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Trois morts dans des affrontements entre pro et anti-Maduro au Venezuela

Les opposants au président Maduro ont défilé par milliers dans les rues de Caracas.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Radio-Canada

Un nouveau bras de fer entre les partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro et les opposants à son régime autoritaire a eu lieu mercredi dans les rues de Caracas, alors que des affrontements ont éclaté entre la police vénézuélienne et des manifestants. Deux étudiants et un militaire de la garde nationale ont été tués.

Dans un climat extrêmement tendu, des milliers de manifestants ont brandi des drapeaux vénézuéliens et ont bloqué une grande artère, aux cris de « À bas la dictature » et « Maduro dehors ».

Les accès de la capitale ont été bloqués par un important déploiement policier et militaire qui a repoussé, à l'aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, les manifestants, lesquels ont répliqué avec des pierres et des cocktails Molotov.

Un étudiant de 18 ans, qui manifestait avec l'opposition, s'est retrouvé pris dans une fusillade et a été tué d'une balle dans la tête, à San Bernardino, dans le nord-ouest de la capitale. À San Cristobal, une étudiante a été assassinée par des hommes à moto à la fin de la manifestation.

Un haut responsable et proche de Nicolas Maduro, Diosdado Cabello, a affirmé qu’un membre de la garde nationale du Venezuela avait perdu la vie lors d’une manifestation à San Antonio de los Altos, en périphérie de la capitale.

« Ils viennent d’assassiner un garde national […] les "pacifistes" », a-t-il déclaré dans son émission télévisée hebdomadaire, faisant porter le poids de ce décès aux partisans de l’opposition. Les circonstances de sa mort n'ont pas été dévoilées.

Un opposant au président Maduro vêtu d'un masque à gaz tente de venir en aide à un autre manifestant, blessé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un opposant au président Maduro vêtu d'un masque à gaz tente de venir en aide à un autre manifestant, blessé.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Rassemblée sous le nom de la Table pour l’unité démocratique (MUD), l'opposition avait convié la population à « la mère de toutes les manifestations » pour réclamer des élections anticipées et le respect du Parlement, qu’elle contrôle depuis 2015.

Il faut sortir de cette dictature. Nous sommes fatigués, nous voulons des élections pour que Maduro s'en aille du pouvoir, car il a détruit le pays. Je n'ai pas peur!

Ingrid Chacon, 54 ans, qui manifeste avec l'opposition

L’opposition a convoqué sans plus tarder une nouvelle marche contre le président Maduro, jeudi. « Demain, à la même heure, nous appelons le peuple vénézuélien tout entier à se mobiliser », a déclaré Henrique Capriles, chef de file de la MUD.

Lilian Tintori, la femme d'un opposant qui a été emprisonné, manifeste à Caracas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lilian Tintori, la femme d'un opposant qui a été emprisonné, manifeste à Caracas.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Manifestations monstres

La manifestation de mercredi est la sixième du genre organisée depuis que la Cour suprême du pays, réputée proche du président, a tenté, fin mars, de s’arroger les pouvoirs du Parlement (Nouvelle fenêtre), contrôlé par la MUD, et de priver les députés de leur immunité, avant de faire marche arrière (Nouvelle fenêtre).

Ce gouvernement est en phase terminale. Cette campagne va s'intensifier et [...] contraindre Maduro, et son régime, à organiser des élections libres et démocratiques.

Henrique Capriles, l'un des chefs de file de l'opposition

L’affaire a galvanisé l’opposition, qui tente depuis de mettre de la pression sur le régime du président Maduro, au pouvoir depuis la mort de l’ex-président Hugo Chavez, en 2013.

La situation économique difficile du pays et la déclaration d'inéligibilité (Nouvelle fenêtre) prononcée à l'encontre du leader de la MUD, Henrique Capriles, contribuent aussi à mobiliser la population.

Nous sommes fermement aux côtés de Maduro, par loyauté à l'égard de notre commandant éternel [Hugo Chavez]

Nancy Guzman, 50 ans, qui marche avec les partisans du régime

Les manifestations organisées depuis le début d'avril ont fait sept morts et des dizaines de blessés, et quelque 200 personnes ont été arrêtées. Les forces de l'ordre ont régulièrement utilisé des gaz lacrymogènes et des balles contre les protestataires, qui ont répliqué avec des pierres et des cocktails Molotov.

En 2014, une autre série de protestations anti-Maduro s'était soldée par la mort de 43 personnes.

Dans ce secteur de la capitale, des partisans du président Maduro, vêtus de rouge, défilent sous le regard d'opposants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans ce secteur de la capitale, des partisans du président Maduro, vêtus de rouge, défilent sous le regard d'opposants.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Maduro parle d'une tentative de coup d'État

Fidèle à ses habitudes, le président Maduro a dénoncé un « coup d’État » appuyé par les États-Unis et a d’ailleurs mobilisé en soirée les Forces armées nationales bolivariennes, les forces policières et une milice civile.

L’objectif de cette mobilisation, baptisée « plan Zamora », consiste à « défaire le coup d’État [et] l’escalade de la violence », a annoncé mardi M. Maduro, quelques heures après avoir reçu le soutien « inconditionnel » du chef des armées, le ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez.

L'opposition a dénoncé une tentative d'« intimider » les manifestants.

Le président a également fait savoir mardi que l'un des instigateurs d'un « complot militaire » fomenté, selon lui, par l'opposition, avait été arrêté et incarcéré.

Nous avons en outre arrêté un groupe [...] de l'opposition doté d'armes et qui entendait se joindre à la mobilisation convoquée par la droite.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro

Entrevue avec Soraya Benitez et Jean-Michel Leprince

Les États-Unis « préoccupés » par la situation au Venezuela

Le porte-parole du département d’État américain, Mark Toner, a adressé mardi une sévère mise en garde aux autorités vénézuéliennes, en les appelant à cesser de réprimer les manifestants.

« Ceux qui sont responsables de la répression criminelle d'activités démocratiques pacifiques, de la destruction des institutions et des pratiques démocratiques et de violations grossières des droits de la personne se verront individuellement demander des comptes pour leurs actions par le peuple vénézuélien et ses institutions et par la communauté internationale », a-t-il averti.

« Nous sommes préoccupés par le fait que le gouvernement de Maduro viole sa propre constitution et n'autorise pas l'opposition à faire entendre sa voix ni à s'organiser de façon à exprimer l'opinion du peuple vénézuélien », a déclaré pour sa part le secrétaire d'État, Rex Tillerson.

Lundi, 11 pays latino-américains (Nouvelle fenêtre) ont demandé à Caracas de « garantir » le droit de protester pacifiquement, un appel qualifié par le gouvernement vénézuélien d'« ingérence grossière ».

Avec les informations de Agence France-Presse, et Le Monde

International