toute évidence, on semble vouloir embellir la situation réelle.

Alexandre Cloutier, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation

Alexandre Cloutier demande au ministre de rendre public le nombre d’élèves touchés annuellement par cet ajustement des résultats scolaires.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation, Alexandre CloutierLe porte-parole du Parti québécois en matière d'éducation, Alexandre Cloutier Photo : Radio-Canada

Une méthode connue?

Un document détaillant cette pratique est accessible au public sur le site Internet du ministère de l’Éducation. Les experts du milieu connaissent donc bien ce traitement des résultats pour les épreuves ministérielles de quatrième et de cinquième secondaire.

Ces examens touchent notamment les mathématiques, le français et l’histoire.

Le ministre était au courant, assure la FAE

En entrevue à Gravel le matin, le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Sylvain Mallette, a vertement dénoncé cette façon de faire, qui permet de passer outre au jugement des professeurs, pourtant les seuls autorisés par la loi à évaluer les élèves. Il soutient que le ministre Proulx était parfaitement au courant de cette pratique.

C’est assez hallucinant d’entendre le ministre faire croire qu’il l’a appris hier. Nous, à chaque fois qu’on rencontre un ministre, on prend la peine de dénoncer cette pratique. On l’a fait avec lui, comme on l’a fait avec ses prédécesseurs, dès qu’il est entré en poste.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE)

En février dernier, une consultation effectuée par le syndicat auprès de ses quelque 34 000 membres a révélé que 47 % d'entre eux disent que des résultats scolaires ont été modifiés au bulletin sans leur consentement depuis la rentrée de 2015. Un enseignant sur cinq affirme en outre qu’on leur a déjà demandé de modifier des résultats.

 

« À l’évidence, il y a un système qui s’est mis en place et qui vise uniquement, dans certains cas, à gonfler artificiellement les résultats qu’obtiennent les élèves. Pourquoi? Parce qu’il y a des cibles à atteindre », affirme M. Mallette. « Par exemple en français, il faut augmenter le taux de réussite de 5 %. Donc les directions d’école vont convoquer les professeurs dont les résultats sont inférieurs aux cibles fixées. »

Selon M. Mallette, même les enseignants dont les élèves obtiennent une note 55 % doivent parfois s'expliquer. « On va les questionner : "Est-ce que tu as tout fait pour les faire réussir? Comment ça se fait que tes résultats sont en deçà de ceux de tes collègues ou de l’école voisine?" », relate-t-il.

Si le professeur en arrive à la conclusion, en tenant compte des évaluations, que l’élève obtient 58 %, sur la base de quoi une direction d’école peut-elle se permettre de remettre en question ce jugement? Il n’y a pas un médecin qui accepterait que le directeur des soins hospitaliers rentre dans son bureau pour lui dire : "le diagnostic que tu viens de poser, ce n’est pas le bon".

Sylvain Mallette

Selon M. Mallette, cette « obsession de résultats » contamine tout le système d'éducation. « On ne parle plus d’élèves, de profs, nous ne parlons que des statistiques. Pour faire plaisir à qui? Pour faire plaisir aux directions d’écoles, qui doivent faire plaisir aux commissions scolaires, qui doivent faire plaisir au ministre de l’Éducation », argue-t-il.

Pour sa part, la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, y voit une fois de plus « une dérive majeure de la gestion axée sur les résultats en éducation ».

« Si le ministre veut une commission parlementaire, nous en serons, et nous lui rappellerons toutes les rencontres avec les ministres successifs où nous avons signifié ce problème, a-t-elle rappelé par voie de communiqué. Nous parlerons de l'ensemble des dérives de la gestion axée sur les résultats et des pressions vécues par les enseignants. L'évaluation doit être au service des apprentissages, et non au service des statistiques. »

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