•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’héritage humain et poétique de Robert Dickson 10 ans après sa mort

Il regarde la caméra, les mains jointes.
Le poète Robert Dickson nous a quitté le 19 mars 2007. Photo: Éditions Prise de parole
Radio-Canada

Un texte d’Éric Robitaillle

Son oeuvre littéraire unique et remarquable a inspiré de nombreux artistes de plusieurs générations. Mais c'est son héritage humain qui a transformé des vies. Nous sommes allés à la rencontre de certains parmi ceux et celles qui perçoivent encore l'héritage du poète dans leur quotidien.

Anglophone francophile

Robert Dickson est né dans une famille unilingue anglophone à Erin, un petit village situé au sud d’Orangeville en Ontario.

Dès la fin de l’adolescence, son intérêt pour la langue et la culture française se manifeste. Certains disent que c’est l’amour pour une femme qui en fut le déclencheur. Ce qui est certain, c’est qu’après avoir étudié la littérature française à Toronto et à Québec, il obtient au début des années 70 un poste de professeur au Département d’études françaises et de traduction à l’Université Laurentienne de Sudbury.

Collage de trois photos qui montrent Robert Dickson.Robert Dickson écrivait, inspirait et prenait part à la vie culturelle franco-ontarienne. Photo : Radio-Canada

Rapidement, il devient le mentor de ceux qui sont en train de créer ce qui fut appelé la culture du Nouvel-Ontario et qui a mené à la création des Éditions Prise de Parole, de la Nuit sur l’étang, du Théâtre et de la Galerie du Nouvel-Ontario ainsi que du groupe musical Cano. La formation a entre autres mis en musique le poème Au nord de notre vie dans lequel Robert Dickson évoque son amour pour le territoire ainsi que le courage et la résilience des citoyens du Nord.

Si bon nombre de ses premiers recueils de poésie transposent en mot sa fascination pour la beauté des paysages, des gens et de la musique, son oeuvre prend une tournure plus politique, angoissée et indignée dans ses derniers ouvrages. En 2002, son livre Humains paysages en temps de paix relative lui mérite un Prix du Gouverneur général.

Un poète et professeur qui marque des vies

Collage de photos.Brigitte Haentjens, Jean-Marc Dalpé, Aurélie Lacassagne, Miriam Cusson, denise truax et Stéphane Gauthier. Photo : Radio-Canada

La femme de théâtre Brigitte Haentjens, qui vient elle-même de recevoir un Prix du Gouverneur général, a côtoyé Robert Dickson pendant son séjour à Sudbury : « Il faisait partie de nos vies. Et c’était pareil pour ses poèmes qui empruntaient beaucoup à la vie quotidienne et au grand ciel bleu de Sudbury. Il laisse un héritage immense. La partie visible, ce sont ses livres. La partie invisible, c’est qu’il a donné aux autres [et à moi] l’envie d’écrire. C’était un lecteur extraordinaire. »

Alors jeune diplômé du conservatoire, le dramaturge Jean-Marc Dalpé a d’abord connu Robert Dickson comme éditeur. Sans le savoir, il venait de rencontrer une des amitiés les plus déterminantes de sa vie : « La relation fusionnelle que j’entretiens aujourd’hui encore avec Sudbury, ça passe beaucoup par ma rencontre avec Robert. Quand je suis arrivé là-bas, c’est lui qui m’a accueilli, présenté au monde et m’a présenté le Nord. »

Tout ça, c’est la faute de Robert, son art, sa poésie, son amitié. C’est resté.

Jean-Marc Dalpé

Collègue de Robert Dickson à l’université, Aurélie Lacassagne s’est par hasard retrouvée voisine du poète. Elle en garde un souvenir impérissable : « Pour les gens qui l’ont eu comme prof ou ami, Robert est resté quelqu’un qui les marque encore. Une forme de père spirituel. On a l’impression qu’on habite le nord et que Robert nous habite. C’est comme un spectre, un compagnon de route. Je passe tous les jours devant sa maison jaune de la rue Patterson et systématiquement, je pense à lui. »

Oeuvre poétique de Robert Dickson

  • Oréalité (1978)
  • Une bonne trentaine (1978)
  • Abris nocturnes (1986)
  • Grand ciel bleu par ici (1997)
  • Humains paysages en temps de paix relative (2002)
  • Libertés provisoires (2005)

Aujourd’hui femme de théâtre professionnelle, Miriam Cusson a fait partie des derniers étudiants du professeur Dickson. Elle a été profondément marquée par cet homme à qui elle écrit encore des dizaines de lettres, espérant que Robert les lisent parfois, quelque part dans le grand ciel bleu : « La chose qui me charmait le plus, c’était quand Robert livrait ses textes. Il avait un don. Il comprenait parfaitement l’interaction avec le public, ce qui n’est pas évident avec les poètes. »

Je me souviens très bien en classe quand il lisait des textes. Les étudiantes devenaient gagas. C’est l’amour du français qu’il partageait avec nous.

Miriam Cusson
Le poète tient un panache sur sa tête et cri. Robert Dickson Photo : Radio-Canada / Éditions Prise de parole

denise truax est éditrice chez Prise de Parole. C’est d’ailleurs Robert qui l’avait convaincue de relever ce défi. Elle aussi se rappelle de l’inspiration qu’il fut pour tant de gens : « C’était vraiment un carrefour chez lui sur la rue Patterson, un carrefour de créateurs de tous les domaines artistiques. Tout ce beau monde-là, à un moment ou à un autre, a été touché par son soutien. Que ce soit une oreille, un regard ou son grand rire... tout ça faisait partie d’une présence extrêmement importante. Il n’était pas l’intellectuel désincarné, c’était tout le contraire. »

Le mot de la fin revient à Stéphane Gauthier, ancien journaliste culturel devenu directeur général du Carrefour francophone de Sudbury : « Robert avait un côté rebelle, à l’abri des modes. Ne jamais réagir au rythme de l’actualité, mais essayer d’être au-dessus - ou au-dessous - de la mêlée(...) pour être plus proche de sa mission personnelle. Il s’attachait à la beauté du quotidien parce qu’elle nous garde enracinés dans l’essence des choses. Tout ça, toujours avec un grand sourire. »

Le sourire légendaire du Grand Robert.
Salut, salut, salut…

Nord de l'Ontario

Arts