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Les Cris du Québec font un pas de plus vers l’autodétermination

Le bureau du gouvernement de la Nation crie, à Nemaska en Eeyou Istchee, baie James, Québec
Le bureau du gouvernement de la Nation crie, à Nemaska en Eeyou Istchee, baie James, Québec Photo: Radio-Canada

Le gouvernement de la Nation crie d'Eeyou Istchee, le territoire des Cris du Québec, a approuvé deux documents qui pourraient changer la façon dont la région est gérée, lors d'une rencontre qui s'est déroulée mercredi à Mistissini, dans le nord de la province.

Un texte de Karoline Benoit, d'Espaces autochtones, avec CBC North

« [L’objectif] est de procurer une sécurité à la nation crie », soutient le directeur exécutif du gouvernement de la Nation crie, Bill Namagoose.

Les documents - une proposition d'entente de gouvernance avec Ottawa et une nouvelle constitution - sont basés sur le principe que les Cris ont le droit de se gouverner et de gérer leur territoire en accord avec leurs traditions et leurs valeurs.

L’entente sur la gouvernance donnerait aux Cris plus de pouvoir, plus d'autonomie et plus de flexibilité pour gérer les terres qui entourent leurs communautés.

La proposition d'entente prévoit aussi des arrangements avec Ottawa afin de procurer aux Cris un financement stable qui leur permettrait de mieux planifier leurs budgets.

Selon les termes de l’entente, ils pourront également élaborer leurs propres lois au lieu de règlements. Ces lois ne seraient plus soumises au ministère des Affaires autochtones.

« On change complètement le fondement juridique », dit Sébastien Grammond, professeur de droit à l'Université d'Ottawa.

« Au lieu que ce soit une loi fédérale, donc l'exercice d'un pouvoir unilatéral de l'État canadien, on passe à une entente entre le gouvernement canadien et la Nation crie », explique-t-il.

Ça reflète davantage la nature des relations de nation à nation qu'on veut établir.

Sébastien Grammond, professeur de droit à l'Université d'Ottawa

Une constitution crie

La nouvelle constitution crie est en fait le « rapatriement » des éléments qui composent la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, qui date de 1984.

Cette constitution autonome ne serait donc plus insérée dans une loi fédérale, et les Cris pourraient la modifier sans l'approbation des gouvernements.

Elle permettrait même de « mettre fin à la relation de subordination des Cris vis-à-vis d’Ottawa », avance Sébastien Grammond.

« C'est une consolidation d'une situation qui existe déjà dans les faits, en lui donnant un fondement qui est davantage égalitaire plutôt que hiérarchique », croit-il.

C’est la prochaine étape vers la souveraineté et l'indépendance.

Allan Jolly, chef de MoCreebec

« Nous devons aller de l'avant », dit le chef de MoCreebec, Allan Jolly, dont l’association représente plusieurs centaines de Cris du Québec installés à Moose Factory, en Ontario. Il appuie l’initiative des Cris du Québec et participe au processus en tant qu’observateur.

« Nous devons transmettre la tradition que les Cris sont des pionniers », ajoute Bill Namagoose, qui rappelle le modèle de gouvernance unique mis en place avec la Convention de la Baie James et du Nord québécois en 1975.

Les dirigeants cris réunis à Mistissini pour discuter des projets d'entente de gouvernance et de constitution criesLes dirigeants cris réunis à Mistissini pour discuter des projets d'entente de gouvernance et de constitution cries Photo : Radio-Canada / Lloyd Cheechoo

Dissensions dans les communautés

Mais les deux projets présentés par le gouvernement cri ne font pas l’unanimité dans les neuf communautés cries d’Eeyou Istchee.

Certains dirigeants estiment ne pas avoir reçu assez d’information avant de devoir passer au vote, malgré le fait que de janvier à mars, le gouvernement cri a présenté son projet dans chacune des communautés.

Ils affirment ne pas avoir eu assez de temps pour consulter les documents.

Lors de la réunion de mercredi, certains dirigeants ont même dit être préoccupés par la pression exercée sur les conseils de bande pour qu'ils ratifient rapidement les documents.

« En tant que leader, vous êtes là pour obtenir le consensus dans les communautés. C'est votre mandat », a déclaré la chef adjointe de Waswanipi, Mandy Gull, aux dirigeants du gouvernement de la Nation crie.

« J'ai presque honte de le dire, mais [il y a] eu de l'intimidation à cette table », soutient-elle.

« Pourquoi cette précipitation? » a demandé la chef de Waskaganish, Darlene Cheechoo.

C'est tellement important. Je veux que les jeunes de ma communauté comprennent très bien ces documents.

Darlene Cheechoo, chef de Waskaganish

Waskaganish est la seule des neuf communautés à ne pas avoir encore voté sur les documents proposés. Les autres les ont toutes approuvés dans des assemblées locales distinctes au cours des dernières semaines.

Selon le processus, les deux documents devaient tout d’abord être approuvés par les neuf communautés, avant d’être ratifiés par le gouvernement de la Nation crie.

Mercredi, la chef Cheechoo a insisté pour que la ratification soit reportée à une autre date, mais le gouvernement cri a tout de même adopté la résolution.

« À un moment donné, vous devez prendre une décision », a déclaré le grand chef Matthew Coon Come à ceux qui étaient présents à la réunion spéciale du conseil.

Il a toutefois dit que le projet n’irait pas de l’avant sans l'approbation finale de Waskaganish, qui est attendue en mai.

« Si une communauté n'est pas d'accord, le projet ne sera pas adopté, a-t-il ajouté. Nous respecterons toute décision prise par la chef et le conseil de Waskaganish. »

Ce sera ensuite au tour d’Ottawa d’apposer sa signature aux deux documents, ce qui pourrait se faire d’ici le mois de décembre, selon le grand chef Coon Come.

Avec les informations de CBC News

 
Avec les informations de CBC

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