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Abolir les catégories genrées dans les galas musicaux

Portrait du  chroniqueur culturel et animateur Jean-François Chevrier, assis dans un café

Le chroniqueur culturel et animateur Jean-François Chevrier

Photo : Radio-Canada / Lévy L Marquis

Radio-Canada

Le concept de la parité est dans le vent. De plus en plus, on voit des conseils des ministres paritaires. Le milieu des affaires défonce aussi tranquillement le plafond de verre, permettant aux femmes d'accéder aux rênes des entreprises. Qu'en est-il du milieu culturel? Parce qu'on est en 2017, la baladodiffusion Labrosse-Wellington s'interroge sur la pertinence des catégories de genre dans les galas.

Un texte de Stéphanie Rhéaume pour la balado Labrosse-Wellington 

La capitale fédérale revêt ses plus beaux habits de gala au printemps. Après les prix JUNO au début avril, c’est au tour des artistes de la chanson et de la musique francophone d’être à l’honneur avec les prix Trille Or.

Pourquoi est-ce qu’on distingue encore par des catégories les interprètes féminines et les interprètes masculins dans le cadre de ces grands galas? Pourquoi met-on les femmes d’un côté et les hommes de l’autre?

Jean-François Chevrier, chroniqueur culturel, Radio-Canada

Le journaliste culturel Jean-François Chevrier anime une série de capsules Internet en amont de la grande fête bisannuelle de la chanson et de la musique francophones.

Dans une vidéo ludique, il s’est amusé à fusionner les visages des nommés dans les catégories interprètes masculins et interprètes féminines, une sorte de pied de nez bon enfant au classement par genre encore en place.

Selon lui, il serait intéressant que le milieu artistique joue un rôle d’avant-garde pour faire tomber ces divisions.

 

Réflexion à entreprendre

Anique GrangerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Anique Granger

Photo : Radio-Canada / Ricardo Costa

Aux Trille Or cette année, les nommés dans les catégories Meilleur groupe et Meilleur spectacle sont uniquement des hommes. Dans la course pour le titre du Meilleur album et du Meilleur auteur, compositeur ou auteur-compositeur, la Fransaskoise Anique Granger fait figure d’ovni rose parmi les aspirants.

A priori, il lui semble farfelu que cette catégorisation par genre existe toujours. Anique Granger reconnaît cependant que ce dédoublement entraîne une plus vaste distribution de prix.

Pour elle, trancher la question de la pertinence des catégories demeure difficile, mais il reste qu’on doit se questionner davantage, selon elle, sur nos rapports de genre en société pour aborder cette question.

Je pense qu’en général, les hommes et les femmes ne sont pas jugés selon les mêmes barèmes. [...] Ça vaut la peine de se pencher sur ce que la société va valoriser chez une femme interprète et chez un homme interprète.

Anique Granger, auteure-compositrice-interprète

La journaliste culturelle Karine Lessard partage elle aussi cette ambivalence.

« Avant toutes les catégories, avant les galas, qu’y a-t-il ? Il y a la musique! Et avant la musique, il y a l’émotion. Quand je vais voir un artiste ou un groupe en spectacle, je ne m’en vais pas les voir parce que c’est un groupe masculin, féminin ou un artiste solo », explique-t-elle. « Ce sont les émotions qui me guident, peu importe qui chante. Peut-être faudrait-il fusionner les catégories? En même temps, je m’inquiète pour la place des femmes. »

L’industrie musicale : deux réalités

Mehdi CayenneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mehdi Cayenne

Photo : Facebook/Mehdi Cayenne Club

Si les femmes prennent leur place sur scène comme artistes, à titre d’interprètes ou encore d’auteures-compositrices-interprètes, elles demeurent minoritaires dans les groupes musicaux et en réalisation.

Mehdi Cayenne, qui domine les nominations aux Trille Or avec 11 mentions, juge que le milieu est plus difficile pour ses collègues féminines.

Elles font face à des réalités qui ne sont pas les nôtres. Nous autres, il n’y a personne qui arrive sur scène pour nous dire: “Tu es sûr que tu sais comment utiliser ton amplificateur? Es-tu la blonde du bassiste ou tu es vraiment dans le band?’’ Je pense qu’il y a du travail à faire en ce sens. Les catégories interprètes masculins et interprètes féminines viennent maximiser le rayonnement.

Mehdi Cayenne, auteur-compositeur-interprète

Une classification encore pertinente

La blogueuse Catherine Voyer-LégerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La blogueuse Catherine Voyer-Léger

Photo : Radio-Canada / Lévy L Marquis

La blogueuse et chroniqueuse résolument féministe, Catherine Voyer-Léger, rêve d’un idéal dénué de catégories. Cependant, elle sait fort bien que les oeuvres portées par des femmes risqueraient de tomber dans l’oubli, noyées par la « majorité virile ».

Elle donne en exemple le milieu du cinéma où les rôles significatifs sont généralement des personnages masculins. L’auteure de l’essai Métier critique relève aussi qu’encore aujourd’hui, les hommes obtiennent plus de visibilité dans les médias que leurs collègues féminines.

Je sens encore qu’il y a toujours un effort à faire pour être dans l’idée de la parité. Quand cet effort-là n’existera plus, on fera sauter les catégories. [...] Il faut reconnaître qu’il y a disparité et iniquité. Il faudrait le reconnaître dans la remise de prix.

Catherine Voyer-Léger, blogueuse, chroniqueuse et auteure

Le verdict de Jean-François Chevrier : « Les points de vue et la réflexion de tous ces artistes, animateurs et chroniqueurs m’ont appris une tonne de choses! Ce serait intéressant d’interpeller les organisateurs des galas à ce sujet : pourquoi tient-on à garder cette division? »

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