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Vie de parents exogames : « En français ou en anglais, pas en franglais »

Jean-François Plante (à gauche) et Sharon Smythe (à droite) sont debout l'un à côté de l'autre.

Jean-François Plante et Sharon Smythe.

Photo : Radio-Canada / Lévy Marquis

Radio-Canada

Lui, c'est Jean-François Plante, journaliste de profession et fier Franco-Ontarien. Elle, c'est Sharon Smythe, une fonctionnaire fédérale britanno-colombienne, à l'origine unilingue anglophone. Ensemble, ils ont eu deux filles, et à la maison, ils naviguent entre Molière et Shakespeare.

Un texte d’André Dalencour pour Les Malins

Séparés par plus de 4000 km, ces deux-là n’auraient normalement jamais dû se rencontrer. Mais le hasard étant ce qu’il est, Jean-François s’est retrouvé sur le chemin de Sharon alors que tous les deux étaient en vacances au Mexique.

À l’époque, Sharon ne parlait qu’anglais, mais cela ne les a pas empêchés de sympathiser. Ils se sont revus par la suite au Canada, et c’est là que leur histoire a débuté.

« En partant, je lui avais dit : "Je ne marierais jamais une Anglaise". Elle m’avait demandé pourquoi, puis j’avais dit : "Parce que moi, je suis Franco-Ontarien », raconte Jean-François. « Je viens d’un milieu minoritaire et dans mes classes de famille canadienne - tu ne peux pas avoir plus franco-ontarien que ça -, ils expliquaient que, en cas de mariage mixte, avec une mère anglophone et un père francophone, 50 % de ces unions-là se terminaient avec une assimilation. Ça m’avait marqué. »

Le danger qui guettait le Franco-Ontarien, je l’ai toujours senti.

Jean-François Plante

Cette crainte de l’assimilation est aussi ancrée dans son histoire familiale. Son père, un Franco-Ontarien d’Ottawa, était sur le point de perdre totalement l’usage de son français quand il a rencontré sa mère, une Québécoise de La Tuque.

Pour sa part, Sharon provenait d’un milieu francophile et elle avait suivi des cours de français au cours de sa scolarité. « Je voulais avoir des enfants. Puis, c’est sûr que je voulais que mes enfants parlent français. C’était vraiment important pour moi », explique-t-elle.

Histoire d’amour, histoire de langue

Par amour pour son « franco fier », comme elle l’appelle, Sharon a fini par déménager à Ottawa. Àl’arrivée de leurs enfants, elle s’est mise sérieusement au français.

Jean-François dit d’ailleurs que sa famille lui en a été très reconnaissante. Sharon, pour sa part, s'estime chanceuse d’avoir pu compter sur le soutien de son beau-père et d’un oncle de son conjoint.

« Quand j’étais en train d’apprendre, si j’avais fait une erreur ou si je ne comprenais pas quelque chose, au lieu de juste traduire et rendre la chose facile, ils m’expliquaient, ils m’enseignaient », précise-t-elle.

Elle reconnaît qu’il lui arrive de chercher ses mots, mais cela ne la freine pas ou ne l’empêche pas de s’exprimer.

« Ça se peut que je vais glisser un mot en anglais parce que le mot en français ne vient pas. C’est ma get out of jail card ("ma carte de sortie de prison") », dit-elle en riant. « Je suis anglophone, excusez-moi, c’est ça qui est ça. Mais avec mes enfants, je n’accepte pas ça. »

En effet, si Sharon s’accorde quelques passe-droits linguistiques, pas question d’en faire autant pour ses filles. « Tu me parles, soit en français, soit en anglais, mais pas en franglais », renchérit Jean-François.

Je veux que mes enfants parlent bien. Pour moi, c’est plus : "Choisis!"

Sharon Smythe

Cela peut paraître incohérent, mais pour le couple, c’est une question d’intégrité et d’amour de la langue. D’exigence aussi.

« Beaucoup d’amis parlent le franglais… Moi, mon baccalauréat est en anglais. Alors j’adore la langue et je veux que mes enfants parlent bien en anglais ou en français. Mais on ne mélange pas les deux », explique Sharon.

Sharon Smythe (à gauche) regarde son conjoint, Jean-François Plante (à droite).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sharon Smythe regarde son conjoint Jean-François Plante.

Photo : Radio-Canada / Lévy Marquis

La langue : obstacle et occasion

Il y a constamment cette dualité qui revient dans le discours de Sharon et de Jean-François : leur différence linguistique est à la fois un facteur de difficulté et un facteur d’ouverture.

Par exemple, le couple a fait le choix de ne pas exposer ses enfants à l’anglais avant l’âge de 3 ans, afin de leur donner une base solide en français. La contrepartie, c’est que les parents de Sharon n’étaient pas capables de converser avec leurs petits-enfants, parce qu’ils sont unilingues anglophones.

« C’est sûr que c’est triste parce que tu entends tes enfants dire quelque chose de "cute" et que tu veux que tout le monde comprenne, mais mes parents ne comprenaient pas ce qui se passait », regrette-t-elle.

Leurs filles ont commencé à apprendre l’anglais quand elles sont entrées en prématernelle. C’est aussi à ce moment qu’elles ont eu des amis qui parlaient anglais.

Aujourd’hui, comme elles réussissent leur scolarité en français, on pourrait croire que la crainte de l’assimilation s’est évanouie. Pas vraiment, pour Jean-François.

« Il reste un fait : quand, entre amis, ils se regroupent à la maison chez nous, ça parle anglais. C’est la norme. C’est la facilité », déplore-t-il.

Mais peu importe ces obstacles, pour le couple, l’essentiel est ailleurs : il voit le bilinguisme comme un atout.

« Les langues, c’est une richesse, et je veux transmettre ça à mes enfants. Je pense que ça va leur donner une longueur d’avance », indique Jean-François, qui comme Sharon, croit que cela aidera ses filles dans leur carrière.

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