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Guillaume Lambert, pas facile de devenir adulte

Guillaume Lambert, assis à une table lors d'un repas, dans une scène de la série « L'âge adulte ».

Guillaume Lambert dans « L'âge adulte ».

Photo : Radio-Canada / Maude Soulières

Radio-Canada

Il est l'auteur et l'un des acteurs de L'âge adulte, nouvelle websérie comique de huit épisodes (Nouvelle fenêtre), où un trentenaire hétéro (Mickaël Gouin) se réveille gai après une commotion cérébrale. Un autre succès pour le membre de la bande de Like-moi!, passé maître dans le registre de la dérision égocentrique.

Un texte d'Antoine Aubert

Il a le sourire aux lèvres quand on le rencontre dans un café du Village, au matin d’un énième jour neigeux montréalais. Il y a de quoi. Venu pour parler de L’âge adulte, il annonce la bonne nouvelle : rarement une fiction aura effectué un tel démarrage sur ICI TOU.TV.

Il connaît bien la plateforme dont il est la « voix officielle » depuis sa création, en 2009. « J’essaie de la modifier pour la rendre plus dynamique et jeune. J’ai la trentaine maintenant… » L'âge est un autre thème très présent dans sa mini websérie, avec des personnages qui se trouvent à cette période charnière « où on est trop vieux pour être des ados, mais où on est pas assez matures pour être des adultes ».

 

Adulte ou pas, Guillaume Lambert traverse en tout cas, après dix ans de carrière, une de ces périodes professionnelles dont rêvent tant d’artistes. Pour le grand public, l’acteur est aujourd’hui « le gars blond de Like-moi! », série culte de Marc Brunet qui fait les beaux jours de Télé-Québec depuis deux ans.

Ce succès, il jure qu’il ne s’y attendait pas, ni même le cherchait : « Je gagnais ma vie en faisant de la voix et j’étais très content. Je ne visais pas particulièrement la visibilité. J’étais déjà heureux d’avoir eu mon premier rôle dans Nouvelle adresse [en 2015]. Je commençais à penser à écrire davantage pour la télé. » Il se voyait alors importer des séries tragico-comiques comme Transparent ou Please Like Me (rien à voir avec Like-moi!), fiction australienne portée aux nues par les connaisseurs du genre.

Avec le phénomène Like-moi!, des admirateurs accostent désormais Guillaume Lambert dans le métro pour lui faire des câlins. Des enfants envoient des vidéos où ils imitent ces personnages, qui sont eux-mêmes de grands gamins. Les messages de félicitations arrivent même d’Europe, où des épisodes piratés ont déjà trouvé un public, privant l’équipe de redevances, regrette du même souffle l'acteur.

Philippe-Audrey Larrue St-Jacques et Karine Gonthier-Hyndman sourient à quelqu'un, avec Guillaume Lambert derrière eux en train de lever les yeux au ciel, dans une scène de la série « Like-moi! ».

Philippe-Audrey Larrue St-Jacques, Karine Gonthier-Hyndman et Guillaume Lambert dans « Like-moi ».

Photo : Télé-Québec / Julien Faugère

Les ruptures amoureuses l’inspirent

Néanmoins, le trublion excentrique de la série décalée n’a pas effacé le « Guillaume Lambert auteur » et son inspiration, avec une prédilection pour les formats brefs. « J’aime beaucoup le souffle court, que ça explose. Il ne faut pas que ça s’étire », confirme-t-il.

Avant même les huit épisodes d'environ 10 minutes de L’âge adulte, le métier l’avait déjà remarqué en lui accordant un Jutra en 2015 pourToutes des connes, court métrage centré sur le désespoir délicieusement comique d’un homme largué par sa blonde. De quoi donner tort aux professeurs de l’Institut national de l'image et du son, qui assuraient à l'artiste en devenir qu’on ne pouvait pas à la fois écrire et interpréter.

La plupart des médias ont également salué son premier roman, court évidemment (une centaine de pages) et très personnel, Satyriasis : mes années romantiques, il y a deux ans. Là encore, une déchéance amoureuse, gaie cette fois, où le protagoniste essaie autant d’oublier l’ex que de se faire mal en multipliant les expériences sexuelles grâce aux applications de rencontres devenues dépendance.

« À 33 ans, je commence à avoir une œuvre derrière moi », confirme quelque peu fièrement Guillaume Lambert, tout en se montrant surpris qu’on cherche à tisser des liens entre tout ce qu’il a fait. Pourtant, après lectures et visionnages, certains thèmes reviennent de manière évidente.

… son visage aussi

Le doux égocentrisme du comédien né à Sorel-Tracy arrive en haut de la liste. Quand il en parle, ce dernier souffle le chaud et le froid. Il dit s’obstiner sur la question, mais assure qu’il joue avec le vrai et le faux autour de sa personne. « En donnant l’illusion que je dévoile tout, je reste assez secret, finalement. »

Malgré tout, l’envie d’écrire se double indéniablement de celle de montrer son visage, mais toujours de manière sarcastique et rarement flatteuse. Il est omniprésent dans Toutes des connes, en train de pleurer, se masturber dans les toilettes publiques, séduire ou courir après des pigeons dans un parc pour calmer sa colère. On retrouve sa figure ronde et ses yeux bleus dans tous les épisodes de L’âge adulte; il y joue Tom, le faux frère jumeau d'Alex/Mickaël Gouin, et l’un des personnages qui assument le moins ses actes et ses décisions.

Marie-Soleil Dion et Guillaume Lambert se rencontrent dans une pharmacie, dans une scène de la série « Like-moi ».

Marie-Soleil Dion et Guillaume Lambert dans « Like-moi ».

Photo : Télé-Québec / Julien Faugère

Pour son premier long métrage (en cours de montage), Scènes fortuites, l’acteur et auteur s’est donné une promotion en devenant également réalisateur. Il ne s’imaginait pas ne pas incarner le personnage central, un cinéaste qui n’arrive pas à faire son film.

Je ne suis pas prêt à ne pas être dans ce que je fais. J’aurais une certaine frustration à organiser une grande fête et à ne pas y aller. Je ne suis pas encore assez généreux (rires).

Guillaume Lambert

Outre sa face, l’acteur aime aussi faire une place à son patronyme, jusqu’à un spectacle carrément intitulé le Guillaume Lambert Show et des personnages souvent appelés… Guillaume Lambert. « C’est ridicule, il y en a au moins 15 sur mon CV », constate en riant le principal intéressé. Taquin, Marc Brunet en fait parfois de même quand il écrit les rôles incarnés par son acteur dans Like-moi!

Adib Alkhalidey, Guillaume Lambert et Philippe-Audrey Larrue St-Jacques, accoudés à un bar, en train de discuter, dans une scène de la série « Like-moi ».

Adib Alkhalidey, Guillaume Lambert et Philippe-Audrey Larrue St-Jacques dans « Like-moi».

Photo : Télé-Québec / Julien Faugère

La peur de l’étiquette

Satyriasis échappe de manière spectaculaire à la règle. Le « je » est partout, mais le personnage reste anonyme. Le sujet était-il trop brut pour assumer pleinement? L’intéressé assure que le livre est un mélange d’histoires, pas seulement la sienne. On le relance en lui soumettant l’hypothèse qu’un gars qui a grandi en région pourrait inconsciemment craindre le regard conservateur de certains devant ce genre d’œuvre explicite. « Qu’ils dealent avec, ça m’importe peu. S’ils ont un problème avec ça, je vais continuer à en parler », rétorque-t-il, catégorique.

Guillaume Lambert admet en revanche que l’intimité crue du roman comportait des risques, notamment celui d’être catalogué selon sa sexualité par les réalisateurs et les producteurs. Marc Brunet et Like-moi! sont heureusement passés par là, lui permettant de jouer des dizaines de rôles différents et de montrer sa polyvalence à ceux qui pouvaient en douter.

L’âge adulte lui fait un peu plus encore, si besoin était, brûler les étiquettes. Alors qu'Alex, fiancé à la blonde parfaite, se retrouve dans le bras d’un infirmier, Tom tombe amoureux de celle qui devait porter son enfant, au grand dam de son compagnon. Et c’est finalement le meilleur ami hétérosexuel, chef de chantier, qui est le plus fervent défenseur des droits LGBT.

S’il ne considère pas son écriture comme militante, Guillaume Lambert peut se targuer ici de contribuer à donner des coups de pioches dans les plafonds de verre. Tout en gardant les bonnes vieilles habitudes « égocentrico-sarcastiques ». Dans L’âge adulte, sa première scène est celle d’une masturbation avortée.

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