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Les défis de vieillir gai sans retourner dans le placard

Alain Lévesque et Nelson Lapointe s'enlacent en marchant dans la neige

Alain Lévesque et Nelson Lapointe sont en couple depuis 18 ans.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Radio-Canada
Mis à jour le 

À 65 et 57 ans, Alain Lévesque et Nelson Lapointe affichent leur homosexualité depuis longtemps. À 75 ans, Huguette, elle, cache sa bisexualité pour éviter les jugements dans sa résidence pour aînés. Est-il possible de vieillir en étant ouvertement gai en région?

Un texte de Catherine Paradis

Ils sont encore bien en forme et Nelson n'est même pas encore à la retraite. N'empêche, lui et son conjoint, Alain, réfléchissent à leurs vieux jours, au moment où ils se retrouveront en foyer pour personnes âgées.

Est-ce que je retourne dans le placard en fin de vie et puis je fais mon reste de vie sans mentionner mon identité sexuelle? C'est ça le questionnement de nos amis en ce moment.

Alain Lévesque, président AGL-LGBT

Bisexuelle... en cachette

Trouver une personne LGBT dans les résidences pour personnes âgées de régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean est un défi en soi en raison des tabous qui persistent.

Celle qui a accepté de nous parler a 75 ans. Questionnez-la sur son orientation sexuelle et elle vous répondra du tac au tac : « Je suis au 1, au 2 et au 3. » Interprétez comme vous voulez.

Les mains d'une femme posées sur ses cuisses en position assise.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette femme vit son orientation dans l'ombre, particulièrement depuis qu'elle vit en résidence pour aînés.

Photo : Radio-Canada

J'aurais aimé qu'on soit dans le même lit toujours, parce que moi, côté sexe, ça manque.

Bisexuelle anonyme dans un foyer pour aînés

En fait, elle est bisexuelle. Elle le sait depuis longtemps. Mais pas question de s'afficher clairement, surtout depuis qu'elle a déménagé dans une résidence pour personnes âgées.

« Je trouve ça difficile ici des fois, parce que j'aimerais vivre avec une conjointe, mais le monde n'est pas prêt à accueillir ça. Dehors, tu sors, tu peux te promener et te donner un bisou. Ici, tu vas dans le passage et les préjugés sont là tout de suite. Je suis avant-gardiste, mais ici je sens qu'il y a des barrières », raconte-t-elle.

  • Au Québec, 1,8 % des personnes de 65 ans et plus se déclarent homosexuelles ou bisexuelles
  • Au Canada, c'est 1,6 %

Source : Statistique Canada, 2015

Combattre les préjugés

Dans la salle à manger du Domaine du Marquis de Jonquière, l'appétit prête à la confidence lorsqu'on demande aux résidents comment ils réagiraient si un couple gai s'installait dans l'appartement voisin.

Comment réagiriez-vous si un couple gai déménageait à côté de chez vous?

Dans le fond, on l'accepte, mais dans notre cœur, non. On a été élevé différemment, on est d'une autre génération et nos parents étaient tellement sévères. On l'accepte parce qu'on a évolué, mais il y a encore de l'évolution à faire parce que c'est ancré loin.

Hermine Hébert, résidente du Domaine du Marquis

C’est d’ailleurs ce que constate Pauline Lapierre, animatrice à la Maison d'un Nouvel Élan de Saguenay.

« Il y a une question de culture et de religion qui entre en jeu. Peut-être que si ces gens-là [homosexuels] sont discrets, polis, respectueux des autres et qu'ils ne fonctionnent pas dans la provocation, ça peut passer mieux », mentionne-t-elle.

La première génération d'« affichés »

Alain et Nelson aspirent à être de la première génération affichée LGBT dans les foyers pour aînés.

« C'est sûr qu’on veut être considéré comme un couple et avoir accès à tous les services que n'importe quel couple pourrait avoir », soutient Alain Lévesque.

« Moi je pense que d'ici 20 ans, la population en général va avoir évolué au niveau de l'homophobie et de l'homosexualité comme telles », ajoute son conjoint, Nelson Lapointe.

Alain et Nelson sourient en se tenant par les épaules.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alain et Nelson voient l'avenir avec optimisme.

Photo : Radio-Canada

Résidence pour aînés gais

Entre-temps, pour favoriser l'inclusion, Habitat Fullum de Montréal réserve la moitié de ses 60 logements à une clientèle exclusivement LGBT. C’est le seul foyer pour aînés à faire une telle discrimination positive.

Nous autres, on veut rester en région et ce serait utopique de penser qu'on pourrait se faire une résidence pour personnes LGBT.

Alain Lévesque, président AGL-LGBT

Alain Lévesque doute que le concept soit exportable dans de plus petits milieux. « Personnellement, je trouve que, pour moi, c'est une forme de ghetto un peu », confie-t-il.

L'association LBGT du Saguenay-Lac-Saint-Jean a d’ailleurs été déçue de ne pas recevoir le financement qu’elle espérait pour commencer une première campagne de sensibilisation à l'homosexualité dans les résidences pour personnes âgées en région.

Un nouveau projet sera déposé en ce sens l’an prochain.

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Société