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La difficile intégration d'un élève transgenre du CSF

Radio-Canada

Une mère dénonce le manque d'action de l'École secondaire Jules-Verne, de Vancouver, pour protéger son fils transgenre. Armé d'une nouvelle politique en la matière, le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) est en train d'instaurer de nouvelles mesures pour éduquer sa communauté en matière d'identité de genre, mais elles arrivent trop tard pour Drew, qui a 12 ans.

Un texte de Julie Landry

Drew et sa mère, Adrienne Neill

Drew et sa mère, Adrienne Neill

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Drew a décidé de sortir du placard en novembre 2016 à l’École Jules-Verne. Après avoir vécu toute sa vie comme une fille, il a décidé de dévoiler sa vraie identité, soit celle d'un garçon. L'adolescent s’est senti libéré quand il a appris la nouvelle à sa mère, et qu'il s'est fait couper les cheveux. « Quand j’étais là [chez la coiffeuse], je ne pouvais pas arrêter de sourire », se souvient-il.

Qu'est-ce qu'une personne transgenre?

Se dit d’une personne dont l’identité sexuelle ne correspond pas à son sexe biologique.

Épaulé par sa mère, Adrienne Neill, qui a accueilli son changement avec enthousiasme, il a dévoilé sa nouvelle identité à ses amies et, ensuite, à l’école en général. Sa mère était très satisfaite de la façon dont l’école a réagi au départ, en acceptant de faire venir à l'école le programme Out in Schools qui explique aux enfants les réalités de la communauté LGBT.

Drew produit régulièrement des vidéos sur musical.ly

Drew produit régulièrement des vidéos sur musical.ly

Photo : @gay.boi.drew sur musical.ly

« Quand mon enfant m’a dit qu’il était transgenre, il était excité de le dire à tout le monde. Il voulait même prendre son drapeau à l’école! Il était très fier de lui, comme il devrait l'être. Après Out in Schools, ça allait bien. Je pensais qu’il voulait venir chez nous, mais il voulait rester à l’école. Mais, la deuxième journée, il y avait du bullying [de l'intimidation], la troisième journée [...] après ça, il avait des panic attacks [crises d'angoisse] », raconte la mère inquiète.

Drew, qui avait déjà un trouble de l’anxiété sociale, s’est senti de plus en plus attaqué. Même s’il se sentait à l'aise dans le bureau de la conseillère, il avait du mal à se promener dans les couloirs de l’école. Drew dit n’avoir jamais reçu de menace physique directe, mais qu'on lui disait constamment qu’il était une fille, ce qui a fini par le casser émotionnellement.

 C’était difficile et après j’ai eu des panic attacks et des choses comme ça parce que c’était stressant, et je voulais plus aller à l’école.

Une citation de Drew

Drew ne va plus à l’école et s’est replié sur lui-même. Il passe presque tout son temps chez lui à produire de petites vidéos sur son téléphone. Il ne veut plus rien savoir de l’École Jules-Verne.

À écouter: Témoignage d'un jeune transgenre qui a quitté le CSF, présenté à l'émission Phare Ouest

Comment protéger les élèves transgenres à l'école, présenté à l'émission Boulevard du Pacifique

Intimidation en ligne

Adrienne Neill est en colère de voir que le garçon qui insistait le plus sur l’identité féminine de Drew n'a reçu qu’un « sérieux avertissement ». « Et le bullying, ç'a continué et j’ai fait une plainte. Ils m’ont dit : "On ne peut rien faire parce que ça arrive sur Internet, ça arrive hors de l’école, on ne peut rien faire." Et je n’étais pas satisfaite avec ça. »

Pourtant, de l’avis de la coordonnatrice santé et sécurité du CSF, Karine Boily, qui ne pouvait pas parler du cas précis de Drew, il n’y a pas de différence entre l’intimidation en ligne et celle qui survient à l’intérieur de l’école, si elle a lieu entre deux élèves de l’école. « Ça se répercute toujours entre nos quatre murs, dans nos écoles, quand il y a quelque chose qui se passe en ligne, entre nos élèves. Donc, c’est notre responsabilité au même titre que si on était témoin visuel de quelque chose de physique qui se passe dans nos écoles. »

Le directeur du CSF désolé

Bertrand Dupain, le directeur général du CSF, s'est dit attristé par l'histoire de Drew et souhaiterait rétablir les ponts avec lui et sa mère. « Nous avons certainement manqué quelques étapes et puis j'en suis peiné, désolé. Il faut de la bonne foi de la part de tout le monde, et la porte est ouverte, non seulement pour que, on l'espère, le petit garçon revienne, mais en tout cas au moins pour que cette aventure-là ne soit pas perdue. On tire des leçons de nos erreurs, si on a fait des erreurs, et nous voudrions apprendre où nous avons raté quelque chose », a-t-il déclaré. M. Dupain tient toutefois à préciser qu'il y a au CSF des cas d'enfants transgenres dont l'intégration à l'école s'est bien passée.


Des droits améliorés pour les personnes transgenres en Colombie-Britannique :

  • En juillet 2016, le Code des droits de la personne en Colombie-Britannique a été modifié pour que l’identité et l’expression de genre soient protégées.
  • Les conseils scolaires ont eu jusqu’en décembre 2016 pour écrire une politique sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre (Sexual Orientation and Gender Identity, SOGI), ce que le CSF a fait (Nouvelle fenêtre).
  • Il existe un site web, www.sogieducation.org (Nouvelle fenêtre), qui donne des outils aux administrateurs scolaires et aux enseignants pour intégrer l’éducation SOGI dans le programme scolaire. Les fiches d’éducation sont en train d'être traduites.
  • Le CSF a créé un comité SOGI pour mettre en pratique sa politique sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression de genre
Le CSF a adopté une nouvelle politique pour protéger les jeunes de toute orientation sexuelle et de toute identité de genre.

Le CSF a adopté une nouvelle politique pour protéger les jeunes de toute orientation sexuelle et identité de genre.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Un moment décisif au CSF

La responsable de la sécurité et de la santé, Karine Boily, prend le dossier très à coeur et s’inquiète surtout de l’intimidation. « À la base, on sait que ces élèves-là sont plus à risque d’intimidation. Donc, la clé pour prévenir l’intimidation dans les milieux scolaires, c’est de travailler sur la culture d’inclusion, d’avoir des adultes-alliés. Ce sont toutes des choses qu’on tente d’avoir dans nos écoles », explique-t-elle.

La coordonnatrice santé et sécurité au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, Karine Boily

La coordonnatrice Santé et sécurité au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, Karine Boily

Photo : Radio-Canada / Simon Charland-Faucher

Il y a des initiatives ponctuelles, comme la caravane de la tolérance du groupe Ensemble pour le respect de la diversité, présentée devant tous les élèves et d'autres à plus long terme, comme l’instauration de comités Empreintes contre l’intimidation. Les enseignants ont également été formés sur le suicide ou des méthodes d’intervention pour réduire l’intimidation.

La conseillère du CSF, Kathryn Pedersen, trouve ces programmes fantastiques, mais l’important, selon elle, c’est de travailler au cas par cas. Et c’est ce qui se fait et ça peut marcher, dit-elle. « Oui, si on éduque, puis on en parle, dit Mme Pedersen. Si on peut développer de l’empathie pour cette personne, c’est une personne, avec des sentiments, une belle personne! Si on peut avoir de l’empathie, oui, ça va changer les comportements. Je le sais. »

Même si les comportements des gens sont parfois difficiles à changer, Kathryn Pedersen et Karine Boily s’entendent pour dire qu’il y a un vent de changement dans les écoles du CSF.

Une alliée pour Drew : Morgane Oger

Morgane Oger, candidate NPD aux élections provinciales et militante transgenre

Morgane Oger, candidate npd aux élections provinciales et militante transgenre

Photo : Radio-Canada / Simon Charland-Faucher

La militante transgenre et candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) aux élections provinciales Morgane Oger se désole de voir que le CSF a mis tant de temps à réagir.

« Ce n’est quand même pas le premier cas. Les problèmes de menace et de harcèlement, il y en a eu d’autres à Vancouver et dans d’autres villes. Il est grand temps que le CSF tire des leçons de ce que la Commission scolaire de Vancouver a appris, et de mettre en place des systèmes qui font plus que répondre à des crises, une fois que la vie d’un enfant a été gâchée. Il faut que le système soit là pour la prévention. C’est pour ça qu’on a des systèmes », avance-t-elle.

Morgane Oger a d'ailleurs été invitée par le CSF à discuter avec son comité SOGI, à donner de l'aide pour la banque de ressources et à donner son opinion sur la nouvelle politique.

La mère de Drew souhaite également que la communauté scolaire soit mieux éduquée sur la réalité des personnes transgenres et leurs droits. « La politique est bonne, mais il faudrait qu’ils informent les parents qu’il y a une politique [...] Il faudrait qu’ils montrent la politique à tous les parents et à tous les enfants. Il faut être certain qu’ils comprennent que c’est sérieux. »

Toutes ces initiatives arrivent trop tard pour Drew qui tentera sa chance dans une école anglophone, en septembre. Ses souhaits sont simples. « Juste être à l’école et avoir des amis accepting [tolérants] et comme, une normal life [vie normale]. [...] Juste, une école qui est accepting et qui a des autres enfants qui sont transgender [transgenres] et des allies [alliés] et des choses comme ça. »

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