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Les médias perpétuent-ils des stéréotypes?

Des journaux sur une table

Les journalistes ont une responsabilité en ce qui a trait aux mots qu’ils utilisent, selon la professeur Cynthia Frisby.

Photo : iStock / iStock

Catherine Mathys
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une nouvelle étude de l'école de journalisme de l'Université du Missouri semble indiquer que la manière dont certains événements, notamment des fusillades, sont rapportés dans les médias a de grandes répercussions sociales.

L’étude qui sera publiée dans la revue Advances in Journalism and Communication s’est penchée sur 170 articles publiés dans 5 journaux nationaux américains entre 2008 et 2016. La professeure Cynthia Frisby a relevé quatre principaux adjectifs utilisés pour décrire les tireurs : héros, terroriste, voyou et malade mental. Les articles choisis concernent des fusillades dans divers contextes, à la fois par des policiers, des personnes se défendant ou des criminels.

Mais peu importe le contexte, la manière de dépeindre le tireur dépend davantage de ses origines ethniques que des circonstances du drame. Dans les 170 articles, le mot « héros » a été utilisé 32 fois pour décrire un tireur et 75 % du temps, ce tireur était de race blanche. Pour des tireurs noirs, le terme a été utilisé seulement dans 16 % des cas et dans 9 % des cas pour des tireurs hispaniques.
Le terme « terroriste » est aussi connoté. Bien qu’il ne soit ressorti que 35 fois dans les 170 articles, lorsqu’il est employé, il est plus souvent associé à des tireurs musulmans (37 %) ou noirs (34 %) qu’à des tireurs blancs (17 %).

Et la liste se poursuit au gré des préjugés. Le mot « voyou », repris 57 fois dans les articles, est associé la majeure partie du temps aux tireurs noirs (53 %). C’est beaucoup plus que pour les tireurs hispaniques (28 %) ou blancs (16 %).

Quant à la maladie mentale, elle était le plus souvent attribuée aux tireurs blancs (80 %) qu’aux tireurs noirs (16 %) ou musulmans (4 %).

Les conséquences des mots

La chercheuse explique que les mots choisis impliquent des biais de la part des journalistes. Si certains termes sont davantage associés à certains types de tireurs, ils colportent aussi des préjugés. Par exemple, on explique davantage les fusillades perpétrées par des tireurs blancs à la maladie mentale, en leur attribuant une forme de clémence à laquelle les autres tireurs n’ont pas droit.
Cette association, dit-elle, perpétue non seulement un stéréotype racial, mais elle stigmatise également les gens qui souffrent de maladie mentale, dont la vaste majorité est bien sûr inoffensive.

Frisby a également observé que les articles qui concernaient des tireurs blancs contenaient plus souvent des faits objectifs, comme l’heure, la date et le lieu de la fusillade. Les articles à propos de tireurs d’autres origines étaient plus enclins à proposer ce que l’étude appelle des faits subjectifs, c’est-à-dire des données qui influencent l’opinion comme des circonstances aggravantes qui auraient pu causer la fusillade.

La responsabilité des médias

Selon la professeure Frisby, les médias américains ont une influence importante sur l’opinion publique, notamment en ce qui concerne certains sujets controversés comme le port d’armes, les fusillades et les enjeux raciaux. Ils devraient faciliter les échanges sur ce type de sujets. Les journalistes ont donc une responsabilité en ce qui a trait aux mots qu’ils utilisent et doivent reconnaître, mentionne-t-elle, leurs propres biais avant d’écrire un article.

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