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Ressusciter mon téléphone à temps pour Pâques

Un téléphone cellulaire

Un téléphone cellulaire

Photo : iStock

Catherine Mathys
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Angoisse. Mon téléphone ne s'allume plus. Il est pourtant bien chargé. Je sens l'anxiété monter. J'appuie à plusieurs reprises sur le bouton. Rien ne se passe. Bon, ne paniquons pas (tout de suite). Je décide d'aller consulter des forums d'aide en ligne. Il doit bien y avoir un moyen de ressusciter l'appareil. C'est bientôt Pâques, après tout.

Voilà, les six étapes qui peuvent ranimer mon type de téléphone! J’essaye l’une, puis l’autre et la suivante. À la cinquième, je me rends bien compte que mon cas est grave. Mais docteur, comment vivre sans téléphone? Comment la garderie va-t-elle me joindre? Comment trouver l’adresse de mon prochain rendez-vous? Comment savoir l’heure? Comment payer mon parcomètre? Surtout, comment savoir si mon dernier statut récolte un maximum de « j’aime », la seule monnaie sociale qui compte en ligne?

La nomophobie dans toute sa splendeur

Ne vous moquez pas de moi, l’anxiété de séparation de son téléphone est un phénomène bien réel et documenté. Plusieurs études se sont penchées sur le phénomène au cours des dernières années. Le téléphone cellulaire est l’exemple ultime de ce que les chercheurs Mick et Fournier ont appelé le paradoxe de la technologie, à la fois libératrice et asservissante.

Le téléphone nous permet de communiquer, de nous informer, mais aussi de socialiser encore plus que ne l’aurait imaginé Martin Cooper, ce chercheur de Motorola qui a passé le premier coup de fil mobile en 1973. Et qui a-t-il appelé? Son compétiteur, bien sûr, Joel S. Engel des laboratoires Bell. Ironique, n’est-ce pas?

On aime bien penser que le téléphone remplit des besoins utilitaires, mais force est de reconnaître qu’il comble également des besoins sociaux en renforçant des liens interpersonnels. Une étude publiée dans le Journal of Behavioral Addiction en 2014 suggère d’ailleurs que les hommes et les femmes ne développent pas une dépendance à leur téléphone de la même manière. Les femmes auraient davantage des motifs sociaux, alors que les hommes comblent leur besoin de distraction. Cette conclusion vient confirmer les résultats d’une étude de 2006 qui indique que pour les hommes, le téléphone renforce le sentiment d’indépendance à l’égard de l’environnement social, tandis que pour les femmes, c’est plutôt le sentiment d’appartenance à cet environnement qui est en cause.

La théorie de l’évasion

Une autre théorie, un peu moins tendre à notre égard, est celle de l’évasion. En gros, le recours au cellulaire permet d’éviter de s’attarder à des problèmes plus pressants, voire plus graves. En permettant de se concentrer sur le présent, notre téléphone nous permet de fuir des sentiments négatifs.

Les cellulaires sont donc bien utiles pour nous occuper l’esprit mais aussi le corps. Ils nous permettent non seulement d’éviter le temps mort des files d’attente mais aussi le contact visuel dans des situations sociales étranges. Fini le malaise dans l’ascenseur où chacun regarde défiler les numéros, on peut maintenant se réfugier dans notre écran. Bref, les téléphones servent aussi à indiquer physiquement l’ouverture à la discussion ou non.

C’est donc dire que cet appareil, qui fait partie de nos vies depuis une trentaine d’années (le premier a été commercialisé en 1984), a aussi changé nos codes sociaux. Il a permis aux lieux publics de se transformer en des milliers de petits lieux privés. Parce que c’est bien l’impression que donne le cellulaire, de pouvoir se retirer instantanément dans un autre lieu de notre choix, qui donne l’illusion d’un lieu privé en public.

L’obligation d’être libre

Voilà donc que depuis que je vis sans cellulaire (depuis hier matin), je dois repenser mes façons de faire! Je dois planifier mes déplacements, je dois me rendre directement à la borne de stationnement (ou demander à ma chère collègue Marie-Michèle de payer à même l’application) et je dois réapprendre à m’ennuyer en attendant mon café. Vaste programme, mais comme certains l’ont souligné sur mon profil Facebook, c’est une autre forme de liberté, soit celle de ne pas pouvoir être jointe en tout temps et de ne pas dire à Google où je me trouve à tout moment. Je ne suis plus sur la grille. Il y a tout de même quelque chose de grisant.

Oh, je viens de recevoir un courriel! Mon Galaxy S8 vient d’arriver. Je vous laisse!

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