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Pourquoi une Première Nation évacuée chaque année demeure au même endroit ?

Les évacués de Kashechewan arrivent à Kapuskasing à bord d'un avion d'Air Creebec.

Les évacués de Kashechewan de retour de Kapuskasing en 2016

Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Radio-Canada

Les crues printanières inondent la communauté autochtone de Kashechewan presque systématiquement. Ces évacuations coûtent aux contribuables des millions de dollars par année, et ce depuis des décennies.

Un texte de Joël Ashak

Sur la côte ouest de la baie James, dans le Nord de l’Ontario, les quelque 2 300 habitants de Kashechewan redoutent chaque année la crue des eaux qui accompagne la fonte des glaces de la rivière Albany.

Déplacé par Ottawa contre son gré dans les années 1950, le village est installé dans un terrain propice aux inondations, et ces dernières provoquent maladies et états d’urgence à répétition.

Pourtant, en 2005, une sortie de crise commençait à poindre à l’horizon.

Un accord de 500 millions de dollars conclu avec le gouvernement libéral de Paul Martin promettait de déplacer la communauté à une trentaine de kilomètres en amont de la rivière.

Cette solution aurait ainsi permis à Kashechewan de rester sur ses terres ancestrales, tout en s’installant sur une parcelle de terre trois fois plus élevée.

Deux ans plus tard, Jim Prentice, alors ministre des Affaires indiennes sous le gouvernement Harper, a annoncé que cette piste n’était plus envisagée parce qu’elle coûtait trop cher.

M. Prentice a plutôt favorisé l’investissement de 200 millions de dollars dans les infrastructures existantes.

Les inondations à Kashechewan en mai 2014

Les inondations à Kashechewan en mai 2014

Photo : KASHECHEWAN-COMMUNICATIONS

« Plus que tout, c’était un manque de volonté politique », estime Nabil Boutrany, un des ingénieurs embauchés par la Première Nation pour trouver un terrain susceptible d’accueillir la communauté.

Le gestionnaire de projet travaille avec le conseil de bande de Kashechewan depuis 1999.

C’est avec l’aide de sa compagnie, Northern Logistics, que la Première Nation a repéré le terrain au début des années 2000. Cet emplacement est toujours celui privilégié aujourd’hui.

Un déménagement coûteux

Nabil Boutrany explique que deux scénarios de déménagement sont à l’étude depuis 2005.

Le premier serait de faire exclusivement appel à des compagnies et à des employés externes pour déplacer les maisons, construire des routes et aménager le terrain, un projet estimé à 800 millions de dollars.

Le deuxième serait de le faire en utilisant principalement une main-d’œuvre à même les habitants de Kashechewan.

Cette option coûterait environ 500 millions de dollars.

Ce serait plus long, car il faudrait former certains travailleurs, mais ce serait aussi moins cher. Et cela permettrait de créer de l’emploi à long terme dans la communauté.

Nabil Boutrany, ingénieur

Des évacuations qui coûtent des millions aux contribuables

L’argument principal avancé par la Première Nation est que le déplacement, bien que coûteux, ferait épargner de l’argent à long terme.

En 2015, l’évacuation pendant 27 jours de quelque 1 300 résidents avait coûté 9,4 millions de dollars.

La facture mensuelle pour loger les 450 résidents évacués à Kapuskasing seulement s’élevait à 350 000 $.

Les deux grandes évacuations de 2005, quant à elles, avaient coûté 16 millions de dollars au fédéral, selon des chiffres obtenus par CBC.

Relocaliser les habitants en ville : un scénario à éviter

Le chef de la Première Nation de Kashechewan, Leo Friday

Le chef de la Première Nation de Kashechewan, Leo Friday

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

« Nous aimons nos terres ancestrales », résume le chef de Kashechewan.

Leo Friday explique que la communauté crie est très attachée à ses traditions et à ses liens familiaux.

Cette cohésion, dit-il, serait en péril si les résidents étaient réinstallés en ville.

En 2006, quand le gouvernement ontarien proposait de déplacer la communauté près de Timmins, une ville située à 400 km de là, de nombreuses voix s’étaient élevées criant à l’assimilation.

De nouvelles promesses

Le déménagement de Kashechewan est revenu à l’avant-scène la semaine dernière.

Le 31 mars, la ministre fédérale des Affaires autochtones et du Nord a signé une entente-cadre avec la Première Nation afin de lui assurer « un avenir durable ».

L’entente a également été ratifiée par le ministre ontarien des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation, David Zimmer.

Le chef de Kashechewan tient l'entente signée, entouré de la ministre fédérale Carolyn Bennett et du ministre ontarien David Zimmer.

Le 31 mars 2017, les gouvernements fédéral et provincial ont ratifié une entente-cadre pour trouver une solution viable aux maux qui affligent Kashechewan.

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Ils ont tous les deux affirmé que le déménagement de la communauté était la piste privilégiée, sans toutefois donner des détails sur l’échéancier et les coûts de ce scénario.

Un comité composé de représentants de la Première Nation, ainsi que des gouvernements fédéral et provincial sera chargé de formuler des recommandations.

Il devrait présenter son premier rapport dans un an.

 

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