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Gabriel Girard, entraîneur autonome

Gabriel Girard
Gabriel Girard Photo: Radio-Canada / Michel Gingras
Radio-Canada

Gabriel Girard est un jeune entraîneur de patinage de vitesse québécois qui n'a pas hésité à s'expatrier en Europe pour améliorer ses connaissances. Il nous a raconté le parcours atypique qui lui a permis de guider des athlètes vers des podiums aux Championnats du monde de longue piste.

Un texte de Michel ChabotTwitterCourriel  

C’est à 11 ans, dans son patelin de Portneuf, que Gabriel Girard commence à patiner. Puis, comme convenu avec son père à l’époque, il prend sa retraite après ses études universitaires en enseignement de l’éducation physique et se tourne vers la profession d’entraîneur.

« L’expérience sur le terrain va forger mon bagage, se dit alors le jeune homme. Je dois toucher à toutes les philosophies et toutes les cultures de patinage de vitesse. »

En quelques années, il travaillera dans plusieurs pays dans le but de façonner sa propre philosophie.

En 2012, il commence avec le Québécois Éric Bédard auprès des équipes suisses et italiennes. Satisfaite de son travail, la Suisse lui demande de passer en longue piste. C’est ainsi qu’il se retrouve aux mondiaux, à Sotchi, un an avant les Olympiques. Ses athlètes ne se qualifieront toutefois pas pour les JO.

« C’était de gros défis. Il y en avait un de plus de 40 ans et l’autre revenait à l’action après quelques années de dérape. »

Girard revient au Canada en 2014 pour entraîner des patineurs juniors, mais retourne en Europe la saison suivante, plus précisément aux Pays-Bas.

« J’étais déterminé à comprendre pourquoi, au Canada, on n'est pas bon dans les longues distances, raconte-t-il. Je suis donc allé à la source et j’ai approché Gerard Kemkers, l’entraîneur de Sven Kramer, qui s’est ouvert à moi sur la manière d'y arriver. Nous sommes restés en contact parce que je cherchais à m’améliorer et il m’a offert de faire le saut avec son équipe, Team for Gold. »

Une expérience inestimable pour le jeune homme qui accepte le contrat sans hésiter.

Là-bas, les compétitions nationales sont presque plus importantes que les Coupes du monde. C’est 2 millions de personnes qui regardent les courses à la télé et 10 000 spectateurs dans le stade. Ça donne un petit frisson de se retrouver dans ce contexte-là et ça donne de la maturité pour le futur

« En Hollande, les athlètes patinent au sein d’équipes professionnelles et sont laissés à eux-mêmes. S’il y en a un qui ne débouche pas, tant pis, on le remplace par un autre. L'équipe dans laquelle j'étais avait une masse salariale pour huit athlètes qui doit correspondre à la somme dont dispose Patinage de vitesse Canada. Et de ces huit athlètes, il y en a peut-être eu trois qui se sont classés pour les Coupes du monde. »

Entrevue avec Gabriel Girard 2/2

Girard obtient la chance de travailler avec une grosse pointure, nulle autre que l’illustre Ireen Wüst. Multiple médaillée d’or aux Championnats du monde, Wüst souhaitait revenir à la compétition après Sotchi, où elle avait gagné cinq médailles, dont deux d'or.

« Ireen avait changé d’équipe et ça n’allait pas très bien. Elle avait pris du poids et était déprimée. Elle désirait du renouveau après avoir fait la même chose pendant 10 ans. Elle s’est tournée vers un Québécois avec une expérience du courte piste qui vient d’une autre école que les Hollandais, qui utilisent le même moule pour tous les athlètes. »

Après un début d’année catastrophique, Wüst remporte des titres nationaux et reprend confiance. Elle finira 2e au mondiaux toutes distances en 2016 à Berlin.

« Pour elle habituellement, c’est la première place qu’elle vise, mais compte tenu d’où elle venait, c’était un succès. »

Gabriel Girard, à gauche, aux côtés d'Ireen Wüst et d'autres membres de l'équipe néerlandaiseGabriel Girard, à gauche, aux côtés d'Ireen Wüst et d'autres membres de l'équipe néerlandaise Photo : Gabriel Girard

Girard réalise sa chance de se retrouver avec cette grande dame au royaume du patinage de vitesse, mais ses longues journées lui laissent peu de temps pour savourer pleinement l’expérience.

« C’était tellement un train de fou. Ça veut dire être debout à 6 h, sept jours par semaine et se coucher à minuit ou 2 h du matin. Faire du déplacement avec les autos pour apporter l’équipement, planifier les horaires quotidiens, presque à la seconde. »

Dans ce contexte quasi militaire, le jeune homme en arrache cependant un peu.

« C’était difficile, même si j’ai beaucoup appris, admet-il. Au niveau de ma famille ou de ma copine, ça demandait beaucoup de sacrifices parce que tu deviens absent. Si un athlète te demande de réparer ses patins à 10 h du soir, tu dois le faire tout de suite. »

La filière allemande

Sa réussite n’a pas échappé aux yeux de Patrick Beckert, un Allemand qui œuvre alors au sein de la même formation que Wüst.

« Ma job de spécialiste du retour à l’action était faite et j’ai quitté cette équipe, tout comme Patrick, qui souhaitait retourner dans son pays. Il a fait appel à mes services en mai, l’année dernière.

« L’objectif ultime c’était une médaille aux Championnats du monde par distances, à Gangneung, un an avant les Jeux de 2018. C’est ce qui s’est passé, avec la 3e place au 10 kilomètres, devant le Canadien Ted-Jan Bloemen. »

Les deux hommes visent maintenant un podium aux Jeux de Pyeongchang.

Gabriel Girard en compagnie de Patrick BeckertGabriel Girard en compagnie de Patrick Beckert Photo : Gabriel Girard

« C’est un athlète très autonome qui n’est pas exigeant en termes de présence donc ça ne le dérange pas que je m’absente parfois une semaine pour rentrer à la maison ou entraîner un autre athlète. Parallèlement, Girard travaille avec le Néerlandais Koen Verweij, double médaillé olympique, de retour d'une sabbatique.

Retour au Canada?

Et cette quête de régler les problèmes du Canada en matière de longues distances, s’approche-t-il de la solution?

« Je pense être sur la bonne route et j’accumule ça dans mon livre d’entraîneur, explique Girard. Au moment où on me donnera une chance, je choisirai peut-être de l’exposer. Mais ce n’est pas de la magie. Ce n’est pas quelque chose qui s’explique sur le coin d’une table. »

J’ai une très bonne relation avec les patineurs canadiens. Olivier Jean me parle souvent et je lui donne quelques conseils à l'occasion. C’est très ouvert. Laurent Dubreuil est un ami, nous discutons parfois de son entraînement. Mais je ne cherche pas à prendre la place de leur entraîneur.

Passionné d’enseignement, Gabriel Girard, qui a maintenant 32 ans, ne compte pas faire sa vie uniquement dans le monde du sport. Suppléant occasionnel dans les écoles, à son retour saisonnier au Québec, il s’imagine un jour diriger un établissement scolaire.

« L’enseignement c’est noble, c’est gratifiant de travailler avec les jeunes. Comme avec mes patineurs, je les pousse vers l’autonomie, l’autogestion et l’autocritique. Beaucoup d'athlètes sont perdus ou déprimés en fin de carrière. Outre la performance, ma vocation d’enseignant est aussi de préparer un athlète à être une bonne personne. »

Une anecdote au sujet de Patrick Beckert

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