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Apprendre le français en travaillant

Apprendre le français tout en travaillant

Une expérience inédite se déroule actuellement dans l'arrondissement Côte-des-Neiges, où des commerçants apprennent les rudiments du français dans leur magasin ou restaurant, autrement dit au boulot. Ils ont trois mois pour le faire.

Un texte de Maxime Bertrand

Il s'agit d'une initiative organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et financée par le gouvernement du Québec.

Franciser la tour de Babel

Côte-des-Neiges est le quartier le plus populeux de Montréal. Sa très forte diversité ethnique en fait une véritable tour de Babel.

Pas étonnant, donc, que la Chambre de commerce du Montréal métropolitain y ait vu un endroit propice au lancement d’un projet pilote novateur : la francisation sur les lieux de travail.

Une trentaine de commerçants de Côte-des-Neiges, qui viennent entre autres de la Chine, du Pakistan, de la Jamaïque, de l’Inde, de la Corée et de la Turquie, ont accepté de se prêter au jeu.

Leur objectif : maîtriser les rudiments de la langue française en quelques semaines.

C’est le cas de Li Xin, le propriétaire du dépanneur Marché Bon Fruit. Il étudie le français avec son professeur tous les lundis après-midi.

Il reste tout près de la caisse enregistreuse afin de pouvoir continuer à servir les clients qui entrent dans son magasin à l’occasion.

Son français est encore un peu hésitant, mais il montre de l’enthousiasme.

Euh... ça va, oui, maintenant, je parler un peu à mon client […] C’est bien pour mon business.

Li Xin, propriétaire du dépanneur Marché Bon Fruit

À ses côtés, sa professeure, Amélia Manolescu, acquiesce. « Ça va bien. Moi, je trouve que ça va bien. Il y a eu, à mon sens, un petit déclic dernièrement, en fait, parce que je vois davantage d'aisance », dit-elle.

Amélia fait partie de la vingtaine d’étudiants de l’Université de Montréal qui participent à l'initiative. « Ça permet de vraiment suivre l'évolution de l'étudiant de façon très fine, en fait, avec des éléments très précis et très personnalisés aussi », constate-t-elle

Conciliation travail-étude

Selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, aucune offre de francisation ne répondait aux besoins des nombreuses petites entreprises de Côte-des-Neiges.

« Combattre un certain préjugé qui s'est peut-être développé à l'effet que les immigrants ne voulaient pas apprendre le français. La réalité, c'est que les immigrants veulent apprendre le français. Ils viennent au Québec et ils le savent très rapidement que ça se passe en français, mais ils doivent gagner leur vie », soutient Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

C'est pourquoi la Chambre de commerce s'est alliée à l'Université de Montréal.

« L'Université est dans un quartier qui est Côte-des-Neiges et, donc, il est important que l'Université participe à la vie de son quartier. Je pense que ce projet-là en est une illustration, une très belle illustration […] C'est l'Université qui sort de ses murs pour aller à la rencontre des citoyens, de ces concitoyens, finalement », affirme Monique Cormier, vice-rectrice associée à la langue française et à la Francophonie et directrice du Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie à l'Université de Montréal.

L'expérience de Côte-des-Neiges tire à sa fin et sera évaluée au terme de ce mois. Elle pourrait être renouvelée et même tentée dans d'autres quartiers.

Grand Montréal

Société