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Quand la ville empiète sur les terres agricoles

4 générations d'agriculteurs. Le paysage a bien changé autour de la ferme Regrain inc de Beloeil.
La ferme de Réjean Deslauriers à Beloeil, entourée par de nouveaux quartiers résidentiels. Photo: Radio-Canada / Dominic Brassard
Radio-Canada

Aménagement de parcs industriels, projets domiciliaires, construction du Réseau électrique métropolitain... Les projets qui créent de la pression sur les terres cultivables se comptent par dizaines dans la grande région de Montréal. Les producteurs agricoles doivent de plus en plus apprendre à cohabiter avec les citadins, en plus d'adapter leur travail à cet environnement en évolution.

Un texte de Dominic Brassard et de Francis Labbé

À l'échelle de la province, le territoire agricole a perdu l'équivalent de la superficie de l'île de Montréal en 10 ans, selon l'Union des producteurs agricoles (UPA). « Les revenus des villes reposent sur la taxation foncière », explique Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles du Québec.

C'est sûr que pour les municipalités, faire augmenter la valeur de leur parc foncier immobilier est très intéressant. Mais elles peuvent le faire différemment, par la densification notamment.

Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles du Québec (UPA)

Apprendre à cohabiter

À Beloeil, en Montérégie, la ferme de Réjean Deslauriers et de son fils est maintenant entourée de condos, de commerces et de bâtiments gouvernementaux.

Cohabiter. Un nouvel enjeu pour les producteurs agricoles et les citadins.À Beloeil, le producteur agricole Réjean Deslauriers a vu le paysage changer autour de sa ferme. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

« Tranquillement, c'est en train de me cerner », décrit Réjean Deslauriers. Le bruit causé par sa machinerie agricole et les odeurs de la ferme font parfois l'objet de plaintes de citoyens.

 

« C'est sûr et certain que c'est un éternel respect, affirme le producteur. Tu ne brasses pas de lisier le vendredi à 3 h! Faut apprendre à vivre avec les gens autour de nous. Mais l'autre côté, plus énervant, c'est de gérer le trafic. C'est une logistique tout le temps », ajoute-t-il.

Supermarché et résidences côtoient cette ferme maraîchère.À Saint-Rémi, cette ferme maraîchère a de nouveaux voisins: un supermarché et de nouvelles résidences. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

À Saint-Rémi, à la ferme maraîchère Les Jardins Vinet, la cohabitation avec les nouveaux lotissements immobiliers est aussi une préoccupation constante des propriétaires. Une épicerie a été construite juste à côté des serres de l'entreprise et des quartiers résidentiels se développent tout autour.

« Il y a eu ici des enjeux pour le bruit », affirme le premier vice-président de la Fédération de l'Union des producteurs agricoles pour la Montérégie, Jérémie Letellier. « L'été, pour leur maïs sucré, les propriétaires font marcher des canons effaroucheurs pour éloigner les oiseaux qui vont manger le maïs. Il a fallu avoir des discussions avec les citoyens. Un règlement a été amené à la municipalité. »

Un supermarché a été construit juste à côté des Jardins Vinet. Les poules des Jardins Vinet à Saint-Rémi ont maintenant un nouveau voisin: un supermarché. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Terres en friche

Pour M. Letellier, l'achat de terres agricoles par des spéculateurs occasionne aussi des problèmes sur la Rive-Sud.

À titre d'exemple, il nous montre une terre en friche située en bordure de l'autoroute 30 à Candiac. « C'est une situation qu'on dénonce à l'Union des producteurs agricoles. Un spéculateur a acheté une terre de 116 hectares il y a environ 10 ans. Et il croit à tort qu'il va avoir plus de facilité à faire dézoner ce territoire-là et à le vendre au pied carré pour du résidentiel. Ce spéculateur-là est entré en compétition avec des producteurs agricoles locaux qui auraient pu cultiver cette terre, mais qui n'avaient pas accès aux mêmes ressources financières », affirme Jérémie Letellier.

Terres agricoles en friche en Montérégie.Des spéculateurs achètent des terres agricoles en Montérégie, dans l'espoir d'obtenir un jour les autorisations pour subdiviser le lot et vendre les terrains. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Le président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, déplore aussi l'achat de terres agricoles par de riches propriétaires qui transforment le lieu en maison secondaire. « Il y a des gens qui, pour sortir de la ville, ont les moyens d'acheter une terre pour avoir la tranquilité. Ils ne la cultivent pas. Ça devient un terrain de jeu. Donc, on soustrait des terres à l'agriculture sans les sortir de la zone agricole. » La Commission de protection du territoire agricole n'a pas le pouvoir pour intervenir dans ces cas, selon M. Groleau.

Marcel Groleau, UPAMarcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Pour Marcel Groleau, l'une des façons de limiter l'accaparement de terres agricoles, c'est notamment de se tourner vers les terrains inutilisés en zones urbaines. Selon lui, « pour la Communauté métropolitaine de Montréal, pour les 25 prochaines années, il y a suffisamment d'espace pour répondre aux besoins supplémentaires de logements sans empiéter sur les terres agricoles. »

Il croit aussi pouvoir compter sur une meilleure compréhension des citoyens et des municipalités.

Pour le producteur Réjean Deslauriers, la Commission de protection du territoire agricole doit « garder ses culottes et sa force. » C'est ce qui protégera, selon lui, l'agriculture des promoteurs tentés d'acheter des terres pour y poursuivre le développement immobilier, déjà bien amorcé autour de Montréal.

Maintenir le bon voisinage...

De son côté, un producteur laitier de Mirabel a pris les grands moyens pour assurer le bon voisinage. « Un nouveau quartier est apparu à côté de notre ferme, il y a une dizaine d'années », explique Christian Couvrette, du secteur Sainte-Scholastique.

Christian Couvrette prend les grands moyens pour maintenir un bon voisinage à Mirabel. Visites de la ferme et tours de carriole au menu.Christian Couvrette prend les grands moyens pour maintenir un bon voisinage à Mirabel. Visites de la ferme et tours de carriole au menu. Photo : Radio-Canada / Francis Labbé

« Quand ils sont arrivés, ou encore quand je sais que quelqu'un vient d'emménager dans le quartier, je vais les rencontrer. Je leur donne ma carte avec mes numéros de téléphone et je leur dis que si quelque chose les dérange, qu'ils m'appellent. »

Mais Christian Couvrette ne se contente pas des présentations. « Dès le début, pendant le temps des fêtes, mon père a emmené ses chevaux et nous avons offert des promenades aux gens du quartier voisin. Nous avions du chocolat chaud pour les enfants et du caribou pour les plus vieux. Maintenant, c'est le service des loisirs qui a repris l'activité et on y participe toujours. »

Par contre, M. Couvrette a adapté sa prodution pour limiter les odeurs, par exemple. Il épand son fumier tout au long de l'année et lorsqu'il doit épandre près des résidences, il le fait le plus tard possible, en automne. « Et on laboure tout de suite », précise-t-il.

On utilise aussi un séchoir à maïs l'automne, mais nous l'avons installé derrière les bâtiments, de manière à couper le bruit le plus possible

Christian Couvrette, producteur laitier, Mirabel

...Et ça fonctionne

À son grand amusement, la relation avec ses voisins est telle qu'il reçoit parfois de l'aide. « Quand une vache est en train de mettre un veau au monde, les voisins nous appellent. Ils nous disent l'heure de la naissance. Ils sont contents et regardent ça. »

« Même chose pour les chevaux de mon père », poursuit Christian Couvrette. « Les gens leur donnent à manger. Ils s'en occupent. Souvent, ils savent mieux ce que font les chevaux que nous-mêmes. Il y a des gens qui aiment ça, vivre à côté d'une ferme. »

La ferme Couvrette et fils, de Saint-Scholastique, à Mirabel, entretient un bon voisinage.La ferme Couvrette et fils, de Saint-Scholastique, à Mirabel, entretient une bonne relation de voisinage. Photo : Radio-Canada

Société