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Qui génère le plus de déchets électroniques? La réponse en cartes

Radio-Canada

L'ONU estime qu'entre 20 et 50 millions de tonnes d'articles électroniques ou électriques sont jetés chaque année. Si une portion est recyclée ou récupérée, des montagnes de téléphones, de télévisions et de tablettes continuent de s'accumuler dans des dépotoirs. Mais qui est responsable de tous ces déchets?

Un texte Mélanie Meloche-Holubowski

Le Canada, les États-Unis, l’Australie et plusieurs pays européens produisent plus de 20 kg de déchets électroniques par personne par année.

 
 

Globalement, c’est l’Asie qui en produit le plus. La Chine en génère 6,1 millions de tonnes par année; les États-Unis, 7,2 millions.

Individuellement, les Chinois et les Indiens génèrent moins de 5 kg de déchets électroniques par année, mais la demande de nouvelles technologies est en forte hausse dans ces pays densément peuplés.

Selon un rapport de l’Université des Nations unies, la quantité de déchets électroniques jetés en Asie du Sud-est et du Sud-ouest a augmenté de 63 % entre 2010 et 2015. Ces pays ont produit 12,3 millions de tonnes de déchets électroniques – soit 95 fois le poids de la tour CN.

Pile de centaines de machines à laver le linge dans la cour d'une usine de recyclageLes pays d'Asie, notamment la Chine, produisent de plus en plus de déchets électroniques, conséquence directe de la hausse du niveau de vie dans cette région du globe. Photo : AFP

Un problème difficile à quantifier

Josh Lepawsky, professeur au département de géographie à l’Université Memorial et expert en déchets électroniques, tient à préciser que ces chiffres ne sont que des estimations.

Il explique que peu d’études ont été faites pour quantifier précisément l’ampleur du problème. Par ailleurs, les critères pour définir ce qu’est un déchet électronique diffèrent de pays en pays.

De plus, ces statistiques ne tiennent pas compte des objets obsolètes qui n’ont pas encore été envoyés au dépotoir. Le Canadien moyen a au moins 20 articles électroniques désuets dans sa maison.

« On a tous un bac avec de vieux téléphones, un vieil ordinateur qu’on ne veut pas jeter », explique Cynthia Morinville, doctorante au Département de géographie et d’urbanisme de l'Université de Toronto, qui fait des recherches sur les travailleurs qui interagissent avec les déchets électroniques.

 

Enfin, si les appareils électroniques sont plus petits, leur quantité est de plus en plus importante.

« Est-ce que nos premières données étaient surévaluées? Est-ce que la situation s’est améliorée? On ne peut pas vraiment le dire avec certitude », affirme M. Lepawsky, qui ajoute qu’une chose est certaine : « La quantité de déchets électroniques continue d’augmenter. »

Où vont ces déchets?

Il y a quelques années, un rapport de l’organisme Basel Action Network estimait qu’entre 50 et 80 % des déchets électroniques étaient exportés vers des pays en développement. Après de meilleures analyses, ce chiffre a depuis été révisé à la baisse (25 %).

Le Canada, qui a signé la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, ne peut pas exporter de déchets électroniques vers des pays en développement.

Par contre, il n’y a pas de façon de savoir si les déchets provenant du Canada et envoyés aux États-Unis (qui n’ont pas ratifié cette convention) sont ensuite exportés vers des pays en développement.

Au Canada, seulement 5 des 20 kg de déchets électroniques produits par personne par année sont recyclés, selon Recyclage des produits électroniques Canada.

M. Lepawsky croit que peu importe où les déchets sont envoyés, une question fondamentale demeure : à qui appartiennent tous ces déchets?

Si un appareil est conçu en Californie, fabriqué en Chine, puis consommé au Canada, qui est responsable du déchet? Nous sommes tous responsables.

Josh Lepawsky, Université Memorial

Les déchets, une mine d’or empoisonnée

Une travailleuse démantèle des lecteurs CD dans un entrepôt de Guiyu en Chine. Une travailleuse démantèle des lecteurs CD dans un entrepôt de Guiyu en Chine. Photo : Reuters / Tyrone Siu

La Chine, le Nigeria, le Ghana, l’Inde et le Pakistan figurent parmi les pays qui reçoivent le plus de déchets électroniques, explique Mme Morinville.

Au début des années 2000, le Ghana a interdit l’exportation de déchets électroniques, dans l’espoir de réduire l’écart technologique avec les pays développés.

Le résultat : d’immenses cimetières technologiques, dont la banlieue d’Agbogbloshie, dont les images ont montré l’ampleur de la catastrophe environnementale de la technologie.

En Chine, la ville de Guiyu contient l’un des plus grands dépotoirs de déchets d'équipements électriques et électroniques sur terre. Jusqu’à 5000 personnes y travaillent et recyclent jusqu’à 15 000 tonnes de déchets par jour.

À Pékin, une femme sépare les pièces d'un air climatisé et est entouré de fils et de morceaux de plastique.À Pékin, une femme sépare les pièces d'un climatiseur. Photo : Reuters / Kim Kyung-Hoon

Les travailleurs, qui portent rarement des masques ou des gants, sont exposés à des produits chimiques et toxiques. Les rivières et terrains environnants sont contaminés. L’odeur du plastique brûlé est omniprésente. Les enfants qui y habitent ont des taux sanguins de mercure extrêmement élevés.

« Par exemple, les écrans de télévision plats sont maintenant assemblés avec de la colle. Ce qui veut dire qu’un travailleur ne peut plus simplement dévisser le tout pour en extraire des métaux. Le processus devient plus compliqué et plus dangereux », indique M. Lepawsky.

À Manille, des enfants extraient à la main les métaux précieux d’anciens ordinateurs et téléviseurs. À Manille, des enfants extraient à la main les métaux précieux d’anciens ordinateurs et téléviseurs. Photo : Reuters / Cheryl Ravelo

Toutefois, M. Lepawsky tient à rappeler que ces pays ont des taux de réutilisation et de recyclage élevés. « Les gens ont peu d’argent et trouvent tous les moyens pour réutiliser le plus des choses. Ces gens ont compris la valeur de ces déchets électroniques. »

D’ailleurs, l’industrie du démantèlement des appareils électroniques au Ghana est très lucrative, dit Mme Morinville. « Les travailleurs doivent gagner leur vie, même s’ils sont très au courant des effets nocifs sur leur santé. »

Lors d’un voyage au Ghana, elle dit avoir été surprise de constater à quel point ces travailleurs, souvent peu éduqués, ont des connaissances approfondies en chimie et en technologie.

Il ne faut pas oublier le service qu’ils offrent à la planète entière. Ils recyclent des déchets qu’on ne veut pas recycler.

Cynthia Morinville

Mais il n'y a pas que les recycleurs dans les pays en développement qui sont exposés à des produits dangereux. Des études ont démontré que des travailleurs des usines de récupération certifiées aux États-Unis ont eux aussi été exposés à des niveaux élevés de mercure.

À la base, un problème de consommation

Plusieurs raisons expliquent la multiplication des déchets électroniques. Davantage de consommateurs ont plus facilement accès à des gadgets électroniques.

À la fin de 2016, deux tiers de la population mondiale détenaient un téléphone portable. D’ici 2020, les trois quarts de la population mondiale, soit 5,7 milliards de personnes, en auront un.

 
 

Ces objets deviennent obsolètes de plus en plus rapidement et sont rarement réparés.

On parle de recycler les déchets électroniques, mais on ne pense pas à ce qui se passe en aval.

Josh Lepawsky, professeur à l'Université Memorial

L’obsolescence est aussi problématique, selon Cynthia Morinville. « Lorsque j’ai commencé ma recherche il y a quatre ans, les gens gardaient leur ordinateur en moyenne cinq ans. Aujourd’hui, c’est plutôt deux ou trois ans. »

Oui, davantage de personnes apprennent à réparer leurs appareils, dit M. Lapawsky, « mais même si on allonge leur durée de vie, ils se retrouveront tous un jour au dépotoir. »

C’est pourquoi M. Lepawsky et Mme Morinville croient que les gouvernements doivent adopter des politiques plus sévères pour restreindre l’utilisation de produits dangereux dans la fabrication d’équipements électroniques et pour encourager leur réparation et leur réutilisation.

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