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Le Québec salue « Notre-Dame-du-Théâtre », Janine Sutto

« Quelqu'un parmi vous » avec Janine Sutto en Benoît Girard en 1963.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Radio-Canada

La fille de Janine Sutto, Mireille Deyglun, se souviendra toujours d'elle comme d'une mère particulièrement dévouée pour sa soeur Catherine et comme d'une grand-mère extraordinaire.

« Janine est devenue une comédienne que tout le monde a aimée. Et même, encore aujourd’hui, il y a des personnes de toutes sortes de nationalités qui me disent : "J’ai appris à parler français en écoutant Symphorien et votre mère a été un exemple pour nous d’intégration" », a relaté Mme Deyglun.

Elle a confié que sa mère était très heureuse de son métier et de la notoriété qui en découlait. « Plus jeune, quand je magasinais avec elle ou que j’étais au restaurant, elle signait parfois des autographes sur le bras des gens. C’était complètement fou. Les gens l’aimaient beaucoup, lui disaient avec beaucoup de respect. C’est formidable. »

Elle a également raconté que sa mère aimait tous les publics, que ce soit celui d'un théâtre prestigieux ou celui d’un théâtre d’été. « On fait du théâtre pour les gens. Soyons simples, soyons humbles et donnons-nous. C’est ce qu’elle a fait toute sa vie », a dit Mireille Deyglun.

À lire aussi : Janine Sutto s'éteint

Mais au-delà du théâtre, Mireille Deyglun se souviendra toujours du rôle qu'a joué sa mère auprès de ses petits-enfants et de son dévouement pour sa soeur jumelle Catherine Deyglun, qui était trisomique et qui est aujourd'hui décédée.

Elle a été une grand-mère extraordinaire. Je pense qu’elle s’est reprise un petit peu parce qu’elle n’avait pas le temps d’être une mère.

Mireille Deyglun, actrice et fille de Janine Sutto

Le gendre de Mme Sutto, Jean-François Lépine, a également souligné le dévouement de Mme Sutto envers sa famille. Il a rappelé notamment qu’elle a tenu à s'occuper de sa fille trisomique, Catherine, jusqu’à l’âge de 88 ans, jusqu’à l’épuisement. Elle ne s’est résignée à la confier à une institution qu’au moment où elle est devenue incapable d'en prendre soin.

« Elle a témoigné du même amour pour ses petits-enfants », a poursuivi M. Lépine. « Ça a été une grand-mère que l’on appelait "nonna" parce qu’elle est d’origine italienne. Ça a été une grand-mère exceptionnelle aussi », a-t-il ajouté.

Mme Deyglun a par ailleurs rappelé que la vie de sa mère n’a pas toujours été un conte de fées. « Ça a été une vie difficile, il faut le dire parce que les gens ne voient que le beau côté des choses, mais ça a été une vie difficile, une vie privée pas facile, mais elle était entourée d’amour », a-t-elle confié.

Mireille Deyglun se souvient de Janine Sutto

Les derniers instants

Entrée aux soins palliatifs vendredi dernier, Mme Sutto est morte « entourée de siens, de ses petits-enfants, de moi, de mon mari, des amis qui sont venus la voir jusqu’à la fin », a confié Mireille Deyglun.

J’ai dormi avec elle et à un moment donné je me suis aperçu qu’elle était partie. Elle était toute chaude, toute sereine. Elle est partie en douceur.

Mireille Deyglun, actrice et fille de Janine Sutto

« Elle est allée vraiment au bout d’elle-même, a-t-elle poursuivi. Je peux dire qu’elle s’est accrochée. Cette nuit, je lui ai vraiment dit qu’il fallait qu’elle parte parce que c’était trop et qu’il fallait qu’elle se repose. Elle se repose bien maintenant. »

Questionnée sur le secret de sa longévité, sa fille explique, un sourire dans la voix, qu’« elle a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire et elle est décédée à 95 ans ».

L'hommage du TNM

Le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) a rendu hommage mardi soir à Janine Sutto, peu avant la représentation de la pièce Caligula d'Albert Camus. La directrice du théâtre, Lorraine Pintal, a notamment relaté que Janine Sutto avait son fauteuil bien à elle au TNM. « La plus grande joie que nous ressentons, c’est d’avoir profité de cette femme toujours vivante, toujours présente, pour lui dire qu’elle était une fondatrice du TNM et que pour elle, ce fauteuil allait exister pour l’éternité », a-t-elle dit.

Une minute de silence a été observée après la brève allocution.

Michel Tremblay, dramaturge et auteur

« Elle était là à la première lecture publique [de la pièce Les belles-sœurs]. C’était assez impressionnant, pour les jeunes qu['André] Brassard et moi étions, de voir toutes ces actrices-là qu’on admirait depuis toujours accepter de lire cette pièce-là. Janine avait été absolument formidable. »

Béatrice Picard, comédienne

« Avec Janine, on s’entendait très très bien, plus particulièrement vers la fin de notre vie. Je me rappelle, au tout début, quand je la voyais - parce que Janine est une personne très franche, très directe - des fois, je jouais au théâtre et […] quand elle n’aimait pas les choses… et là elle passait devant la loge comme si elle ne vous avait pas vu. […] Et c’est ce que je trouvais d’admirable chez cette femme, c’est qu’elle était tellement franche, directe, on savait toujours à quoi s’en tenir avec elle. »

Monique Miller, actrice

« J’ai connu Janine, j’avais 11 ans. Je jouais à la radio, beaucoup. C’était un peu comme ma jeune mère ou ma grande sœur. »

Andrée Lachapelle, actrice

« Je l’écoutais à la radio quand j’étais une petite fille. […] Lorsque j’ai commencé à faire de la télévision, elle nous effrayait souvent, Janine, parce qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche. Quand elle n’aimait pas quelque chose, on le savait, elle était quand même toujours très juste avec nous. Quand elle nous aimait, c’était incroyable tout ce qu’elle pouvait faire pour nous. »

Guylaine Tremblay, comédienne

« Janine avait un tel respect pour les œuvres qu’elle jouait, elle avait un tel respect pour le théâtre, pour le travail des acteurs et des metteurs en scène, qu’elle voulait que le show reste aussi bon de la première à la dernière représentation. [La comédie musicale] Belles-Sœurs, on l’a joué 100-150 fois, des fois elle disait : "ce soir, c’était un petit peu mou, les petites filles, demain on va être mieux. »

René-Richard Cyr, metteur en scène

« Elle aimait, elle donnait, mais elle aimait aussi beaucoup recevoir [...]. Comme metteur en scène, quand on lui proposait quelque chose, elle acceptait d'emblée. Elle a réussi à rester jeune très longtemps. C'était quelqu'un d'intelligent, qui reconnaissait l'intelligence des gens autour d'elle. »

Lorraine Pintal, directrice artistique du TNM

« Grâce à elle, [le théâtre] est beaucoup plus démocratisé. Parce que comme elle n’avait pas peur de s’adresser au grand public, très populaire, elle a amené des gens au théâtre qui probablement n’aurait jamais mis les pieds au théâtre, simplement parce qu’elle était sur une scène. »

André Robitaille, animateur et comédien

« J’oserais penser simplement qu’elle est là, alors ce n’est pas perdu. Mais on a perdu son rire, son regard, son commentaire franc et son amour pour le public. Elle le verbalisait, elle le disait souvent. C’est ce son-là qu’on n’aura plus, mais dans nos cœurs, c’est inscrit. »

Serge Denoncourt, metteur en scène

« Elle a apporté une présence continuelle sur une soixantaine d’années. Quand elle a commencé Janine, tout comme Monique Miller, il n’y en avait pas de théâtre au Québec, de théâtre professionnel. Ces gens-là ont vraiment construit la scène professionnelle au Québec. Alors, c’est immense. »

Une murale rendant hommage à la comédienne Janine Sutto, dans l'arrondissement de Ville-Marie, à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une murale rendant hommage à la comédienne Janine Sutto, dans l'arrondissement de Ville-Marie, à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Montréal en deuil

Visiblement ému, le maire de Montréal, Denis Coderre, a rendu hommage à celle qui était devenue, en avril 2015, citoyenne d’honneur de la ville.

« Gilles Latulippe l’appelait Notre-Dame-du-Théâtre, ce n’est pas pour rien. C’est quelqu’un qui a démocratisé la culture, c’est quelqu’un qui a donné beaucoup de chances aux jeunes », a souligné le maire Coderre.

Dans les trois dernières années, je la voyais à plusieurs premières. Je disais, un peu à la blague, que j’ai l’impression de perdre ma date aujourd’hui.

Denis Coderre, maire de Montréal

M. Coderre a également rappelé l’implication de Janine Sutto pour « célébrer la différence » et parler de déficience intellectuelle, au nom de sa fille Catherine.

Le maire a évoqué la possibilité d’une reconnaissance toponymique pour Mme Sutto.

Les drapeaux de la ville de Montréal ont été mis en berne à la mémoire de Mme Sutto. Le conseil municipal a aussi observé une minute de silence à l'ouverture de sa séance, mardi.

Luc Fortin, ministre de la Culture

« J’ai eu la chance de la rencontrer. On voyait toute sa passion pour son métier, toute sa passion pour la culture québécoise. J’espère qu’on va préserver ce legs-là encore longtemps, ici au Québec. »

Philippe Couillard, premier ministre

« Je me souviens d’elle, d’une part, dans Les Beaux Dimanches, où elle était souvent dans des pièces de téléthéâtre. Cela a éveillé l’intérêt de beaucoup de Québécois pour le théâtre […]. Une belle, grande dame de notre culture. »

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« Elle a fait partie de nos vies. Ce qui était extraordinaire, c’est qu’à la fois, elle pouvait faire de la comédie populaire, comme dans Symphorien, et être complètement loufoque et accessible, et c’était une grande dame du théâtre. Elle avait une capacité d’habiter des personnages très différents, d’avoir des sensibilités qui allaient du bas en haut de l’échelle sociale. »

Claire Samson, députée de la Coalition avenir Québec, qui a travaillé dans l'industrie de la télévision

« C’est une grande, une dame d’un professionnalisme extraordinaire, une inspiration pour beaucoup de jeunes. […] Elle s’adressait à vous et à moi, au premier ministre et au médecin, de la même façon. Si on voulait son opinion, on la demandait, si on ne la voulait pas, on ne la demandait pas, parce qu’on l’avait. […] Une dame déterminée, décidée, qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. »

Marguerite Blais, ex-ministre libérale responsable des Aînés

« Ma très belle Janine qui fut aussi marraine [chez Baluchon Alzheimer]. Condoléances à la famille, amis. »

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