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Qualité de l’air à Saint-Boniface : la province rassurée, les résidents sceptiques

En 1979, l'incendie d'un train transportant des produits dangereux a forcé l'évacuation des résidents de Mississauga, en Ontario.

Radio-Canada

Alors que la province du Manitoba dit que l'air est salubre dans le secteur Dufresne du quartier Saint-Boniface, à Winnipeg, les résidents ainsi qu'une scientifique environnementale n'en sont pas convaincus.

Un texte de Catherine Logan

Les résidents du voisinage affirment que, peu après l’installation, en 2015, d’une déchiqueteuse de métal à l’usine Industrial Metals, des odeurs chimiques étaient perceptibles dans l’air et qu'une fine couche de poussière couvrait souvent les voitures, les propriétés et même l'intérieur des maisons du quartier.

Christine Dickie, qui habite à côté de la zone industrielle depuis 10 ans, confirme qu’elle voit « beaucoup de petites particules, de petites choses blanches et grisâtres qui flottent dans l’air ». Elle ajoute: « L’odeur est terrible, et on entend des bruits sourds tout le temps. »

Atteinte d’asthme, Mme Dickie s’inquiète de la qualité de l’air qu’elle respire et indique qu’elle doit dépoussiérer sa maison tous les deux jours.

Une expérience commune

Selon des sondages envoyés aux résidents de Dufresne, Mme Dickie est loin d’être la seule à vivre cette situation, confirme la vice-présidente de l’Association des résidents du sud de Saint-Boniface (ARSSB), Teresa Cwik.

En outre, la représentante communautaire craint une explosion semblable à celle qui a eu lieu à l’entreprise de biodiesel Speedway International en 2012.

Et s’il y avait une grosse explosion? Toute cette fumée noire et ces particules… On aurait respiré toutes ces substances chimiques toxiques.

Teresa Cwik, vice-présidente, ARSSB

Déjà, des équipes d’urgence ont été appelées au chantier de l’entreprise Industrial Metals « 11 fois depuis le 22 février 2012, tous types d’urgences confondus » (incendie, urgence médicale, etc.), indique un porte-parole de la Ville de Winnipeg.

Industrial Metals n'a pas donné suite à la demande d'entrevue de Radio-Canada.

La province enquête

À la suite de nombreuses plaintes de résidents, le ministère provincial de la Conservation et de la Gestion des ressources hydriques (désormais appelé Développement durable Manitoba [DDM]) s’est engagé à enquêter sur la qualité de l’air dans le sud du quartier Saint-Boniface.

Entre mars et août 2016, l’agence gouvernementale a installé des stations de surveillance atmosphérique à 11 emplacements à proximité de l’usine de déchiquetage. Les stations devaient mesurer les taux de 30 métaux et particules en suspension dans l’air différents.

D’après les conclusions du rapport de l’enquête, qui a été publié il y a quelques semaines, DDM « n’a aucune inquiétude relativement à la qualité de l’air dans le secteur Dufresne de Saint-Boniface pour l’instant ».

Le rapport poursuit en soulignant qu’« aucun échantillonnage supplémentaire n’est recommandé ».

Le rapport n’est qu’une « platitude »

Ces résultats ne sont pas suffisants pour convaincre l’ARSSB, pas plus que Shirley Thompson, professeure adjointe à l’Institut des ressources naturelles à l’Université du Manitoba et ancienne employée d’Environnement et Changement climatique Canada.

[DDM] a complètement raté le coche. Ils ont comparé les résultats aux mauvais règlements. Ils ont faussé l’analyse.

Shirley Thompson, Institut des ressources naturelles à l'Université du Manitoba

La scientifique ajoute que la province aurait dû installer son équipement de surveillance atmosphérique plus près de l’usine Industrial Metals et se concentrer sur les fines particules en suspension, plutôt que sur les grosses particules.

Ce sont les fines particules que les gens remarquent sur leurs voitures et l'extérieur de leur maison, les fines particules qui sont en suspens dans l’air et qui s’accumulent dans les poumons et ont des effets nocifs.

Shirley Thompson, Institut des ressources naturelles à l'Université du Manitoba

Mme Thompson estime que, sous sa forme actuelle, le rapport n’est qu’une « platitude » pour les résidents et un « gaspillage d’argent » pour les contribuables.

Un régime pas « censé être super précis »

Néanmoins, Don Labossière, le directeur de la conformité environnementale de Développement durable Manitoba, maintient les conclusions de l’évaluation provinciale.

Notre régime de surveillance atmosphérique n’était pas forcément censé être super précis et juste. [Mais] dans cette situation, nous sommes convaincus que les conséquences n’existent pas ou sont faibles.

Don Labossière, directeur de la conformité environnementale, DDM
Don Labossière, directeur de la conformité environnementale, Développement durable ManitobaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Don Labossière, directeur de conformité et d’application environnementales de Développement durable Manitoba, assure que s’il y avait des raisons d’être inquiets, que le ministère aurait intensifié sa surveillance dans le secteur Dufresne.

Photo : Radio-Canada

Il ajoute que, si les résultats indiquaient qu’il y avait des raisons d’être inquiet, le ministère aurait intensifié sa surveillance.

Quant aux préoccupations de Mme Cwik et Mme Thompson liées à la méthodologie utilisée, le directeur dit que « parfois, c’est une question de résidents qui veulent tout simplement qu’il n’y ait pas d’usine dans leur quartier ».

Mme Thompson, qui ne réside pas à Saint-Boniface, déclare qu’elle ne déménagerait jamais dans le quartier après avoir vu les conclusions du rapport et entendu les témoignages des résidents.

Une compétence provinciale

Bien que la qualité de l’air relève de la province, le conseiller municipal de Saint-Boniface a déjà fait savoir publiquement qu’il se rangeait aux conclusions de l’étude.

« J’accepte le rapport de Développement durable Manitoba qui confirme que l’air dans le voisinage est de bonne qualité », affirme Mathieu Allard.

Le député provincial de Saint-Boniface, Greg Selinger, qui était premier ministre de la province au moment où Industrial Metals a eu l’approbation pour installer sa déchiqueteuse, affirme qu’il collabore avec l’ARSSB en vue de trouver une solution.

Avec des informations de Samuel Rancourt et Leif Larsen

Manitoba

Environnement