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Compte à rebours vers la légalisation du cannabis : un an pour se parler

Une feuille de cannabis sur un fond beige
Une feuille de cannabis Photo: iStock

L'imaginaire de toute une génération a été marqué par les scénarios utilisés par les policiers invités dans les écoles pour sensibiliser les élèves aux dangers de la marijuana. Accepter un joint dans une fête serait le premier pas vers une longue descente dans l'enfer des stupéfiants, qui se terminerait probablement par l'usage de drogues dures, leur disait-on. Les yeux ronds, les enfants se promettaient de ne jamais toucher au pot... souvent pour mieux changer d'idée quelques années plus tard.

Une analyse de Fannie Olivier

Alors que la légalisation du cannabis est imminente, c’est tout le système de prévention qu’il faut repenser.

En fait, il y a tant d’aspects à repenser – et à négocier – que le gouvernement n’aura pas trop d’un an et des poussières pour mettre la touche finale à son plan avant qu’ouvrent les premiers points de distribution de marijuana récréative légale.

Le projet de loi qui devrait être déposé le mois prochain permettra de connaître une bonne partie des détails du plan libéral. Selon nos informations, il sera grandement calqué sur les recommandations du groupe de travail présidé par l’ex-ministre Anne McLellan.

Dans son rapport déposé en novembre, le groupe recommandait de fixer l’âge minimal pour l’achat du cannabis à 18 ans. Il proposait aussi de permettre aux ménages de cultiver jusqu’à quatre plants. Le produit devrait être taxé en fonction de la teneur en THC, et des sommes importantes devront être consacrées à la prévention.

Et surtout, y lisait-on, la collaboration entre les différents ordres de gouvernement, les experts et les intervenants sera « essentielle pour le succès du nouveau système ».

Provinces craintives

Le dossier rend les provinces nerveuses, car elles craignent de devoir ramasser les pots cassés par le fédéral. Le ministre québécois de la Santé Gaétan Barrette semble d’ailleurs trouver bien lourd le fardeau qu'Ottawa impose aux provinces en allant de l’avant avec sa promesse de légaliser la marijuana.

« Évidemment que le gouvernement fédéral, là comme ailleurs, va mettre en place une loi, des règles, et que toute la responsabilité et tous les problèmes qui vont venir avec vont être sous la responsabilité des provinces. Ça va ouvrir de nouveaux débats », a lancé M. Barrette, lundi.

Le travail des provinces sera de deux ordres. Il sera d’abord logistique : organiser les points de vente, s’assurer qu’ils soient loin des écoles ou des parcs, consulter la population pour éviter autant que possible les frictions. Les provinces devront également s’arrimer les unes aux autres pour éviter de trop grandes disparités.

Mais une pression supplémentaire pèsera aussi sur les systèmes de soins de santé. Ceux-ci auront à gérer la transition en s’assurant que les problèmes de toxicomanie ou de tabagisme dans leur population ne seront pas amplifiés.

Malgré ces défis, le gouvernement de Justin Trudeau n’avait pas tellement le choix d’aller de l’avant avec cette promesse-clé de sa campagne électorale de 2015. C’est qu’une autre promesse phare – réformer le mode de scrutin – est officiellement morte et enterrée.

En s'engageant à légaliser la marijuana et à changer le mode de scrutin, les libéraux ont chassé sur des terres qui ne leur étaient pas automatiquement acquises : la frange plus à gauche de la population et les jeunes. L’électorat déçu peut passer l’éponge une fois sur une promesse brisée, mais peut-être pas deux...

Échéancier serré

L'objectif du gouvernement Trudeau d'une légalisation effective dès le 1er juillet 2018 est ambitieux. Il devra faire adopter son projet de loi en Chambre, mais aussi au Sénat, dont la majorité est désormais indépendante – et donc, difficilement prévisible.

Puis viendra l'étape non moins ardue de l'étroite collaboration avec les provinces pour que celles-ci embarquent de bon gré dans le projet. Les ordres de gouvernement devront trimer dur pour ficeler, ensemble, un plan de prévention et de sensibilisation contre les méfaits de la marijuana.

Car si faire peur aux enfants n'est plus dans l'air du temps, il faut néanmoins leur donner l'heure juste sur les dangers réels de la substance.

Pour arriver à des résultats, fédéral et provincial devront travailler dans le même sens, sur la même planche à dessin. L'enjeu – la santé des jeunes, et aussi des moins jeunes – mérite qu'on laisse de côté, du moins pour un temps, les bisbilles qui enveniment souvent les relations entre ordres de gouvernement.

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