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Quand des enfants agressent sexuellement d’autres enfants

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet
Radio-Canada

EXCLUSIF - Marie (nom fictif) se réveille souvent la nuit en hurlant des paroles incompréhensibles. La fillette de 5 ans a été agressée sexuellement en décembre dernier par un garçon de deux ans son aîné dans les toilettes de son école. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'histoire de Marie est loin d'être un cas isolé, disent des intervenants du milieu de la santé.

Les parents de Marie ont été dévastés lorsqu’elle leur a raconté comment le garçon l’a suivie dans la toilette avant de la projeter contre le sol et de baisser son pantalon et sa culotte.

« Après ça, il lui a donné des coups de pied et lui a tiré les cheveux », raconte la mère de la fillette, qui a requis l’anonymat.

Marie a ensuite été sauvagement agressée sexuellement. Radio-Canada a choisi de ne pas divulguer les détails de son agression par respect pour les différentes personnes impliquées.

Depuis son agression, Marie a du mal à s’endormir et lorsqu’elle y parvient finalement, explique sa mère, elle se réveille en hurlant quelques heures plus tard.

Des histoires comme celle de Marie sont plus fréquentes que l’on croit. À l’hôpital Sainte-Justine, les professionnels doivent gérer en moyenne, annuellement, une dizaine de cas d’agressions sexuelles commises sur des enfants de moins de 12 ans commises par des enfants du même groupe d’âge.

Et ces chiffres sont sensiblement les mêmes du côté de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

« Les jeunes enfants ne vont pas inventer une histoire d’abus sexuel », affirme Franziska Baltzer, pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

« Pour moi, quand c’est des enfants qui agressent d’autres enfants, c’est parce qu’ils ont appris ce comportement quelque part », précise-t-elle.

Je pars tout de suite du principe – jusqu’à preuve du contraire – que l’enfant agresseur est aussi une victime.

Franziska Baltzer, pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Des questions en suspens

Dans le cas de Marie, plusieurs questions restent toujours en suspens. Ses parents ont cherché à obtenir plus d’information sur les circonstances de l’agression auprès de la Direction de la protection de la jeunesse, de la commission scolaire et de la direction de l’école, située sur la Rive-Sud – en vain.

« Un des hics dans toute cette situation, c’est que la protection de la jeunesse, avec la loi sur la confidentialité, n’est pas obligée de nous donner des informations », explique Franziska Baltzer.

La loi stipule qu’un enfant de moins de 12 ans qui a un comportement agressif ne peut pas faire l’objet d’une enquête criminelle.

Et l’expulsion de l’enfant fautif? Ce n’est pas non plus une solution, croit Laura El-Hachem, travailleuse sociale à la Fondation Marie-Vincent, un organisme qui vient en aide aux enfants et aux adolescents victimes de violence sexuelle.

« D’abord et avant tout, ces enfants devraient être évalués pour savoir ce qui les a amenés à avoir ces comportements problématiques là et recevoir des services », précise la travailleuse sociale.

Les parents de Marie auraient souhaité que l’agresseur de leur fille soit au moins envoyé dans une autre école. Ils se sont toutefois heurtés à un refus et se sont sentis dans l’obligation d’agir par eux-mêmes, en retirant leur enfant de cet environnement.

Depuis, un sentiment d’injustice les habite.

« Ce n’était pas à nous de changer notre fille d’école. Les intervenants à qui nous avons parlé nous disent qu’il y a un problème dans les écoles et qu’on n’est pas les seuls à vivre ça », se désole la mère de Marie.

La commission scolaire qui chapeaute l’école où allait Marie a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada.

Les responsables ont toutefois réagi par courriel en soutenant que « tout avait été mis en place afin d’assurer la sécurité des enfants concernés et celle de l’ensemble des élèves de l’école ».

D'après le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Grand Montréal

Société