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Occupation : effaroucheur d’oiseaux

Le reportage d’Annie Hudon-Friceau

Ils font le bonheur des ornithologues et annoncent le printemps. Mais les oiseaux migrateurs ne font pas que des heureux. Les grandes oies des neiges et les bernaches peuvent faire beaucoup de ravages dans les champs des agriculteurs. Heureusement, ces derniers peuvent compter sur un important allié : l'effaroucheur.

Un texte d’Annie Hudon-Friceau

Elles sont de retour. Comme chaque printemps, les bernaches et les grandes oies des neiges envahissent les terres du sud du Québec par centaines et même par milliers.

Des bernachesDes bernaches Photo : iStockphoto

Yvon Berthiaume est de retour lui aussi. Son rôle : effaroucher les oiseaux.

Chaque année, cet ouvrier à la retraite est embauché par l'Union des producteurs agricoles (UPA) pour patrouiller dans les champs de la Montérégie.

S’il y a des volatiles dans les champs, je sors le gun et on les fait lever. Puis ils s’en vont ailleurs, et on va ailleurs. Je change de place tous les jours. Ce sont des balles blanches, je ne peux pas les tuer. Ça mène autant de train qu’un fusil.

Yvon Berthiaume, effaroucheur
Yvon Berthiaume utilise un pistolet conçu pour effaroucher les oiseaux.Yvon Berthiaume utilise un pistolet conçu pour effaroucher les oiseaux. Photo : Radio-Canada

Limiter les ravages dans les champs

L’UPA embauche près d'une centaine d'effaroucheurs comme Yvon Berthiaume pour limiter les dégâts dans les champs. Les oiseaux migrateurs raffolent du maïs et des jeunes pousses de luzerne ou de foin. Ils peuvent détruire jusqu'à 20 % de la première fauche et entraîner des pertes de dizaines de milliers de dollars pour les producteurs.

Ça mange tout; toutes les plantes qui sortent. Ça fait du ravage. Plus ça va, pire c'est. Il y en a de plus en plus.

André Lussier, agriculteur

Le travail des effaroucheurs ne règle pas tous les problèmes, mais il peut faire une grande différence pour les producteurs.

« Globalement, on envoie le problème chez le voisin. Il y a des dommages moindres, mais sur une plus grande superficie. Au lieu de manger pendant deux heures dans un même champ et causer beaucoup de dommages, [les grandes oies des neiges et les bernaches] peuvent manger peut-être pendant une heure dans un premier champ et une autre heure dans le deuxième champ, donc les dommages sont moins importants dans chacun des champs », explique Jean-François Giroux, biologiste et directeur du Département des sciences biologiques de l'UQAM.

La grande oie des neiges, espèce surabondante

Le programme d'effarouchement des oiseaux migrateurs en milieu agricole existe depuis 2003 et est financé par Québec et Ottawa. Le développement accéléré de l'agriculture au cours des dernières décennies a transformé les champs en véritables garde-manger à ciel ouvert et a contribué à l'explosion des populations de certains oiseaux migrateurs. La grande oie des neiges a été déclarée espèce surabondante en 1998. Et c’est elle qui cause le plus de dommages dans les champs.

Des oies blanches dans un champDes oies blanches dans un champ Photo : Radio-Canada

« C'est beaucoup plus facile d'obtenir la nourriture dans les terres agricoles, les chaumes de maïs ou même les prairies de plantes fourragères que d'aller brouter dans les marais, où elles consomment les scirpes, etc., dans la vase. C’est beaucoup moins riche en énergie, ces plantes-là, que les plantes en milieu agricole », explique Jean-François Giroux.

« C’est un des facteurs qui a contribué à leur augmentation, cette alimentation artificielle […] qui fait que les oies ont une meilleure survie […] et aussi qu’elles ont un meilleur succès reproducteur parce qu’elles repartent avec un peu plus d’énergie pour compléter leur migration et aller pondre dans l’Arctique. »

Jean-François Giroux, biologiste et directeur du Département des sciences biologiques de l'UQAMJean-François Giroux, biologiste et directeur du Département des sciences biologiques de l'UQAM Photo : Radio-Canada

Du pain sur la planche pour les effaroucheurs

Plus de 1,8 million d’oiseaux migrateurs en route vers le Grand Nord emprunteront le corridor du Saint-Laurent d'ici la fin du mois de mai. De quoi tenir les effaroucheurs bien occupés.

Elles ont décollé et elles ne sont pas revenues encore. Elles vont revenir demain peut-être. Moi aussi.

Yvon Berthiaume, effaroucheur

Environnement