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À voir : Wapikoni, le bâtisseur de ponts

M. Théberge était de passage à Winnipeg dans le cadre d’une conférence sur l’administration publique.

Helen Faradji

Fondé en 2004, le studio ambulant Wapikoni sillonne les communautés autochtones pour former les jeunes à la création audio-visuelle. Plus de 4000 jeunes y sont passés, plus de 1000 films y ont été produits et on ne compte plus les prix internationaux qu'ils ont glanés. Une émission spéciale rend maintenant hommage à Wapikoni.

Jointe par téléphone à Gatineau, Sonia Bonspille-Boileau, qui a notamment été formatrice pour Wapikoni, ne cache pas son enthousiasme à avoir été approchée par Manon Barbeau et Radio-Canada pour réaliser cette émission spéciale, simplement intitulée Wapikoni.

« Ça fait longtemps que je voulais leur rendre hommage, raconte la jeune cinéaste d’origine mohawk. En 2011, lorsqu’ils ont perdu une importante subvention, j’avais réalisé un petit court-métrage pour les soutenir [Wapikoni toujours mobile, dans la série 8e Feu]. Mais lorsqu’on m’a appelée pour faire ce spécial de plus grande ampleur, j’ai tout de suite embarqué. D’autant qu’ils voulaient un format variété. Même si jusqu’ici je n’avais fait que de la fiction et du documentaire, je savais que ce format pourrait aider à mettre en valeur la musique, qui est un aspect de Wapikoni que l’on connaît peut être moins. »

Depuis 2004, le studio ambulant Wapikoni s’installe en effet dans différentes communautés, en compagnie de formateurs, pour aider les jeunes Autochtones à s’exprimer artistiquement, dans les domaines autant du cinéma que de la musique. C’est d’ailleurs Samian, passé par un de ces ateliers, qui part le bal de cette émission spéciale, en compagnie de Manon Barbeau, qui a été sa mentore et dont il ne cesse de louer l’engagement et la force.

Un jumelage

Toute l’émission est ainsi construite sur ce principe de l’échange et de la rencontre entre des artistes d’ici et des artistes issus du Wapikoni.

« Ce qui m’intéressait, raconte Sonia Bonspille-Boileau, c’était cette idée de construire des ponts, d’aller vers l’autre. J’ai donc proposé que Wapikoni soit fait sur ce même modèle et je dois dire que tout le monde a été très facile à convaincre! L’idée était de jumeler des gens qui me semblaient se rapprocher dans leurs approches artistiques, qui allaient pouvoir nourrir des conversations, comme Hugo Latulippe et Réal Junior Leblanc, qui tous deux ont une approche semblable du documentaire politique, par exemple. Ou Biz et Sipi Flamand, qui s’intéressent tous deux à la langue, au territoire, à l’identité culturelle. Ça a vraiment été des bons matchs! »

À travers ces rencontres et des performances musicales sensibles et dynamiques, c’est alors tout l’effet positif de Wapikoni qui est mis de l’avant dans cette émission.

Sonia Bonspille-Boileau

Sonia Bonspille-Boileau

Photo : Radio-Canada / Lisa Marie Noël

« Concrètement, les films qui sont faits via Wapikoni sont d’abord des outils pour montrer la culture, transmettre la langue. Mais ils sont aussi une source de fierté. On peut voir qu’ils ont une signature artistique distincte, unique, liée à notre identité. À la fin des escales, il y a toujours des projections organisées pour la communauté, et ce sont des moments très beaux où on sent vraiment tout cela », précise Sonia Bonspille-Boileau.

Une image différente des communautés

Une beauté que l’émission spéciale réalisée par Sonia Bonspille-Boileau, mise en scène avec soin et luminosité, incarne également.

« Pour moi, c’était important de mettre en valeur les communautés, plutôt que de faire ressortir le moins beau. On avait juste une journée de tournage par lieu, mais on voulait quand même en montrer la beauté. Pour les passages en studio, on voulait aussi que ce soit chaleureux, invitant et moderne, car on voulait bien montrer que les roulottes sont équipées à la fine pointe de la technologie. »

Wapikoni, mille productions plus tard

Mettre l’accent sur le beau, le positif, les progrès, c’est aussi ce qui semble sous-tendre le discours de la jeune réalisatrice.

« Depuis 2 ou 3 ans, je trouve que ça va mieux. Il y a plus de vitrines, de fonds dédiés spécifiquement aux artistes autochtones. Mais de 2004 à 2013, ce n’était pas évident. J’avais parfois l’impression qu’on se parlait seulement entre nous, ce qui pouvait conduire à un certain nombrilisme. Pour moi, ce n’est pas intéressant. Mais ça change. Et c’est important, car je ne crois pas que le portrait de note cinéma devrait être divisé entre cinéma québécois et cinéma autochtone. »

Après un formidable premier long, Le Dép, en 2015, Sonia Bonspille-Boileau entend bien elle aussi le montrer. « Je viens de finir l’écriture de mon prochain film. Ça m’a pris du temps, car c’est un sujet qui me tient à cœur : l’histoire d’une Mohawk de 16 ans qui disparaît et qui sera racontée à travers les yeux de sa petite sœur de 8 ans. C’est important, je crois, que l’on raconte nos histoires aussi à travers des fictions, pas juste des documentaires. »


Wapikoni sera diffusée jeudi à 20 h à ICI ARTV, samedi à 16 h sur ICI Radio-Canada Télé, et sera accessible à ICI TOU.TV.

 

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