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Budget fédéral : après les infrastructures, l’innovation

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a enfilé des chaussures neuves, lundi, à l’approche du dépôt de son budget, une tradition bien établie.

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a enfilé des chaussures neuves, lundi, à l’approche du dépôt de son budget, une tradition bien établie.

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Radio-Canada

Assurer la croissance de la classe moyenne, tel est le mantra de Justin Trudeau et de ses ministres. Or, si le refrain est le même, le budget de mercredi révélera surtout à quel point stimuler ne suffit plus : il faut se donner les moyens de transformer l'économie canadienne.

Une analyse d’Emmanuelle Latraverse

Par un matin frigorifique de février, ce n’est pas le vent glacial du canal Rideau, mais une simple statistique qui a coupé le souffle des quelque 300 personnes venues écouter le gourou économique de l’élite mondiale.

« D’ici 10 ans, 40 % des emplois au Canada risquent d’être automatisés », a lancé Dominic Barton, directeur général mondial de la firme de consultation McKinsey & Company.

Un nombre incroyable d’emplois perdus à une vitesse vertigineuse, affirme celui que le gouvernement a embauché l’an dernier pour présider un conseil d’experts chargé de trouver des solutions à la révolution technologique qui secoue l’économie mondiale.

Selon les conclusions du conseil, ni nos institutions ni notre économie ne sont prêtes à affronter une telle perturbation à si grande échelle.

Le message est simple. Le Canada fait face à d’importantes difficultés économiques et le gouvernement est confronté à des choix périlleux. Les recettes magiques de la campagne électorale ne suffiront pas à long terme.

Il est là, tout le défi du budget que s’apprête à présenter le ministre des Finances Bill Morneau : s’attaquer aux problèmes structurels de l’économie canadienne sans pour autant bénéficier d’une marge de manoeuvre pour le faire.

Innovation et formation

Avec un déficit projeté de 27,8 milliards de dollars l’an prochain, difficile en effet pour le gouvernement Trudeau de dépenser davantage. D’où le message d’un budget qui s’inscrira dans la continuité.

Nous cherchons à aider les Canadiens à obtenir les compétences dont ils ont besoin dans une économie en changement. Voilà notre objectif cette année : rendre notre économie plus dynamique et innovatrice et y préparer les Canadiens.

Bill Morneau, ministre des Finances

Innovation. C’est le mot de l’heure. Comment contrer enfin les problèmes de productivité de l’économie canadienne? Comment surtout donner les moyens aux entreprises ultraspécialisées de l’avenir de devenir des leaders mondiaux et de créer ainsi les emplois bien rémunérés de demain?

Le budget 2016 avait déjà prévu 800 millions de dollars sur 4 ans pour créer des grappes et des incubateurs d’excellence. En 2017, il s’agira d’aider les petites entreprises à grandir, de faciliter leur accès au capital à plus long terme. Et le gouvernement pourrait bien être tenté de donner l’exemple et s’assurer d’être le premier client de ces nouvelles technologies, en revisitant ses règles d’appels d’offres.

Comment réussir à mieux arrimer la formation de la main-d’oeuvre canadienne avec les besoins de cette économie de demain?

Voilà les défis auxquels tentera de répondre le budget 2017. Or, le gouvernement Trudeau n’est pas le premier à vouloir s’attaquer au problème.

Selon une étude de l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa, le Canada investit déjà quelque 22,6 milliards de dollars par an dans 147 programmes et mesures visant à stimuler l’innovation et à appuyer la formation de la main-d’oeuvre au pays!

Le constat du conseil consultatif sur la croissance économique de Dominic Barton est sévère. Le Canada a déployé beaucoup d’efforts depuis des années, mais ceux-ci manquent d’ambition et de coordination.

Ce budget sera donc l’occasion pour le gouvernement Trudeau d’expliquer comment il entend investir plus efficacement en innovation afin d’obtenir enfin les effets escomptés. Tout un défi quand une partie des leviers pour y arriver reviennent aux provinces.

Fortes pressions sociales

L’innovation et la formation de la main-d’oeuvre demeurent bien loin de la réalité de la majorité des Canadiens, cette classe moyenne que Justin Trudeau a tant promis d’aider. Il faudra des années pour que ces familles bénéficient vraiment des réformes que tente le fédéral.

Les promesses libérales étaient immenses, et la perspective d’une embellie rapide a bien des fois été mentionnée : assouplissements à l’assurance-emploi et aux prestations parentales et de compensation, logement social, lutte à l’itinérance, système national de garderies.

La liste est longue, les attentes sont grandes, mais les ressources, limitées.

On n’a qu’à penser à un éventuel programme national de garderies. À en juger par les données de la mise à jour économique, celui-ci devra partager 1,1 milliard de dollars par an avec les autres priorités sociales énoncées ci-dessus. Et à compter de 2018 seulement. À moins, bien sûr, que Bill Morneau ait trouvé une marge de manoeuvre supplémentaire pour investir dès cette année. Après tout, c’est notamment grâce aux garderies qu’il a convaincu le Québec de signer son entente sur la santé il y a 10 jours.

Et le déficit?

Le ministre des Finances a beau promettre une gestion responsable, on entend déjà depuis de longs mois l’opposition s’indigner des extravagances du gouvernement libéral, de son absence de plan de retour à l’équilibre budgétaire.

Ses propres fonctionnaires confirment que, si rien ne change, on se retrouvera en 2050 avec une dette de 1,5 trillion de dollars et que le retour à l’équilibre budgétaire aura lieu en 2055, ce qui est tout à fait burlesque et inconséquent.

Gérard Deltell, porte-parole du PCC en matière de finances

Pour l’instant, le gouvernement fait le pari que les Canadiens sont prêts à accepter des déficits bien au-delà des prochaines élections.

À mon avis, il n'y a pas de doute, la population canadienne est en droit d’avoir une date à laquelle on va retrouver l’équilibre budgétaire.

Nicola Di Iorio, député libéral de Saint-Léonard-Saint-Michel

Dans un tel contexte, pas surprenant que le gouvernement Trudeau réduise les attentes des gens.

Le budget pour faire plaisir aux électeurs était donc celui de 2016. Cette année, il mise sur le long terme.

Un budget de la continuité, certes, mais un budget des grandes manoeuvres pour convaincre les Canadiens que les déficits valent la chandelle et que la croissance promise des voies ensoleillées sera un jour au rendez-vous.

Politique