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Le fabuleux destin d’Iris, de Pointe-Gatineau à Tokyo

La bédéiste Iris en train de dédicacer un ouvrage en étant assise à une table d'un café.

La bédéiste Iris en train de dédicacer un ouvrage.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Radio-Canada

Faire rayonner le neuvième art jusqu'au pays du Soleil-Levant, où le manga est roi, c'est le tour de force que vient de réussir la bédéiste Iris. La Gatinoise d'origine revient en effet d'une tournée au Japon, à l'invitation de la Délégation du Québec à Tokyo. Retour sur son premier album de fiction, la bande dessinée Justine, ancrée en plein coeur du quartier de Pointe-Gatineau.

Un texte de Stéphanie Rhéaume pour l’émission Les malins

Fin mars. Les rayons du soleil chauffent le visage illuminé d’Iris, qui fait une performance de dessin en direct lors de la fête de la francophonie dans la capitale nipponne. Des biscuits et du thé à l’érable sont distribués aux passants curieux.

La bédéiste Iris est assise à l'extérieur et elle dessine une planche sous le regard de plusieurs enfants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La bédéiste Iris lors de son passage au Japon a participé à plusieurs activités organisées par la Délégation du Québec à Tokyo.

Photo : Marie-Hélène Moreau/DGQT

On est bien loin du quartier de Pointe-Gatineau, où cette jeune auteure de 33 ans a passé son adolescence.

C’est là qu’elle a planté le décor de Justine, récit en phylactères d’une jeune femme parachutée dans cette banlieue empreinte d’une atmosphère un peu bizarre et glauque, signature bien personnelle d’Iris.

À l’époque, j’étais très fan de Daniel Clowes. C’est un auteur de bande dessinée qui a fait entre autres Ghost World, qui a été adapté au cinéma, et Comme un gant de velours pris dans la fonte. Il est le David Lynch de la bande dessinée. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Justine! J’aime prendre des trucs de mon quotidien et y ajouter des éléments de mystère.

Iris

Cases et bulles de Pointe-Gatineau

Une photo montrant un dessin présentant le magasin d’escompte Chez Tante Marie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un dessin présentant le magasin d’escompte Chez Tante Marie.

Photo : Iris/Édition La Pastèque

Les lecteurs de la région retrouvent dans ses cases plusieurs référents au paysage urbain du quartier.

Son héroïne passe le temps en dessinant au restaurant Patio Vidal. Elle fait ses emplettes au magasin d’escompte Chez Tante Marie. Pour Iris, qui rêvait à l’époque de faire carrière en Outaouais, il était important d’ancrer son histoire ici.

« J’admire les auteurs qui sont capables de se mettre à la place de quelqu’un qui habite dans un autre pays en se documentant. J’ai trop peur de faire ça. J’aurais peur de me tromper, avance-t-elle. En général, je parle de ce que je connais, de ce que j’ai vu et vécu, d’endroits où je peux me rendre pour me documenter en prenant des photos. »

Iris se rappelle en riant de la réaction des gens qui la voyaient se pointer dans les rues du quartier avec son appareil photo. Plusieurs se méfiaient et se demandaient ce qu’elle pouvait bien faire là. À l’époque, elle a même été expulsée d’un magasin alors qu’elle poursuivait sa recherche visuelle pour sa bande dessinée.

Bien qu’Iris habite Montréal depuis 10 ans, elle a toujours cherché à vivre dans des quartiers semblables à celui dans lequel elle a grandi. Elle apprécie la diversité sociale qu’elle y retrouve.

La création des personnages

Si sa toute première publication, Dans mes rellignes, parue en 2006 chez Mécanique générale, se voulait une bande dessinée autobiographique, ce deuxième effort relève clairement de la fiction. Le personnage de Justine se distingue de sa créatrice.

« Justine est blonde. Elle est beaucoup plus jeune que je le suis. Elle est un peu innocente, s’esclaffe-t-elle. Elle habite avec une coloc handicapée. »

Seul point en commun : elles ont toutes les deux été secrétaires dans un centre sportif. C’est assez étonnant pour Iris, puisqu’elle entretient tout sauf une passion pour la culture physique. Elle n’avait aucune expérience dans ce type de boulot à l’époque, mais son sourire et son entregent ont plu au propriétaire.

Le club d’aérobie imaginé par Iris pour son héroïne a de quoi surprendre : les abonnés du cardio y suent sur des airs d’Elvis. Chez Les fils du King, les membres privilège ont même droit à des costumes du roi de Memphis, en plus de la mise en plis de circonstance.

Un lecteur lit la BD Justine ouverte devant lui et il lit un passage où il est question du club d’aérobie « Les fils du King ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deux planches de la BD « Justine » où il est question du club d’aérobie « Les fils du King ».

Photo : Iris/Édition La Pastèque

Ces quelques pages plutôt rigolotes dans les locaux du centre d’entraînement contrastent d’ailleurs avec le ton plus noir de l’album. Le lecteur y décroche quelques sourires en voyant les sportifs se contorsionner dans de tels habits.

C’est justement aux Fils du King que Justine fait la rencontre de Guillaume, avec qui elle se lie d’affection. Le jeune homme adore se déguiser. Il est d’ailleurs employé dans un magasin de costumes, clin d’oeil à un ancien colocataire d’Iris qui faisait ce travail.

Une auteure et un quartier en évolution

Un cycliste s'avance dans un secteur encore en travaux de la rue Jacques-Cartier, à Gatineau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un secteur encore en travaux de la rue Jacques-Cartier, dans le secteur de Pointe-Gatineau, en mai 2016.

Photo : Radio-Canada

L’adolescente qui traînait avec les copains à la buanderie et qui jouait au billard au dépanneur Robert, sur le chemin de la Savane, est devenue une bédéiste de talent. Si elle est fière de sa progression, elle constate avec joie que son quartier évolue tranquillement pour le mieux.

Mon père habite encore Pointe-Gatineau. Cet été, nous sommes allés sur la promenade de la rue Jacques-Cartier. J’étais tellement contente de voir ce qu’ils ont fait. [...] Je trouve ça tellement cool, parce qu’une promenade, c’est accessible à tout le monde. Ça ne va pas simplement profiter à ceux qui ont plus de sous. Ça permet aux gens de se réapproprier ce quartier-là qui était un peu en train de décrépir. Je trouve que ça vieillit bien, Pointe-Gatineau.

Iris

La bédéiste poursuit différents projets. Une fois par mois, elle publie la série Les autres dans Curium, un magazine science et société pour les adolescents. Elle planche actuellement sur un travail de longue haleine : sa BD web western-animalière, Folk, prendra la forme d’une publication papier aux éditions La Pastèque.

Biographie : Iris Boudreau-Jeanneau, de son nom complet, fait figure de comète sur la planche à dessin. Après avoir décroché son diplôme de l’École multidisciplinaire de l’image de l’Université du Québec en Outaouais en 2006, elle s’installe à Montréal l’année suivante et se consacre aux arts visuels. Elle publie en 2010 l’album Justine. Elle a collaboré à titre d’illustratrice pour les bandes dessinées Le pouvoir de l'amour et autres vaines romances, d’Yves Pelletier, et Pour en finir avec le sexe, de Caroline Allard.

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