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Bombardier reporte d'un an une partie de la rémunération de ses dirigeants

Les précisions d'Olivier Bachand
La Presse canadienne

En raison de la tempête médiatique déclenchée la semaine dernière, la multinationale québécoise Bombardier a décidé dimanche de reporter jusqu'en 2020 plus de la moitié de la rémunération des six plus hauts membres de sa haute direction pour l'année 2016.

Le grand patron de Bombardier, Alain Bellemare, reconnaît que l'entreprise a fait une « mauvaise job » à la suite de la controverse provoquée par la rémunération de ses hauts dirigeants, mais croit néanmoins que le lien de confiance avec les Québécois n'a pas été brisé.

« Nous avons sous-estimé la réaction de la population et mal expliqué la rémunération », a affirmé M. Bellemare au cours d'une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, dimanche soir.

Je pense que les gens ont compris, ou que nous avons laissé sous-entendre, que nous allions toucher ces montants immédiatement.

Alain Bellemare

Initialement, les sommes visées devaient être versées à compter de 2019. Bombardier a décidé de reporter d'un an le versement de ces paiements, en les rendant conditionnels à l'atteinte des objectifs du plan de redressement de M. Bellemare, dont la réalisation est prévue pour 2020.

En entrevue, le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, explique la décision de l'entreprise de reporter à 2020 une partie de la hausse de salaire accordée aux six plus hauts membres de sa direction.

Plusieurs ont fait part de leur indignation en raison du montant global – qui tient compte des primes, de la rémunération en actions et de la valeur du régime de retraite – de 32,6 millions de dollars américains, en hausse de 50 % sur un an, octroyé aux six plus hauts dirigeants. Ce montant était jugé indécent, alors que Québec a injecté 1,3 milliard de dollars dans la C Series et que le gouvernement Trudeau vient de consentir un prêt de 372,5 millions.

D'ici la fin de 2018, Bombardier devrait en plus avoir éliminé quelque 14 500 postes dans le monde.

Les Québécois mécontents

Vendredi, le président exécutif du conseil, Pierre Beaudoin, avait renoncé à son augmentation pour 2016. Cela n'avait toutefois pas été suffisant pour calmer la grogne, puisque quelque 200 personnes ont manifesté dimanche pour dénoncer les augmentations de salaire chez Bombardier.

Foule de manifestants devant le siège social de Bombardier à MontréalDes manifestants dénoncent les salaires versés aux dirigeants de Bombardier. Photo : La Presse canadienne

« Je ne pense pas que notre relation [avec les Québécois] va être entachée parce que nous corrigeons le tir, a affirmé M. Bellemare. Je pense que c'est ce que les gens veulent voir. Lorsque c'est nécessaire, on fait les ajustements nécessaires. »

Initialement, M. Bellemare devait recevoir un salaire global de 9,5 millions de dollars américains, soit une hausse de 48 %. Il touchera plutôt 4,2 millions. Celui-ci ne croit pas que la direction de la société devait renoncer aux augmentations pour 2016, comme l'exigeaient entre autres les partis d'opposition.

Le dirigeant de Bombardier a fait valoir que le secteur aéronautique était concurrentiel et qu'il fallait s'assurer de retenir les meilleurs dirigeants.

Les sommes du plan incitatif à long terme ne seront octroyées que si les patrons de Bombardier atteignent les cibles fixées dans le cadre du plan de redressement. Les détails seront fournis dans une nouvelle circulaire de sollicitation qui sera déposée cette semaine auprès des autorités réglementaires.

D'ici 2020, la société veut atteindre le seuil de rentabilité de la production des avions C Series et souhaite générer 1,75 milliard de dollars américains en bénéfices avant impôts tout en augmentant ses revenus à 25 milliards. En 2006, Bombardier a affiché une perte nette de 981 millions, tandis que le chiffre d'affaires a reculé à 16,34 milliards.

Couillard satisfait

Par l'entremise de son compte Twitter, le premier ministre Philippe Couillard a dit, en soirée, avoir transmis ses préoccupations « et celles des Québécois » au grand patron de la multinationale. Dans un autre message, il s'est dit « satisfait de la décision annoncée par Bombardier ».

 

Pour sa part, le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau, qui s'était montré très critique à l'endroit de Bombardier, a évoqué un « dénouement heureux » pour une crise qui a été très mal gérée.

« Le capital de sympathie de l'entreprise a fondu parce que les gens ont été choqués par le manque de sensibilité de la direction, a-t-il dit. Il aura fallu des pressions politiques et publiques pour obtenir un changement. »

La réaction du député Alain Therrien à la décision de Bombardier

La réaction a été bien différente du côté du Parti québécois, où le porte-parole en matière d'économie, Alain Therrien, a souligné que la haute direction de l'entreprise devait déjà recevoir une partie de sa rémunération au cours des prochaines années.

Bombardier ajoute l'insulte à l'injure.

Allain Therrien, porte-parole du PQ en matière d'économie

Dans une lettre ouverte publiée samedi, le président du comité des ressources humaines et de la rémunération de Bombardier, Jean C. Monty, explique que le versement de plus de la moitié des 32 millions de dollars octroyés aux six plus hauts dirigeants est conditionnel à l’amélioration des performances de l’entreprise au cours des trois prochaines années.

« Si l'entreprise n'obtient pas de bons résultats, si le cours de ses actions n'augmente pas, si elle ne crée pas de valeur pour ses actionnaires, cette rémunération ne sera jamais versée aux hauts dirigeants », a affirmé M. Monty.

Bombardier précise que le report jusqu'en 2020 fait en sorte que les objectifs des patrons sont en phase avec ceux du plan de redressement de l'entreprise.

David Chartrand, de l'Association des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale, commente la décision de Bombardier.

Industrie aérospatiale

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