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Où les gens meurent-ils de faim? La réponse en carte

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La famine sévit déjà au Soudan du Sud et menace de s'installer dès les prochains mois en Somalie, au Nigeria et au Yémen, selon les Nations unies. Au banc des accusés : ceux qui font la guerre.

Un texte de Danielle Beaudoin

Au Soudan du Sud, le gouvernement a déjà déclaré la famine dans plusieurs comtés de l’État d’Unity, dans le nord du pays. Médecins sans frontières confirme qu’il y a bel et bien des poches de famine à cet endroit.

« On parle de l’État d’Unity, parce qu’on a recueilli des gens dans une situation nutritionnelle épouvantable, et il est certain que des gens sont morts de faim là-bas », constate Rony Brauman, directeur d’études à la fondation Médecins sans frontières (MSF) et directeur de l’Humanitarian and Conflict Response Institute, à l’Université de Manchester, en Angleterre.

Selon les Nations unies, 100 000 Sud-Soudanais de l’État d’Unity subissent la famine, et près du tiers de la population a un besoin urgent d’aide alimentaire. De son côté, MSF ne peut pas dire combien de personnes souffrent de la faim, mais l’organisme a de bonnes raisons de croire qu’il y a d’autres poches de famine dans les régions les plus disputées de ce pays déchiré par la guerre.

La famine pourrait s’étendre si le conflit s’intensifie et si les travailleurs humanitaires n’ont pas accès aux zones touchées, prévient Fews Net, le système d'alerte qui surveille l'insécurité alimentaire.


L'insécurité alimentaire, selon Fews Net

Carte de la famine en AfriqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carte de la famine en Afrique

Photo : Radio-Canada


Les causes de la famine au Soudan du Sud « sont absolument limpides », d’après Rony Brauman de MSF.

Les raisons, c’est le cynisme, l’indifférence totale des chefs de guerre de ce pays, c’est-à-dire le président en activité, Salva Kiir, et son principal opposant, Riek Machar.

Rony Brauman, directeur d’études à MSF

Les Sud-Soudanais en otage

On assiste, selon l’expert, à la « désorganisation parfois voulue de tout un écosystème ». Le bétail est pillé, les récoltes sont détruites ou volées, des gens sont chassés de leurs terres et persécutés, ils sont regroupés de force dans des endroits où ils ne peuvent pas assurer leur subsistance, poursuit M. Brauman.

« Soit on les affame sciemment avec l’objectif de les chasser, voire de les tuer, soit tout simplement par négligence totale, dit-il. On considère que ce sont des dommages absolument négligeables de la guerre impitoyable qu’on mène contre l’autre partie pour accaparer le pouvoir et le maintenir exclusivement dans ses mains, par cupidité, par goût du pouvoir ».

Une femme sud-soudanaise ramasse des graines qui traînent à la suite d'une distribution de nourritureAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une femme sud-soudanaise ramasse des graines qui traînent à la suite d'une distribution de nourriture

Photo : Getty Images / ALBERT GONZALEZ FARRAN

Au Nigeria, entre l’armée et Boko Haram

D’après les chiffres de l’ONU, environ 5 millions de personnes subissent de graves pénuries alimentaires dans le nord-est du Nigeria. La famine aurait déjà fait au moins 2000 morts dans la région de Bama l’an dernier, dans l’État de Borno, selon Fews Net. Et il y aurait eu de la famine dans d’autres secteurs de cet État, qui étaient alors inaccessibles.

La guerre est, là aussi, la grande responsable de l’insécurité alimentaire. Une guerre entre l’armée gouvernementale et le groupe terroriste Boko Haram, qui a fait jusqu’ici des dizaines de milliers de morts. Dans ce contexte, rappelle Rony Brauman, de MSF, les populations sont toujours suspectes de soutenir l’autre camp.

Les populations sont maltraitées. Quand elles ne sont pas purement et simplement abattues, comme suspectes ou comme infidèles, elles sont soupçonnées d’être affiliées aux autres. Et donc punies par l’enfermement, par les transferts forcés, par l’isolement.

Rony Brauman de MSF

Ce sont ces gens, touchés par la guerre, qui souffre d’insécurité alimentaire, conclut l’expert.

Selon Fews Net, l’insécurité alimentaire a atteint un seuil critique dans l’État de Borno. Si, à cause du conflit, l’aide humanitaire n’arrive pas à se rendre jusqu’aux populations les plus vulnérables, la famine pourrait bel et bien s’installer.

Un enfant secouru par l’armée nigériane de la forêt de Sambisa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un enfant secouru par l’armée nigériane de la forêt de Sambisa.

Photo : Reuters / Afolabi Sotunde

En Somalie, encore la sécheresse

L’ONU estime que près de la moitié des Somaliens sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. La sécheresse des trois dernières années menace une population déjà fragilisée par des décennies de conflit. Elle menace non seulement la Somalie, mais l’ensemble de la région. C’est sans compter les dégâts causés par les phénomènes météorologiques El Niño et La Niña.

Les récoltes sont faméliques, les animaux meurent, le prix des denrées de base a beaucoup augmenté. De nombreuses familles ont de plus en plus de difficulté à se nourrir.

« La grave sécheresse et l'accès limité aux services essentiels ne font qu'accroître les souffrances. Nous devons agir au plus vite si nous voulons éviter une nouvelle tragédie humaine » a déclaré récemment Patricia Danzi, directrice régionale du CICR pour l'Afrique.

En 2011, une grave sécheresse a fait plus de 260 000 victimes en Somalie. À l’époque, beaucoup avaient critiqué la lenteur de la communauté internationale à réagir. Lorsque l’aide est arrivée, la famine avait déjà fait de nombreuses victimes.

Un homme observe les carcasses de ses chèvres, près de la ville de Dahar, dans le nord-est de la Somalie, en décembre 2016.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un homme observe les carcasses de ses chèvres, près de la ville de Dahar, dans le nord-est de la Somalie, en décembre 2016.

Photo : Reuters / Feisal Omar

Au Yémen, les affamés de la guerre

Le conflit qui déchire le Yémen est le premier responsable de l’insécurité alimentaire dans ce pays. Selon l’ONU, 7,3 millions de personnes auraient besoin d’urgence d’aide alimentaire. Les hôpitaux où œuvre la Croix-Rouge ont constaté une hausse de 150 % des cas de malnutrition infantile. De son côté, MSF, qui est bien implanté tant du côté des rebelles houthis que de celui de l’armée, n’a pas encore constaté de famine dans ce pays.

Le Yémen dépend fortement des importations pour se nourrir. Le secteur privé a de plus en plus de difficulté à importer de la nourriture, en raison de la mauvaise santé économique du pays. La Croix-Rouge prévient que les réserves de denrées de base sont en train de s’épuiser. Elle appelle notamment les belligérants à « agir de manière responsable et autoriser l’entrée et l’acheminement des secours dans le pays ».

Un homme à vélo devant la destruction à Taïz, au Yémen.
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Un homme à vélo devant la destruction à Taïz, au Yémen.

Photo : Reuters / ANES MAHYOUB

 

Des chiffres discutables, selon MSF

Rony Brauman, directeur d’études à Médecins sans frontières, estime que les chiffres sur la famine avancés par l’ONU dans son dernier appel sont discutables. L’ONU parle de 20 millions de personnes menacées par la famine en Afrique et au Yémen.

Cette estimation de l’ONU rassemble deux réalités différentes, selon M. Brauman. Une faible partie seulement souffre de famine et est en danger de mort, tandis que la majorité des populations visées par l’ONU sont en situation d’insécurité alimentaire. Mettre ces deux réalités dans le même panier pose problème, selon Rony Brauman. Ces chiffres écrasants peuvent décourager les donateurs. Comment aider 20 millions de personnes?

L’expert reproche aussi à l’ONU d’avoir « fait peser l’urgence du côté d’une espèce de catastrophe humanitaire ». « Les Nations unies ne sont pas un organisme caritatif de base. C’est une organisation politique internationale, qui doit aussi s’occuper des questions politiques, et donc appeler une guerre une guerre […], parce que ça signifie que l’attitude des belligérants est absolument déterminante pour comprendre ce qui se passe. »

Rony Brauman note aussi deux grands absents dans l’appel de l’ONU sur la famine : la République centrafricaine et la Syrie.

Les famines, en recul constant

Par ailleurs, Rony Brauman note qu’il y a de moins en moins de famines dans le monde depuis des décennies, mais que la malnutrition chronique est bien présente.

« La famine est en train de disparaître. Là où elle subsiste, c’est là où des guerres sont en cours, qu’elles durent un certain temps, qu’elles isolent des populations et qu’elles entraînent des déplacements massifs. Ça, ce sont les causes des famines. »

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