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Sidney Crosby sera-t-il poursuivi s'il va aux Jeux de Pyeongchang?

Sidney Crosby salue la foule.

Sidney Crosby salue la foule.

Photo : Getty Images / Justin Berl

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les Penguins de Pittsburgh pourraient poursuivre Sidney Crosby s'il décidait d'aller aux Jeux olympiques de Pyeongchang sans l'accord de ses patrons, croit Patrice Brunet, avocat montréalais spécialisé en droit du sport.

Un texte de Jean-Patrick Balleux

« C'est une question de droit privé. Si Crosby se fait interdire par les Penguins d'aller aux Jeux olympiques, c'est en vertu de son contrat, a expliqué Patrice Brunet au 15-18 sur Radio-Canada Première. Oui, une demande d'injonction pourrait le libérer. Mais, en raison de son contrat, les Penguins pourraient le laisser aller, mais lui dire qu'il le fait hors contrat, qu'ils n'ont plus à le payer et qu'il ne serait plus le bienvenu à Pittsburgh.

« Et en plus, les Penguins pourraient le poursuivre pour les dommages commerciaux, comme les détenteurs de billets de saison qui ne renouvellent pas leur abonnement. »

Cet avocat, qui se sert de l'exemple de Crosby pour illustrer ce qui pourrait attendre les autres joueurs, en a vu d'autres. En 2002, il a accompagné la délégation canadienne aux Jeux olympiques à Salt Lake City. Il a travaillé à aider les patineurs artistiques Jamie Salé et David Pelletier, victimes d'un scandale de la part des juges, à obtenir leur médaille d'or.

Il s'est aussi impliqué dans le dossier du cycliste dopé Floyd Landis. Et souvent, il agit à titre de consultant auprès du Tribunal arbitral du sport, à Lausanne, en Suisse.

Le fait que l'Association des joueurs (AJLNH) ait publié un communiqué dans lequel elle déplore la décision de la Ligue nationale ne protège pas ses membres, explique Patrice Brunet.

Dans les 540 pages de la convention collective signée entre le syndicat des joueurs et la LNH, le mot « olympique » n'est mentionné qu'une seule fois. L'article 24.5 fait davantage référence au partage des revenus à égalité de parts entre la LNH et l'AJLNH dans le cas d'un match de hockey dit « international ».

Patrice BrunetAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Patrice Brunet

Photo : Getty Images / Gabriel Bouys

« Le dernier chapitre (de la négociation entre le CIO et la LNH) n'est pas écrit, explique M. Brunet. La LNH voudra demander aux gouverneurs et propriétaires de clubs, qui ont l'habitude de fonctionner par consensus établis derrière des portes closes, d'adopter une politique commune. »

Cette position unique évitera la confusion venant, d'un côté, d'un Alexander Ovechkin (Nouvelle fenêtre) qui martèle qu'il ira aux Jeux olympiques, peu importe la position de la LNH et, d'un autre côté, du propriétaire des Sénateurs Eugene Melnyk, qui refuse de libérer Erik Karlsson pour la Suède.

Parallèle avec le soccer

Alors, comment le défenseur Laurent Ciman peut-il être aussi facilement libéré par l'Impact de Montréal (MLS) pour aller porter les couleurs de l'équipe belge en matchs de qualifications pour la Coupe du monde? Et risquer de se blesser, comme il l'a fait il y a 10 jours?

La FIFA a juridiction sur tous les joueurs et toutes les compétitions de soccer sur la planète, de la Coupe du monde à la MLS, rappelle Me Brunet, un pouvoir que n'a pas la Fédération internationale de hockey (IIHF).

La Fédération gère les championnats du monde, les tournois entre les équipes nationales juniors, mais pas les ligues privées et commerciales comme la LNH.

Par ailleurs, pour empêcher le tournoi olympique de soccer de devenir plus important que la Coupe du monde, la FIFA a imposé une règle unique dans les sports olympiques.

« Les seuls joueurs qui ont le droit d'aller au tournoi olympique de soccer sont les joueurs de 23 ans et moins. Ça donne ce que ça donne, dit Brunet. Ça ne fait pas des clubs de catégorie A. Au hockey, cette restriction n'existe pas. Si on imposait cette règle au hockey, ça donnerait un gros tournoi junior aux Olympiques. Avant Nagano en 1998, le hockey était un sport ordinaire avec des athlètes amateurs. »

Cela explique pourquoi Gary Bettman tente de copier le modèle du soccer. En septembre dernier, la LNH et l'AJLNH ont organisé la Coupe du monde de hockey à Toronto.

On est dans un enjeu compétitif et commercial. La LNH est en train de développer une propriété qui est la Coupe du monde et n'a aucun intérêt à aider le CIO à développer le tournoi olympique de hockey pour lequel il ne reçoit aucun bénéfice en retour.

Une citation de : Patrice Brunet, avocat spécialisé en droit du sport

Banco!

Ce n'est pas tout. Après chaque édition des Jeux olympiques, le CIO verse 90 % des revenus aux fédérations sportives selon une catégorisation établie selon la popularité des sports (cotes d'écoute, vente de billet, etc.).

Aux Jeux d'été, jusqu'à Londres en 2012, l'athlétisme était le seul sport A et il a reçu 47 millions de dollars du CIO. À partir de Rio, la natation et la gymnastique ont rejoint l'athlétisme dans le club des sports A.

Aux Jeux d'hiver, il n'y a que deux catégories et sept fédérations sportives. Les fédérations de patinage (artistique, courte et longue piste), de ski (d'alpin à acro, en passant par le surf des neiges et le ski de fond) et de hockey sont cotées A et obtiennent 20 % de la cagnotte chacune.

Les fédérations de curling, de luge, de bobsleigh et de biathlon, à titre de sports B, touchent 10 % chacune. Or, entre les Jeux d'Albertville en 1992 et ceux de Sotchi en 2014, le pactole est passé de 18 millions à 221 millions de dollars.

Gary Bettman accepte mal de voir l'IIHF encaisser les millions alors que c'est lui qui fournit la main-d'oeuvre depuis les Jeux de Nagano. Le commissaire de la LNH sait que le tournoi de hockey attire de plus en plus de gens devant leurs écrans.

À Sotchi, le match entre les États-Unis et la Russie au tour préliminaire a attiré 43 % des téléspectateurs. Plus de 2 millions de Canadiens ont regardé Crosby et Carey Price gagner la médaille d'or.

Quand le CIO verse des millions aux fédérations internationales, c'est dans le but d'universaliser le sport, de le rendre plus accessible partout dans les pays en développement. Qu'est-ce que la Fédération internationale de hockey fait avec ses millions? Remplit-elle sa mission de développer le sport à l'échelle internationale au-delà des marchés traditionnels de hockey?

Une citation de : Patrice Brunet, avocat spécialisé en droit du sport

Pendant ce temps, en Norvège, c'est encore le ski de fond qui rive les gens devant la télé durant les Jeux olympiques. En Pologne, c'est le saut à ski qui cartonne.

La présence des joueurs de la LNH à Sotchi s'est réglée en juillet 2013, soit huit mois avant les Jeux. Or, nous sommes à 10 mois des Jeux de Pyeongchang. Il reste encore du temps pour négocier, estime Me Brunet.

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