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Sécurité aérienne : le BST sonne l’alarme

Un avion atterrit à l'aéroport Pearson de Toronto.

Un avion atterrit à l'aéroport Pearson de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Plus d'une cinquantaine de recommandations du Bureau de la sécurité des transports (BST) n'ont toujours pas été mises en œuvre par Transports Canada.

Un texte de Marc Godbout

Entre-temps, des risques pour la sécurité perdurent, et la lenteur à réagir du ministère en dérange plusieurs.

C'est le cas de Valérie Lord, qui avait 15 ans quand l’Airbus d’Air France dans lequel elle voyageait a raté son atterrissage à l’aéroport Pearson de Toronto en août 2005. Une pluie diluvienne s’abattait alors sur la piste, et l’avion a terminé sa course dans un ravin.

Si les 309 personnes à bord ont miraculeusement survécu, l’accident a soulevé plusieurs questions entourant les risques de sorties d’avions en bout de piste.

Douze ans plus tard, Valérie Lord s’étonne que peu de choses aient changé dans la plupart des aéroports canadiens.

Valérie LordAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Valérie Lord

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Après l'accident, le BST avait recommandé à Transports Canada que les pistes des grands aéroports canadiens disposent d’aires de sécurité supplémentaires de 300 mètres à chaque extrémité, comme le suggère l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

 

Cette recommandation-clé n’a toujours pas été adoptée par Transports Canada, même si plus d’une centaine de sorties en bout de piste sont survenues depuis 10 ans au pays.

Le Canada n'est pas conforme à la norme internationale en ce moment, et on croit que le risque est trop grand pour les passagers.

Une citation de : Kathy Fox, présidente du BST

Seuls trois aéroports au pays disposent d’aires de sécurité de 300 mètres aux extrémités des pistes : ceux d’Ottawa, de Montréal et de Vancouver. Pourtant, 97 % des grands aéroports américains sont conformes aux pratiques recommandées par l’OACI.

Résistance des aéroports, influence des lobbys?

Transports Canada se penche sur la question depuis des années, mais la réglementation tarde à venir. Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, est incapable de dire quand elle sera présentée.

Quand le BST fait une recommandation et qu’on met en place un règlement, ça peut impliquer des coûts, et je dis simplement que c’est un des facteurs qui doit être pris en considération.

Une citation de : Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

Les aires de sécurité à l'extrémité des pistes pourraient représenter des dépenses de plusieurs dizaines de millions de dollars. Transports Canada cède-t-il aux pressions des aéroports? La réponse de Marc Garneau est catégorique : « Absolument pas, absolument pas, c’est la sécurité qui prime. »

Signe que le sujet est sensible, ni le Conseil des aéroports du Canada ni l’aéroport Pearson n’ont voulu aborder la question en entrevue.

Valérie Lord, passagère du vol 358 d’Air France, est depuis devenue avocate.

Elle n’arrive pas à comprendre pourquoi rien n’a bougé : « C’est un peu difficile à croire. Ils savent que quelque chose doit être fait, puis ils agissent comme s'ils l’ignoraient. C’est de la négligence! » dit-elle.

52 recommandations... et toujours rien

La réalité est que l’enjeu des aires de sécurité d’extrémité de pistes n’est qu’une des 52 recommandations du BST que Transports Canada tarde à appliquer.

Près d’une quarantaine touchent le secteur aérien. Certaines ont été faites il y a plus de 10 ans, d’autres, il y a plus de 20 ans.

 

La présidente du BST, Kathy Fox, ne s’en cache pas : le temps est venu pour l'organisme qu'elle dirige d’attirer l’attention sur ce qui se passe ou plutôt sur ce qui ne se passe pas.

« Les enjeux qui restent créent des risques tous les jours. Il va y avoir d’autres accidents, d’autres dommages aux avions, d’autres blessures aux passagers, ou pire, des décès. Il faut agir », dit-elle.

Le Canada perd du terrain

Les délais font en sorte que le Canada a pris du retard par rapport à certaines normes internationales, constate le BST, qui n’est pas le seul à s’inquiéter.

Daniel Cadieux, responsable du dossier de la sécurité à l’Association des pilotes d’Air Canada, soutient que des investissements sont nécessaires. « Nous, ce qu’on voit côté pistes, c’est qu’on prend du retard par rapport aux normes mondiales, dit-il. Il suffit d’aller aux États-Unis, en Europe ou en Asie [pour constater que] l'écart grandit de plus en plus. »

Cependant, le ministre Marc Garneau insiste : « Il faut aussi se rappeler que beaucoup de recommandations émanant du BST sont mises en place sans questions, et rapidement. Dans certains cas, oui, je l’admets, ça prend un certain temps. »

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