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Le chant choral au coeur de l'évolution du français au Manitoba

Les défis du renouvellement des chorales francophones au Manitoba

L'Alliance chorale Manitoba présentera le spectacle La portée des voix à l'occasion du 150e anniversaire de la Confédération, le 23 avril au Centre culturel franco-manitobain à Winnipeg. Ce sera l'occasion pour les choristes des Blés au vent, des Intrépides et de RINNOVO d'interpréter des chants qui reflètent l'évolution du chant choral au cours du dernier siècle.

Un texte de Geneviève Lapalme

Le chant choral joue un rôle important pour la communauté franco-manitobaine depuis plus de 100 ans.

La nostalgie des années où les spectateurs remplissaient la salle du centenaire lors des spectacles des chorales francophones est commune aux choristes qui ont participé aux rassemblements de Mélo-Mani au cours des années 1970 au Manitoba.

« Il y a une trentaine d’années, le chant choral était plus vivant. Il y avait une plus grande participation. Je dirais qu’aujourd’hui c’est un peu moins le cas. Ça existe toujours avec les Intrépides, Les blés au vent, les chorales paroissiales, mais je ne pense que ça ait la même ampleur », explique George Kirouac, membre de chorales de l’Alliance depuis les années 80.

Le mouvement choral a connu des hauts et des bas depuis le début du siècle, alors que les soeurs de différentes congrégations religieuses enseignaient le chant choral en français dans les écoles de la province, et ce, jusque dans les années 50.

« Les pionniers du chant choral francophone au Manitoba ont encore une place et une influence importantes, comme le père Martial Caron », explique Pierre Meunier, choriste depuis sa tendre enfance, qui s’est joint aux Intrépides lorsqu’il s’est établi dans la capitale manitobaine.

Le père Martial Caron dirigeant des musiciensLe père Martial Caron a enseigné le chant choral au Collège Saint-Boniface et a dirigé la chorale les Intrépides. Photo : Radio-Canada / Chansonniers manitobains

C’est le Festival de la bonne chanson, mis sur pied en 1956, qui a marqué un tournant pour le mouvement choral. Quatre années plus tard, la chorale les Intrépides a vu le jour sous la direction de Marcien Ferland.

Une décennie plus tard, des jeunes souhaitaient renouveler l’image des chorales et varier le répertoire musical en laissant plus de place aux répertoires d’auteurs-compositeurs franco-manitobains. Leur projet a pris forme en 1970 avec la création de la chorale Les blés au vent, sous la direction de Guy Boulianne.

C’est à cette époque que le mouvement choral a atteint son apogée au Manitoba, la rencontre annuelle de chant choral Mélo-Mani rassemblant alors plus de 150 choristes et remplissant la salle du centenaire pour son spectacle de novembre 1971.

Autre temps, autres moeurs

Le mouvement choral a beaucoup évolué depuis. Malgré les efforts pour assurer la relève, notamment grâce à la création des petits Intrépides dans les années 80, chorale qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de RINNOVO, le mouvement s’est essoufflé au cours des années 90.

Mélo-Mani, qui existe aujourd’hui sous le nom d’Alliance chorale Manitoba, s’est donné pour mission de rassembler les choristes francophones au début des années 2000 et d’organiser des événements rassembleurs tels que les Soupers chantants et le rassemblement interprovincial Chansons à plein choeur.

Mais le défi pour assurer la pérennité du chant choral reste le même : s’adapter aux nouvelles générations et recruter de nouveaux membres.

C’est à travers les chorales que l’auteure-compositrice-interprète manitobaine Kelly Bado a eu accès pour la première fois à des notions musicales plus techniques. La jeune artiste, qui interprétera une de ses compositions avec la chorale RINNOVO lors du spectacle La portée des voix, est persuadée que l’évolution du chant choral passe par la variété d’un répertoire qui reflète la réalité musicale et culturelle contemporaine.

« Il faut élargir le répertoire, ne pas simplement présenter des chants religieux, mais plusieurs types de musiques, s'ouvrir à d’autres chansons que juste des chansons d’église, ça, je trouve que ça intéresse plus les jeunes. C’est pas juste la religion, mais on va dans la musique générale », croit-elle.

La directrice musicale de RINNOVO, Monique Guénette, est du même avis et observe que le choix du répertoire musical des chorales est souvent la plus grande préoccupation des jeunes et que ça peut les inciter à participer ou les en décourager.

Les jeunes de la chorale RINNOVO en répétitionLa chorale RINNOVO rassemble une vingtaine de jeunes âgés de 8 à 18 ans provenant d'écoles de la Division scolaire franco-manitobaine. Photo : Radio-Canada

« Il faut vraiment leur donner la gamme large et non la gamme étroite de ce que la musique peut leur apporter, ou un chant, leur apporter », ajoute-t-elle.

La solution est claire du côté des jeunes choristes : il faut tout d’abord rejoindre les jeunes et les informer des ateliers et des outils disponibles. La jeune choriste de Intrépides Dana Waldie croit que les médias sociaux comme Facebook sont la meilleure façon d’y arriver.

Un loisir rassembleur aux multiples bienfaits

Le directeur des Intrépides, Bruce Waldie, comme la plupart des passionnés de chant choral, est convaincu que le loisir de chanter en groupe persistera à travers le temps.

« C’est inné. Le besoin de chanter fait partie de toutes les cultures du monde », estime-t-il.

La professeure en psychologie à l’Université de Saint-Boniface Annabel Levesque ne s’étonne pas de cet enthousiasme chez les choristes. Elle soutient que le chant choral a plusieurs effets bénéfiques sur les plans social et psychologique.

La professeure en psychologie à l’Université de Saint-Boniface Annabel LevesqueAnnabel Levesque, professeure en psychologie à l’Université de Saint-Boniface, observe que les bienfaits du chant choral sont nombreux sur le plan psychologique. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Le chant choral contribuerait à un sentiment de satisfaction global plus élevé que celui de la moyenne de la population grâce à la diminution de la production de cortisol, une hormone associée au stress.

« On a observé que l’ocytocine, une hormone qui semble contribuer aux conduites d’attachement avec les autres et aussi le sentiment de confiance qu’on a avec les autres, serait sécrétée lorsqu'on chante en harmonie avec d'autres personnes », précise-t-elle.

Avec les bienfaits du groupe et du chant, ce n'est pas étonnant que les chorales deviennent de véritables petites familles, où les membres vont pour rester.

Manitoba

Musique