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Sommée de s'excuser sur une série controversée, CBC s'explique

La série télévisée « Canada : The Story of Us » est diffusée dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération.

Photo : CBC

Radio-Canada

Le gouvernement du Québec et le premier ministre de la Nouvelle-Écosse souhaitent obtenir des excuses de CBC à propos de sa série documentaire controversée sur l'histoire du Canada. La société d'État dit comprendre les réactions et affirme que « le format de cette série a été mal compris ».

Dans la série télévisée Canada : The Story of Us diffusée actuellement dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération, la présence française est dépeinte d'une façon jugée péjorative.

Le diffuseur public ne s'est pas excusé, mais il a réagi dans une lettre publiée jeudi, dans laquelle le directeur des affaires publiques de CBC, Chuck Thompson, affirme que le radiodiffuseur « reconnaît pleinement que les deux premiers épisodes de la série ont fait l'objet de critiques de la part de différentes voix et qu'il y est « sensible ».

Lorsque nous racontons l’histoire d’un pays, il y a inévitablement des citoyens, des historiens et des politiciens qui ont une autre façon de voir les choses.

Chuck Thompson

CBC reconnaît également que tout le monde ne peut être en accord avec chacune des perspectives présentées dans cette série. Mais, écrit M. Thompson, « notre intention n'a jamais été d'offenser qui que ce soit ou quelque groupe que ce soit, ni diminuer l'importance des histoires qui n’ont finalement pas été incluses dans la série ».

« Des milliers de décisions difficiles ont dû être prises pour ficeler les 50 portraits de ce docudrame et pour déterminer ce qui serait inclus ».

CBC défend sa décision « délibérée » de raconter des histoires peu connues ou de les raconter dans une perspective contemporaine. Le diffuseur public dit avoir choisi des récits autochtones ou portant sur des femmes et avoir donné la parole à des artistes, architectes, chefs d’entreprise et athlètes canadiens importants.

« Je crois qu’on peut raisonnablement dire que le format de cette série a été mal compris : ce n’est pas un récit exhaustif et linéaire de l’histoire du Canada », affirme M. Thompson. Il a conclu en soulignant que d’autres pays avaient utilisé ce format, et que là-bas aussi, certains événements avaient soulevé de grands débats.

Une occasion de dialoguer

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du Québec, Jean-Marc Fournier, qui a reconnu qu'il y avait un problème dans cette série reçue négativement, y voit malgré tout une occasion de dialoguer.

« C'est l'opportunité que cette polémique soulève […] On reçoit ça de façon très négativement (sic). C'est que ça nous amène à peut-être se dire qu'il est temps que nous reprenions un dialogue "about us" », a-t-il déclaré à l'Assemblée nationale.

Essayons encore de reprendre un dialogue pour qu'il y ait de la place pour chacun. Parce que nous avons des appartenances plurielles, des appartenances qui doivent être reconnues.

Jean-Marc Fournier, ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes

Il a précisé ensuite que pour lui, il était clair que CBC devrait « s'excuser, s'exprimer sur la façon dont on tient une production qui doit, selon le titre, parler de nous, et dans lequel il y a une grande partie du nous qui dit : où sommes-nous? »

Cette polémique pourrait servir à mieux se comprendre au pays, ce qui serait un préalable à une éventuelle réforme constitutionnelle, a laissé tomber M. Fournier, qui espère que l'anniversaire de la Confédération soit l'occasion de réfléchir à l'avenir du pays.

Les modalités de la demande d'excuses restent encore à être précisées. L'attachée de presse du ministre, Karla Duval, n'était pas en mesure de donner des détails sur les intentions concrètes du gouvernement.

Quant à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, elle n'a pas changé d'avis. Bien qu'elle se dise particulièrement sensible aux critiques énoncées et qu'elle reconnaisse la contribution importante des Québécois, des Acadiens, des francophones et des peuples autochtones à notre histoire, elle n'entend pas commenter cette polémique.

« Pour nous, Canada 150 est l’occasion de réfléchir à notre passé et de raconter les histoires qui ont façonné qui nous sommes. Comme vous le savez, la SRC est une société d’État indépendante et je ne commenterai pas le contenu de la série, en tout respect de cette indépendance. J’invite les citoyens à poursuivre cette discussion importante et à transmettre leurs commentaires à la société d’État ».

Le PQ dénonce le mépris

Selon le Parti québécois, le documentaire a recours à des raccourcis, des clichés et des omissions qui entretiennent des préjugés « tenaces et offensants ». La série ne consacre, en outre, qu'un seul des 10 épisodes au régime français, qui s'étend sur deux siècles, s'insurge le PQ.

La députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, réclame que le gouvernement exige des excuses du diffuseur public.

L'histoire des Premières Nations, des Acadiens, l'histoire du Québec méritent mieux que ce commentaire méprisant qui est fait par la CBC.

Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau

Trudeau interpellé

Le chef parlementaire du Bloc québécois à Ottawa, Xavier Barsalou-Duval, demande au premier ministre Justin Trudeau, qui a présenté officiellement la série, de s'en dissocier. Il réclame également des excuses du réseau anglais.

Ce docudrame n'est pas inclusif du tout, a-t-il déclaré en entrevue téléphonique à La Presse canadienne, parce qu'il nie l'apport de deux des trois peuples fondateurs du Canada, soit les Autochtones et les francophones, en plus de passer sous silence la déportation des Acadiens et de présenter des Français « tout croches ».

Le diffuseur public a la responsabilité de s'assurer qu'il ne diffuse pas de la propagande.

Xavier Barsalou-Duval, chef parlementaire du Bloc québécois

Du côté du premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, on a aussi exigé des excuses de CBC, parce que Québec est présenté dans la série comme le premier établissement permanent des Européens au Canada en 1608, alors que Champlain avait fait une autre tentative auparavant, en 1605, à Port-Royal, un territoire qui est devenu ensuite la Nouvelle-Écosse.

Le NPD veut déposer une motion

« C'est franchement déprimant de voir CBC représenter l'histoire en éclipsant le rôle des Québécoises et des Québécois, de tous les francophones, ‎et des peuples autochtones », a déclaré le porte-parole du NPD en matière de patrimoine, Pierre Nantel.

« C'est d'autant plus malaisant que CBC consacre les premières minutes de la série à un discours d'ouverture de Justin Trudeau - une sorte de publicité gratuite pour le Parti libéral - ce qui était totalement déplacé », ajoute-t-il.

CBC doit répondre à beaucoup de questions au sujet de cette production, estime M. Nantel, qui a l’intention de déposer une motion au comité du patrimoine pour « demander à CBC de comparaître, faire preuve de transparence et répondre aux nombreuses critiques qui ont été formulées à l’égard de cette série. »

Entrevue avec Samuel Mercier, membre d'un groupe d'universitaires qui critique la représentation des francophones dans la série The Story of Us

Avec les informations de La Presse canadienne

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