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Budget structurel : sexy, n'est-ce pas?

Le premier ministre Justin Trudeau, à droite, serre la main au ministre des Finances, Bill Morneau, après avoir déposé le budget fédéral à la Chambre des communes mercredi.

Le premier ministre Justin Trudeau, à droite, serre la main au ministre des Finances, Bill Morneau, après avoir déposé le budget fédéral à la Chambre des communes mercredi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Gérald Fillion

Le deuxième budget de Bill Morneau est tout sauf un exercice facile, simple, agréable, digéré pour les journalistes, rédigé pour faire plaisir à tout le monde. Rien d'accrocheur, pas de grosses nouvelles, pas de « lead » comme on dit dans nos salles de rédaction. Pourtant, c'est un budget fondamental.

En fait, je dirais même que c'est un budget structurel. Ça y est, j'ai trouvé. C'est un budget structurel. C'est sexy, n'est-ce pas?

On cherchait mercredi midi dans le huis clos du budget à Ottawa, entre collègues, un mot pour qualifier ce budget. Transition, continuité, sans éclat, « plate », on a cherché sans trouver de formule satisfaisante et complète. Au final, peu de gens ont dit la même chose, certains s'intéressant au déficit, d'autres aux crédits d'impôt annulés pour le transport en commun ou encore à ce qui ne se trouvait pas dans le budget, comme la réforme de la fiscalité ou les détails sur la Banque de l'infrastructure.

Ça viendra plus tard dans l'année a dit le ministre Morneau, précisant, en entrevue à RDI économie, que l'annonce du lieu où se trouvera le siège de la Banque, à savoir Toronto ou Montréal, sera faite « dans deux à trois mois », donc avant l'été.

Virage économique structurel

Ce qu'il faut retenir du budget, c'est le virage que le gouvernement tente de faire prendre à l'économie en misant sur l'innovation et les compétences. Ces deux mots sonnent creux, je sais. Ils ont l’air fourre-tout. Pourtant, c'est très exactement ces deux mots qui doivent jaillir d'une vision porteuse pour l'économie du futur. C'est l'innovation qui va changer nos usines et nos façons de travailler sur le plan administratif. C'est l'innovation qui va permettre à un détaillant d'éviter la faillite, à un agriculteur d’améliorer sa productivité et qui va sauver l'emploi du travailleur manufacturier.

Et c'est une nouvelle conception des compétences qui va permettre aux travailleurs de s'adapter aux changements technologiques plutôt que de les subir. Le premier ministre Justin Trudeau a sur sa table de travail un rapport du comité formé d’experts et dirigé par Dominic Barton qui indique que 40 % des emplois au Canada sont à risque d’ici dix ans avec l’automatisation des tâches. C’est peut-être exagéré, mais on ne peut pas être indifférent à cette réalité, quoi qu’on en pense.

Il faudra donc de la persévérance à ce gouvernement pour maintenir le cap et pour affronter les discours simplistes, qui canalisent les peurs, les incompréhensions, qui embrouillent et enfument plutôt que d'aider, d'expliquer et d'éclairer.

Le problème pour le gouvernement, c'est que cette transformation mettra du temps à donner des résultats. Le Canada, dont les revenus sont aujourd'hui beaucoup trop dépendants du pétrole, doit diversifier son économie et préparer la population à l’économie qui va transformer le marché du travail. Ce budget donne les lignes directrices de l'économie qu'il faut définir dans l'intérêt des travailleurs actuels et futurs.

Deux exemples. Vous vous retrouvez au chômage et vous souhaitez changer de branche. Vous devez retourner à l’école pour vous doter de nouvelles compétences. Ce sera dorénavant possible de le faire sans perdre vos prestations d’assurance-emploi. En ce moment, si vous suivez une formation de plus de 14 heures par semaine, vous pouvez perdre vos prestations. Avec la nouvelle mesure, les chômeurs aux études vont garder leur assurance-emploi, mais ils doivent bien sûr eux-mêmes financer leur formation.

Votre fils ou votre fille veut suivre une formation dans une école professionnelle qui n’est pas considérée comme étant de niveau collégial ou universitaire. Si vous avez 16 ans ou plus, que vous voulez étudier pour avoir ou perfectionner des compétences professionnelles nécessaires pour travailler, vous aurez droit au crédit d’impôt pour frais de scolarité de 15 % sur les frais admissibles.

Ces deux mesures ont le mérite de favoriser la formation et d’aider tous les Canadiens à avoir une meilleure chance de bien gagner leur vie. Il en faut plus, mais c’est un bon point de départ.

 

Déficits structurels?

En misant sur une longue, mais nécessaire transformation de l’économie, le gouvernement Trudeau choisit certainement une action structurelle en matière de développement. Mais il y a des risques et le principal, c’est celui de nous conduire dans des déficits structurels. Le budget 2017-18 met en lumière la difficulté de ce gouvernement à revenir à l’équilibre budgétaire.

Le premier budget s’est soldé par un déficit de 23 milliards de dollars. Le second, celui d’hier, prévoit 28,5 milliards de dollars même si le gouvernement a pigé trois milliards dans sa réserve et a coupé des mesures fiscales à hauteur de 400 millions de dollars.

Dans cinq ans, au rythme actuel, le déficit sera passé de 28 à 18 milliards de dollars, une faible et lente réduction. Beaucoup d’eau va couler sous les ponts. Si le prix du pétrole rebondit, le déficit va probablement s’effacer de lui-même. Mais si c’est une récession qui nous attend au détour, à combien va se chiffrer le déficit du gouvernement fédéral?

Bien sûr, on l’a souvent expliqué, le gouvernement peut annoncer des déficits de 25 ou 30 milliards de dollars sans nuire à sa cote de crédit de AAA. Même qu’à ce niveau de déficit, la dette n’augmente pas par rapport au PIB, à environ 31,5 %. C’est ce qui est le plus fondamental. Mais l’absence de retour à l’équilibre réduit la marge de manoeuvre du gouvernement en cas de coup dur.

Gaz à effet de serre et paradis fiscaux

Cela dit, on s’attend à une politique plus cohérente sur les paradis fiscaux et le pétrole. Le gouvernement ne peut pas élaborer une approche fondamentale et constructive sur l’innovation et la formation sans afficher une plus grande conviction en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. La facture environnementale ne peut pas être refilée aux prochaines générations.

On s’attend également à un plus grand courage de la part du gouvernement fédéral à propos de l’utilisation pernicieuse des paradis fiscaux, de l’évitement fiscal et de l’utilisation abusive de la fiscalité.

Sans attendre une remontée des cours du pétrole, en misant sur l’innovation et les nouvelles compétences et en réduisant les pertes découlant de l’évasion et de l’évitement en matière de fiscalité, c’est l’économie du Canada qui s’en portera mieux, nos services publics et les finances de l’État.

Économie