•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’expérimentation sur l’animal : nécessaire, hélas

Un chercheur tient un rongeur blanc dans un laboratoire.

Un chercheur tient un rat blanc dans un laboratoire.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Le réseau de télévision CTV a présenté, il y a quelques jours, un dossier-choc montrant des traitements brutaux envers des animaux de laboratoire dans un établissement privé situé en banlieue de Montréal, ITR Laboratories Canada. Le dossier de CTV s'intitulait « In the Name of Science » (« Au nom de la science »).

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les années lumière

Les images avaient été filmées à l'aide d'une caméra cachée par une personne qui s’était fait embaucher comme employée, mais qui était en fait envoyée par un groupe de défense des animaux, Last Chance for Animals (LCA).

De ses quatre mois d'infiltration, la personne en question avait rapporté plusieurs minutes d’images choquantes, difficiles à regarder, accusatrices : des chiens frappés pour les forcer à porter un masque d’inhalation, un porc avec une large brûlure sur le dos, des singes en contention, des animaux toujours en cage. La bande sonore accompagnant ces images était tout aussi pénible à écouter, puisqu’on entendait les cris incessants des animaux.

De telles pratiques sont évidemment à proscrire, c’est indiscutable. Mais les images présentées dans le reportage de CTV reflètent-elles les pratiques courantes du laboratoire incriminé? Dans un communiqué, ITR soutient que non. L'entreprise affirme aussi qu’elle a une tolérance zéro envers ce type de comportement chez ses employés. Le Conseil canadien de protection des animaux (CCPA), chargé de la surveillance du traitement des animaux de laboratoire, va vérifier ce qu’il en est exactement. On attendra ses conclusions.

La question soulevée par ce genre de reportage, qui n’est pas le premier, n’est pas seulement celle de la cruauté de certains traitements subis par les animaux de laboratoire. Généralement, les pratiques sont encadrées par des normes visant d’une part à assurer le bien-être des animaux, et d’autre part à limiter le plus possible les douleurs qu’ils peuvent ressentir à cause de ces expériences. Des pratiques cruelles, entraînant des souffrances indues, sont interdites.

Le blogue de Yanick Villedieu  

Mais ce que veulent les défenseurs des animaux, avec un reportage comme celui de CTV, c’est remettre en cause la légitimité même de l’utilisation d’animaux à des fins de recherche. Ce qu’ils suggèrent, en employant de telles images, c’est que tous les animaux de laboratoire sont traités avec violence et cruauté. Ils prétendent aussi que, de toute façon, ces expériences sont inutiles, notamment parce qu’elles ne permettraient pas de savoir avec exactitude comment l’organisme humain réagira en présence de substances testées sur des organismes non humains.

Malheureusement, ces affirmations ne sont pas fondées. Ce n’est pas vrai que tous les animaux de laboratoire subissent des préjudices comme ceux qu’on voit dans le reportage de CTV. Soit dit en passant, ce n’est pas vrai non plus que les animaux aussi attachants que les chiens, les chats et les primates non humains sont le pain quotidien de la recherche : à elles trois, ces catégories comptent pour 0,5 % des animaux utilisés dans les laboratoires certifiés par le CCPA, alors que souris, poissons et rats comptent pour près de 80 % du total.

Ce qui n’est pas vrai non plus, c’est qu’on puisse se passer de toute expérimentation sur l’animal pour mettre au point des médicaments contre les maladies qui nous affligent ou nous tuent. Diabète, cancer, maladies infectieuses et dégénératives, vaccins : l’histoire de la médecine déborde d’exemples qui le prouvent à souhait. Car on peut tester des molécules sur des cellules ou sur des tissus cultivés en laboratoire. On peut aussi effectuer certains essais sur des organes. Mais, veut, veut pas, il faut à un moment donné passer à l’organisme entier, puisqu’un médicament destiné à agir sur une partie de l’organisme, ou sur un système biologique en particulier, peut avoir des effets sur d’autres parties de l’organisme ou sur d’autres systèmes biologiques.

L’expérimentation sur l’animal à des fins de recherche médicale est peut-être un mal, aux yeux de certains. Sans doute aussi qu’il faudrait donner plus de mordant aux règles qui encadrent les expériences, et plus de crocs à un organisme de réglementation et d’inspection comme le Conseil canadien de protection des animaux.

Mais tant qu’on n’aura pas trouvé mieux, l’expérimentation sur l’animal restera un mal nécessaire. Hélas.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Science