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« N'oublions pas le cannabis médicinal au profit du cannabis à usage récréatif », dit une professeure

Un sac contenant 30 grammes de cannabis médical

Un sac contenant 30 grammes de cannabis médicinal

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Radio-Canada

Une chercheuse craint que le cannabis à usage récréatif ne prenne le dessus sur le cannabis médicinal - sur les plans de la recherche et du développement de marché - lorsque la marijuana sera légalisée au Canada.

Un texte de Camille Gris Roy

Lynda Balneaves est professeure associée en sciences infirmières à l'Université du Manitoba. Ses travaux se concentrent sur l’accès au cannabis médicinal et le point de vue des patients : un champ d’études qui reste peu exploré, dit-elle.

Lynda Balneaves, professeure associée en sciences infirmières de l'Université du Manitoba, se spécialise dans l’accès au cannabis médical.

Lynda Balneaves, professeure associée en sciences infirmières de l'Université du Manitoba, se spécialise sur l’accès au cannabis médical.

Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

« La plupart des recherches sur les effets du cannabis ont été concentrées sur la consommation élevée dans un contexte récréatif [...], social », explique la professeure, alors qu'il y a eu très peu de recherches sur le cannabis en tant qu’agent thérapeutique. « Comme, jusqu’ici, c'est une substance illégale, ça a été difficile de faire de la recherche sur les bénéfices sur le plan médicaux. »

Pourtant, Lynda Balneaves note que c’est un domaine de recherche prometteur.

« On commence à voir que le cannabis pourrait avoir un rôle pour contrôler la douleur chronique, les vomissements et les nausées comme effets secondaires de la chimiothérapie ou du VIH, ou encore la spasticité en lien avec la sclérose en plaques. » Des études sur le rôle possible du cannabis dans le traitement du cancer émergent aussi.

Optimiste, la chercheuse pense que la légalisation va encourager la recherche sur le cannabis en général.

« Les instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) viennent justement d’annoncer une nouvelle compétition pour des chercheurs, pour examiner les effets de la légalisation et créer des bases de données [...]. Mais, pour l'instant, les IRSC ont indiqué qu’il n’y aurait pas de financement consacré à la recherche sur le cannabis médicinal. »

Alors qu’on se concentre beaucoup sur les préjudices sociaux liés à la légalisation, je crains qu’on ne stigmatise davantage le cannabis en tant qu’agent médicinal.

Lynda Balneaves, professeure à l'Université du Manitoba
Des feuilles de cannabis

Des feuilles de cannabis

Photo : Associated Press

Deux mondes distincts

Lynda Balneaves affirme qu’il faut continuer de faire la distinction entre cannabis médicinal et cannabis à usage récréatif. « J’étais contente de voir que les projets de loi [d’Ottawa] suggèrent de maintenir des systèmes séparés pour les deux. » Toutefois, dans l’imaginaire collectif, les raccourcis sont fréquents.

Ce que j’ai entendu dans plusieurs associations professionnelles de santé, c’est qu’à partir du moment où ce sera légalisé, ils vont dire à leurs membres de ne plus autoriser ou de ne plus avoir de conversations sur le cannabis médicinal avec leurs patients.

Lynda Balneaves, professeure à l'Université du Manitoba

« Et que si les gens veulent l’utiliser, ils le pourront. Puisque c’est légal, ils peuvent y avoir accès légalement sans avoir besoin de consulter un fournisseur de soins de santé », poursuit-elle.

Une pipe à eau servant à fumer de la marijuana

Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le palais législatif du Manitoba à l'occasion du 4/20.

Photo : Radio-Canada / Holly Caruk

Or, le cannabis pris dans un contexte médical doit s’accompagner d’un suivi approprié, prévient-elle « Les gens doivent pouvoir prendre des décisions éclairées, en étant informés aussi bien des risques que des bénéfices potentiels. »

La professeure craint par ailleurs qu’après la légalisation le marché de production et de distribution axé sur l’usage social se développe davantage, aux dépens du cannabis médicinal.

Elle conclut que, dans tous les cas, il faut continuer d’avoir un « dialogue équilibré ».

D’autres lacunes : les effets sur la conduite

Il y a encore beaucoup de lacunes dans la recherche sur le cannabis en général, rappelle la professeure Lynda Balneaves, notamment en ce qui concerne les effets de la marijuana sur la conduite.

« On a encore du mal à comprendre quel niveau de THC [-ingrédient actif du cannabis-] dans le système signifie que les facultés sont affaiblies [...]. La recherche suggère que ça pourrait être entre 7 et 10 nanogrammes par millilitres de sang, mais si on est un consommateur régulier plutôt qu’un utilisateur occasionnel, on peut avoir acquis une tolérance. » Les temps de réaction diffèrent aussi selon le mode de consommation. « C’est bien plus complexe que pour l’alcool. »

Les tests routiers restent aussi à perfectionner. « Les machines pour les échantillons de salive commencent à être testées et ne sont pas fiables sur le plan de la sensibilité. »

Manitoba

Santé