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Voici où finissent les lingettes et les condoms que vous jetez aux toilettes

Visite guidée dans les égouts de Montréal
Radio-Canada

Les lingettes, les condoms, les serviettes hygiéniques ou le fil dentaire que les Montréalais jettent dans les toilettes engendrent un casse-tête pour la Ville, car ces objets doivent systématiquement être retirés de l'eau des égouts à la station d'épuration.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Tous les chemins mènent à Rome, et tous les égouts de l’île de Montréal aboutissent à la station d'épuration Jean-R.-Marcotte. C’est en fait la troisième du monde en importance. Dans sa station de pompage se trouvent quatre puits dont la profondeur est égale à la hauteur d’un immeuble de 14 étages.

Une grue équipée d'un tamis récupère les gros déchets des égouts.Une grue équipée d'un tamis récupère les gros déchets des égouts. Photo : Radio-Canada / Philippe Dubois

Si vous avez tiré la chasse d'eau sur l’île de Montréal, l’eau a fini sa course dans l'un de ces quatre puits, qui sont le premier arrêt à la station d’épuration.

Pour le responsable de la Direction de l’épuration des eaux usées de la Ville de Montréal, Richard Fontaine, il faut que les Montréalais cessent de jeter de la nourriture, du fil dentaire, des lingettes, des produits d’hygiène féminine ou des condoms dans les toilettes.

« Il faut être conscient que la toilette ne doit servir que pour les excréments, l’urine et le papier hygiénique; les autres éléments ne devraient pas se retrouver à la toilette », précise M. Fontaine.

Le papier hygiénique normal va se désagréger, mais la litière de chat, les cure-oreilles, les serviettes sanitaires, ce ne sont pas des choses qui vont se désagréger avec le temps; il faut les enlever.

Richard Fontaine, responsable de la Direction de l’épuration des eaux usées de la Ville de Montréal

À en juger par les quantités de détritus que les équipes de la station d’épuration retirent tous les jours, beaucoup de Montréalais n'agissent pas comme le veut le directeur de la station d’épuration.

M. Fontaine demande aussi aux Montréalais de ne pas jeter de déchets dans la rue, car ceux-ci terminent leur course dans sa station d’épuration, au gré des précipitations et des chargements de neige.

« Ça ne disparaît pas, ça ne s’envole pas; nécessairement, ça va trouver son chemin dans le réseau d’égouts, et après ça, nous devons nous en occuper. C’est pour ça qu’il faut faire attention », dit-il. Résultat : les équipes de la Ville se relayent 24 heures sur 24 pour retirer les détritus que les Montréalais jettent sur la chaussée ou dans les toilettes.

Voici ce que nous avons vu dans l’eau lors de notre passage :

  • condoms;
  • lingettes;
  • fils dentaires;
  • cotons-tiges;
  • bouteilles d’eau;
  • contenants à café;
  • tampons hygiéniques;
  • bidons de lave-glace;
  • essieux de camion;
  • bouts de bois;
  • sacs de chips.
Richard Fontaine, le directeur de la station d'épuration, montre la boue produite une fois que les eaux usées sont nettoyées.Richard Fontaine (à droite), le directeur de la station d'épuration, montre la boue produite une fois que les eaux usées sont nettoyées. Photo : Radio-Canada / Philippe Dubois

Les lingettes jetables posent un problème particulier : beaucoup pensent à tort qu’elles vont se désintégrer dans l’eau comme le papier hygiénique. En réalité, une fois à l’égout, elles se gorgent de graisse et d’eau pour se transformer en masses visqueuses qu’il faut retirer à la station d’épuration.

Les plus gros déchets sont retirés des immenses puits par une grue équipée d’un tamis. Les plus petits résidus sont retirés de l’eau par des machines qui vont les compresser et les envoyer vers un gigantesque convoyeur.

Au bout du compte, 870 tonnes de déchets sont chargées dans des camions tous les ans à la station d’épuration.

Les déchets qu’on a vus, une fois qu’ils ont transité dans le réseau d’égouts, deviennent toxiques, donc ne sont plus utilisables.

Richard Fontaine, responsable de la Direction de l’épuration des eaux usées de la Ville de Montréal
Les choses à ne pas jeter dans les toilettes

En attendant l’usine d’ozonation

Ce ne sont pas que les plus gros déchets qui posent problème. De nombreux Montréalais jettent des médicaments dans les toilettes. Ceux-ci sont toxiques pour la faune et la flore et ne peuvent être traités à la station d’épuration. Leurs résidus finissent donc dans le fleuve.

Toutefois, cela va changer d’ici 2018, avec la construction de l’usine d’ozonation sur le site de la station d’épuration. « On va pouvoir traiter les bactéries, les virus et également éliminer les substances émergentes, les hormones, les médicaments. Ça va nous catapulter à un niveau de traitement de beaucoup supérieur à ce qu’on connaît », dit M. Fontaine.

Photo : Radio-Canada / Philippe Dubois

La station d'épuration Jean-R.-Marcotte en chiffres :

  • la troisième station d’épuration du monde en importance;
  • la première station de pompage du monde;
  • des fours y brûlent les boues à 840 degrés (la fumée est filtrée);
  • 860 tonnes de déchets sont retirées de l’eau des égouts chaque année.

Même si l’usine d’ozonation n’est pas encore prête, M. Fontaine estime que son usine est extrêmement performante. Ainsi, une fois l’eau brune débarrassée des détritus et d’une bonne partie des particules en suspension avant d’être rejetée dans le fleuve, il reste une boue brune et malléable qui est brûlée dans d’immenses fours à 840 degrés. La combustion produit seulement de la vapeur d’eau, car la fumée est filtrée. Les cendres des boues sont envoyées vers un site d’enfouissement. Tous les jours, la station produit plus de 800 tonnes de boue.

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