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Inondations au Manitoba : le drainage en Saskatchewan, le grand coupable?

Une rigole de drainage dans un champ agricole.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Dans la vallée de l'Assiniboine, près de la frontière entre le Manitoba et la Saskatchewan, les inondations printanières sont monnaie courante. Pour les gens du coin comme pour les hautes instances politiques manitobaines, la faute en revient au drainage réalisé par des agriculteurs en Saskatchewan.

Un reportage de Thibault Jourdan

« Ici, la situation a changé du jour au lendemain. L’eau est montée facilement de 3 ou 4 mètres », observe Mario Tanguay, qui contemple avec inquiétude et consternation la rivière Qu’Appelle qui passe juste à côté de sa maison dans le village de Saint-Lazare. Niché au creux d’une vallée dans l’ouest du Manitoba, à quelques kilomètres de la Saskatchewan, le village se trouve à la confluence des rivières Qu’Appelle et Assiniboine.

L’enseignant à la retraite est habitué aux inondations printanières. « Elles ont été beaucoup plus fréquentes dans les 10 dernières années », assure-t-il.

L’eau des deux cours d’eau arrive directement de la Saskatchewan. Pour Mario Tanguay et les autres résidents du village, les coupables sont tous trouvés : ce sont les agriculteurs de la province d’à côté. « Ce qu’on entend dire, c’est que les fermiers ont asséché beaucoup de marécages et ont travaillé leurs champs pour que l’eau puisse se vider beaucoup plus rapidement. »

Mario Tanguay, résident de Saint-Lazare, devant la rivière Qu'Appelle en crue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mario Tanguay, résident de Saint-Lazare

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

C'est entre les premiers ministres. Je pense que Brian Pallister et Brad Wall sont bien au courant de la situation, mais je ne sais pas ce que [Brad Wall] fera. Il a l'air d'être obsédé par l'argent plus que par la sécurité des gens.

Mario Tanguay, résident de Saint-Lazare

Angelo Fouillard, conseiller municipal à Saint-Lazare, abonde dans le même sens : « Il y a trop d’acres qui sont drainés en Saskatchewan. » Cet agriculteur a environ 180 hectares de terre dans la vallée de l’Assiniboine et elles « se font pas mal inonder chaque année depuis les 10 dernières années ». Il reconnaît cependant que d’autres facteurs entrent en compte, comme la quantité de précipitations.

Lassitude

Les inondations à répétition créent un sentiment de lassitude chez les agriculteurs manitobains. « Ils sont fatigués, lâche Angelo Fouillard. On ne se fait pas compenser pour les terrains qu’on se fait inonder. C’est rendu que ce n’est pas rentable. »

Angelo Fouillard, conseiller municipal de Saint-LazareAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Angelo Fouillard, conseiller municipal de Saint-Lazare

Photo : Radio-Canada

À l'instar de leurs pairs en Saskatchewan, les agriculteurs manitobains sont aussi mécontents de la gestion de l’eau retenue dans le réservoir Shellmouth. Construit en 1972 et long de plus de 55 km, il a pour but de retenir l’eau de la rivière Assiniboine en provenance de la Saskatchewan afin de protéger Winnipeg.

« Je ne comprends pas pourquoi on garde le barrage si plein en été. On a parfois plus d’une dizaine de centimètres d’un coup et on perd toutes nos récoltes », explique Angelo Fouillard. Il regrette aussi que les résidents de la vallée n’aient pas voix au chapitre : « On n’a pas grand-chose à dire. On aimerait vraiment être plus écoutés. »

Le drainage est-il le vrai coupable?

Les experts ne parviennent pas à s’entendre sur l’importance du rôle que joue le drainage dans le déclenchement d’inondations. « Je pense que c’est un facteur, mais je pense que la vraie question est : à quel point le rôle de ce facteur est-il important? », estime le professeur en génie civil de l’Université du Manitoba Jay Doering. « Je ne suis pas sûr que nous ayons une réponse claire à cette question. »

Jay Doering, professeur en génie civil de l’Université du ManitobaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jay Doering, professeur en génie civil de l’Université du Manitoba

Photo : Radio-Canada

Il reste que, pour les plus hautes instances politiques manitobaines, le drainage de la Saskatchewan est bien le principal responsable des inondations au Manitoba. En janvier, le premier ministre manitobain, Brian Pallister, a directement accusé son homologue saskatchewanais, Brad Wall, de ne pas assez coopérer en matière de gestion des eaux et de cartographie des risques d’inondations.

Depuis, les tensions semblent s’être un peu calmées. « Les deux provinces ont entamé des discussions sur l'établissement d'un comité de drainage interprovincial, ce qui nous aiderait à comprendre les effets cumulatifs du drainage dans nos bassins hydriques partagés », indique un porte-parole de la province du Manitoba.

Plusieurs rivières en provenance de Saskatchewan se déversent au Manitoba.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs rivières en provenance de Saskatchewan se déversent au Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, les deux provinces travaillent afin de renforcer la coopération et la communication entre les gouvernements provinciaux, les municipalités rurales et les propriétaires fonciers. « Cela a été soulevé lors de discussions récentes engagées pour améliorer la coopération interprovinciale en matière de drainage », explique le porte-parole. Le Manitoba aimerait aussi que la Saskatchewan rejoigne formellement l'Initiative du bassin de la rivière Assiniboine, qui avait été créée avec le Dakota du Nord pour créer une organisation efficace pour travailler de manière coopérative à la résolution des problèmes liés à l'eau.

« Les avantages du drainage doivent être pris en compte »

Le ministre de l’Environnement de la Saskatchewan, Scott Moe, abonde dans le même sens et affirme que la collaboration existe entre les deux provinces des Prairies. « Nous partageons nos rapports prévisionnels concernant l’eau, ainsi qu’où nous en sommes pour ce qui est de notre drainage », assure-t-il, ajoutant qu’il a des contacts hebdomadaires avec des responsables manitobains.

Scott Moe, ministre de l'Environnement de la SaskatchewanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Scott Moe, ministre de l'Environnement de la Saskatchewan

Photo : Radio-Canada

Scott Moe reconnaît cependant que le drainage représente une pierre d’achoppement. « Nous devons discuter de ce problème des deux côtés de la frontière parce que nous partageons le même système hydrique. »

On doit être au courant des effets qu'il peut y avoir en aval des rivières, mais on doit aussi prendre en compte les avantages qu'il y a à être en mesure de drainer l’eau.

Scott Moe, ministre de l’Environnement de la Saskatchewan

Il rappelle, par ailleurs, que le projet de loi 44, qui vise à mieux contrôler les réseaux de drainage, est en attente de vote à l'Assemblée saskatchewanaise. Celle-ci se veut « plus proactive que réactive », selon le ministre et elle imposerait, entre autres, des amendes plus élevées aux agriculteurs qui ne se plient pas aux nouvelles réglementations. Reste à voir si elle sera bien reçue par ces derniers et atteindra les objectifs escomptés.

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